Coup de projecteur sur les zones d’ombre d’une catastrophe médiatisée

Coup de projecteur sur les zones d’ombre d’une catastrophe médiatisée
Publié le 15/03/2013

Fin octobre 2012, l’ouragan Sandy a semé la désolation à travers les Caraïbes avant de toucher la côte orientale des Etats-Unis, faisant des centaines de morts et ravageant habitations, cultures et autres moyens de subsistance à Cuba, en République dominicaine et en Haïti, en Jamaïque et aux Bahamas.

Sandy a aussi fourni une illustration quasi parfaite de la manière dont un événement de cette nature peut à la fois faire la ‘une’ des médias dans le monde entier – et devenir une catastrophe silencieuse. Ainsi, les Etats de New York et du New Jersey balayés par la tempête ont accueilli des hordes de journalistes, fait l’objet de multiples éditoriaux évoquant les épreuves des sinistrés et les succès des opérations de secours, bénéficié de concerts et autres manifestations de solidarité où se bousculaient les célébrités, pendant que les cinq pays des Caraïbes frappés avec une égale violence ne recevaient pratiquement aucun écho.

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Une étude réalisée à l’initiative de la Fédération internationale des Sociétés de la Croix-Rouge et du Croissant-Rouge (FICR) et du département de l’aide humanitaire et de la protection civile (ECHO) de la Commission européenne a analysé, d’une part, la réponse comparée des médias à l’impact de Sandy aux Etats-Unis et dans les Caraïbes, et, d’autre part, l’attention accordée par ces mêmes médias à d’autres catastrophes silencieuses durant les quatre semaines précédentes.

Les résultats sont éloquents :

Après examen de 700 000 articles de presse et de plus de 7 millions de tweets dans 200 pays et territoires, il est apparu que le passage de Sandy aux Etats-Unis avait mobilisé presque 90% de la couverture globale. Venaient ensuite l’impact de ce même ouragan dans les Caraïbes, avec 6,76%, puis les 11 autres catastrophes passées en revue, avec seulement 3,83% du total.

Ces chiffres ne sont pas ‘innocents’, car l’écho médiatique d’une catastrophe peut avoir un impact significatif sur la mobilisation institutionnelle et financière en faveur de ses victimes. De fait, alors que les efforts de collecte de fonds au profit des sinistrés de l’Etat de New-York ont permis de recueillir plus de 40 millions de dollars US en l’espace de quelques jours, les modestes appels de la Croix-Rouge visant à répondre aux besoins les plus pressants de plus de 230 000 habitants des Caraïbes en matière d’abris, d’hygiène, de prévention du choléra et autres priorités vitales n’ont été couverts qu’à moins de 50%.

Le Fonds d’urgence pour les secours en cas de catastrophe (DREF) de la FICR a été établi précisément pour mobiliser rapidement une assistance basée sur les besoins réels, plutôt que sur l’intérêt manifesté par les médias. Bénéficiant de l’appui d’ECHO et de nombreux autres bailleurs de fonds de premier rang, il constitue à ce titre un outil de financement essentiel qui permet de soutenir n’importe où dans le monde les opérations de secours mises en oeuvre par la Croix-Rouge et le Croissant-Rouge à la suite de catastrophes – bien souvent ‘silencieuses’ – de petite ou moyenne ampleur.

Xavier Castellanos, directeur de la zone Amériques à la FICR, souligne que, quelle que soit l’ampleur d’une catastrophe, la Croix-Rouge et le Croissant-Rouge ont avant tout un souci d’efficacité. «Certes, les grandes catastrophes et la réponse qu’elles suscitent sont souvent spectaculaires, inattendues et exceptionnelles, mettant en lumière l’empathie et la solidarité des gens. Mais, si les crises peuvent se disputer la priorité des médias internationaux en fonction de leur importance, celle de la Croix-Rouge demeure toujours et exclusivement de répondre aux besoins humanitaires de toutes les catastrophes, petites et grandes, avec le concours des volontaires, des leaders communautaires et des autorités concernées. Et bien après que les journalistes ont quitté les lieux du désastre, la Croix-Rouge continue d’assister les plus vulnérables.»

S’exprimant lors du lancement à Bruxelles de la campagne sur les catastrophes silencieuses, Bildard Baguma, secrétaire général adjoint en charge des programmes et projets à la Croix-Rouge de l’Ouganda, a rappelé que la meilleure réponse réside dans la préparation. «En termes d’efficacité, il est de loin préférable pour nous tous de nous employer à réduire les risques et les vulnérabilités des gens avant que les crises ne surviennent», a-t-il déclaré.

La série de flambées épidémiques de choléra, d’ebola et de Marburg qui a frappé l’Ouganda en 2012 a été la première des catastrophes silencieuses à être mise en exergue le 18 février par la campagne d’un mois mise sur pied par la FICR, ECHO et onze Sociétés européennes de la Croix-Rouge afin de sensibiliser l’opinion sur les crises négligées qui sévissent à travers le monde.

Dans les Caraïbes, parmi toutes les communautés et pays évoqués ces quatre dernières semaines dans le cadre de la campagne, et à travers la planète entière, la Croix-Rouge et le Croissant-Rouge continueront, avec le soutien d’ECHO et d’autres partenaires, de travailler sans relâche à mettre en lumière ces catastrophes de l’ombre.

http://www.scribd.com/doc/128350003/Silent-disasters-campaign-media-analysis

Andy Channelle, FICR