Alors que le froid qui accompagne l’hiver entraîne chaque année la mise en place d’une série de mesures visant à mettre à l’abri les personnes qui n’ont pas de toit, le printemps reste synonyme de retour à la rue pour nombre d’entre eux. Avec la fin de la trêve hivernale le 15 mars, ce sont des centaines de bénéficiaires qui vont se voir, dès le 31 mars et durant les semaines qui suivent, contraints de retourner dans la rue, condamnés à quitter les structures d’hébergement d’urgence ouvertes dans le cadre du plan hivernal.
Paradoxalement, l’arrivée du printemps annonce pour la seule Croix-Rouge la mise à la rue de plus de 500 personnes actuellement hébergées dans près d’une vingtaine de structures. Cette réalité qui met en lumière les insuffisances du système d’aide proposé aux plus démunis, éprouve les associations qui, comme la Croix-Rouge française, font le maximum pour apporter des réponses dignes et adaptées aux besoins individuels des personnes.
Pourtant, le combat continue et les bénévoles de la Croix-Rouge s’y engagent. A titre d’exemple, parmi les 90 Samu sociaux et équipes mobiles de l’association, trente continueront à mener des maraudes jusqu’à l’hiver prochain auprès de tout ceux qui vivent dans la rue.
L’engagement et le dévouement des associations ne suffisant pas, la Croix-Rouge demande à l’Etat un renforcement financier pour annualiser et intensifier les maraudes de ses Samu sociaux et équipes mobiles.
Elle demande aussi la pérennisation des places d’urgence dans des structures adaptées dans lesquelles le respect de la dignité prime. L’urgence ne suffisant pas, l’association rappelle la nécessité de créer de nouvelles places de stabilisation ou d’insertion.
Une véritable politique de prévention des expulsions
Malgré l’annonce de Christine Boutin d’un arrêt des expulsions de locataires sans proposition alternative, la Croix-Rouge française reste inquiète. En effet, si cette mesure peut être un début de réponse à de nombreux locataires en difficulté, elle ne tient pas compte des centaines de personnes qui sont actuellement logées dans des centres d’hébergement d’urgence.
Par ailleurs, l’obligation faite au préfet de proposer un relogement ou un hébergement ne signifie pas qu’une solution (adéquate et acceptable par les familles) sera nécessairement trouvée. Et compte tenu de l’absence de création de nouvelles places d’hébergement et de l’engorgement des structures existantes, la Croix-Rouge ne peut accepter l’abandon d’un moratoire des expulsions pour l’année 2009, idée portée par le collectif des associations unies pour une nouvelle politique publique du logement des personnes sans abri et mal logées.
L’association demande donc la mise en place d’une véritable politique de prévention des expulsions qui prévoit un accompagnement des familles dans l’incapacité de payer leur loyer.
Chaque hiver, du 1er novembre au 31 mars, les équipes de la Croix-Rouge française participent activement aux actions mises en place dans le cadre du plan grand froid. Ce plan, financé par l’Etat, est déclenché par le Préfet de chaque département lorsque les conditions météorologiques deviennent extrêmes. Dans ce cadre, le Samu social et les maraudes sont renforcés avec des équipes plus nombreuses et une fréquence et une durée des tournées augmentées. Des repas et boissons chaudes, des denrées alimentaires, couvertures et vêtements chauds sont distribués. Le transport des personnes vers des centres d’hébergement à la demande du 115 est assuré.
Des places d’hébergement dites de "mise à l’abri" sont créées pour compléter les places d’hébergement d’urgence en nombre insuffisant pour accueillir l’ensemble des personnes à la rue.
Les locaux de la Croix-Rouge et les lieux d'accueil de jour sont ouverts la nuit et les équipes d'accueil renforcées.
La mission dévolue aux centres d’hébergement d’urgence est d’accueillir et d’héberger en urgence les personnes à la rue et les orienter vers une structure d’insertion.
La fermeture des trois antennes du centre d’hébergement d’urgence provisoire de la Croix-Rouge, dans le 14e arrondissement, va jeter à la rue 95 bénéficiaires dès le 31 mars. Un coup dur supplémentaire pour des personnes déjà en grande difficulté et qui pour certaines, ont initié durant l’hiver un travail d’insertion qui risque d’être anéanti.