Crise alimentaire au Sahel

Crise alimentaire au Sahel
Publié le 13/06/2012

Une nouvelle crise alimentaire est annoncée au Sahel, cette zone désertique et montagneuse allant du Sénégal à l’ouest, jusqu’au Soudan à l’est. Une crise prévisible et structurelle, due notamment à la sécheresse et aux mauvaises récoltes récurrentes.

La pauvreté endémique des pays affectés est un facteur aggravant : la famine menace des populations déjà très vulnérables, ne pouvant plus subvenir à leurs besoins.

Comment renforcer la résilience de la population face aux crises récurrentes ?

Les denrées alimentaires manquent et subissent une flambée des prix sur le marché. A cela s’ajoute l’instabilité politique au Mali qui, depuis janvier 2012, a engendré le déplacement de dizaines de milliers de personnes tant à l’intérieur du pays que vers la Mauritanie, le Burkina Faso et le Niger, dans des régions affectées par la sécheresse. Résultat : tous les voyants sont au rouge.

La Croix-Rouge française a débuté ses programmes sur la nutrition et la sécurité alimentaire en 2005. Son expertise en fait aujourd’hui l’un des principaux opérateurs de terrain au Sahel. A ce jour, près de 50 expatriés et 400 volontaires des Sociétés nationales de la Croix-Rouge et du Croissant-Rouge sont mobilisés au Tchad, au Niger, au Mali, en Mauritanie, au Sénégal, au Cameroun et prochainement au Burkina Faso. Depuis l’automne 2011, la Croix-Rouge française tente d’anticiper cette crise en renforçant ses dispositifs pour prévenir les cas de malnutrition et en déployant de nouveaux programmes, en lien avec les pouvoirs publics, les Sociétés nationales de la Croix-Rouge et du Croissant-Rouge de chaque pays concerné ou menacé, et les systèmes de santé nationaux. « Nous avons doublé le volume de nos activités sur l’Afrique de l’ouest. Nous avons constaté une nette augmentation des cas de malnutrition sévère dans les centres de santé au cours de ces derniers mois », déclare ainsi Luca Pavone, délégué régional nutrition en Afrique de l’Ouest, basé à Dakar au Sénégal. Il fait partie de l’équipe de la cellule de crise mise en place à l’initiative de la Croix-Rouge française en juin dernier pour suivre de près l’évolution de la situation au Sahel jusqu’à la fin de la période de soudure**.

Veille humanitaire

Comprendre l’amplitude de cette crise et l’évolution des besoins pour être plus réactifs, tel est l’objectif général de cette structure. « Le rôle de cette cellule de crise est à la fois un rôle de suivi, d’analyse, d’alerte, de prévention et d’initiative. Elle permet une observation plus fine de la situation, au jour le jour, et de centraliser les travaux de nos partenaires sur le terrain - organisations non-gouvernementales, Etats, bailleurs, organisations internationales comme les Nations Unies – et de nos délégations Croix-Rouge », précise Luca Pavone. Cette structure représentera par ailleurs la Croix-Rouge française dans les réunions de coordination de l’aide humanitaire déployée au Sahel.

Mixer urgence et développement

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Les statistiques publiées par OCHA (Bureau de la coordination des affaires humanitaires) sur la situation au Sahel sont dramatiques : plus de 15 millions de personnes seraient affectées par la crise alimentaire du Sahel, dont 6,4 millions ayant un besoin urgent d’assistance. Le contexte est le suivant : une production agricole en baisse de près de 30% par rapport à 2011, une production de fourrage en chute libre (moins 50% au Niger et moins 70% en Mauritanie), touchant les populations d’éleveurs nomades et transhumants, et une flambée des prix des denrées de base (hausse de 50 à 150% selon les pays). L’aide d’urgence ciblée reste absolument indispensable dans une telle situation, mais elle doit également s’inscrire dans une stratégie plus globale et à long terme, qui permettra à la fois d’agir sur les déterminants de l’insécurité alimentaire et d’accroître la résilience des populations. L’ensemble des acteurs concernés préconisent aujourd’hui cette approche mixant urgence et développement.

« Pour être efficace, il faut connaître le terrain, les usages, les tabous alimentaires et les croyances, très différentes d’un village à l’autre, d’une ethnie à l’autre, et cela nécessite un travail à long terme, explique Thomas Mauget, responsable géographique (Afrique de l’ouest) à la Croix-Rouge française. Promouvoirles bonnes pratiques nutritionnelles auprès des populations implique la prise en considération de tous ces paramètres. Il est par ailleurs primordial d’intervenir sur tous les déterminants de la malnutrition : la santé, l’eau, l’hygiène, l’assainissement et la sécurité alimentaire, à travers des programmes de sensibilisation, de développement rural et agricole (création de banques céréalières, boutiques communautaires, etc.) ou des aides financières aux familles les plus démunies, ne pouvant plus acheter les denrées de base. » Pour toutes ces raisons, la Croix-Rouge française a choisi de mener une approche dite « intégrée » qui consiste à cibler des régions et à y développer en même temps plusieurs actions complémentaires.

Lutte contre la malnutrition aiguë dans la région du Gorgol (Mauritanie)

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 Ces actions sont dirigées principalement vers les femmes enceintes et allaitantes et les enfants. En Mauritanie, plus précisément dans la région du Gorgol, l'équipe de la Croix-Rouge française et les volontaires du Croissant-Rouge mauritanien interviennent depuis le dépistage de la malnutrition jusqu’à la prise en charge des cas les plus sévères à l’hôpital de Kaedi. « En plus de la prise en charge de la malnutrition, nous faisons en sorte d’agir sur les causes de la malnutrition et de l’insécurité alimentaire, à travers des programmes à long terme, explique Emmanuelle Huchon, chef de la délégation Croix-Rouge française en Mauritanie. Cette dernière attribue par exemple une aide financière aux ménages les plus appauvris, dans le cadre d’un projet pilote, pour leur permettre indirectement d’avoir accès aux denrées alimentaires durant toute la période de soudure.

« Contribuer à diminuer la malnutrition passe avant tout par le renforcement des connaissances sur cette maladie – car c’est une maladie qui se guérit grâce à une nourriture adaptée - au niveau des personnels de santé comme des communautés, assure Emmanuelle Huchon. Cela a été notre priorité durant les quatre premières années de notre présence. Nous travaillons aujourd’hui avec plus de 120 volontaires du Croissant-Rouge mauritanien, qui constituent un relais précieux auprès des populations. Ce travail de sensibilisation a un réel impact. On voit ainsi des mamans sensibilisées qui se sentent davantage responsables vis-à-vis de leurs enfants, qui font davantage attention à leur état de santé. »

La Fédération internationale des Sociétés de la Croix-Rouge et du Croissant-Rouge est un interlocuteur de poids dans cette crise sahélienne. Elle a récemment obtenu un rôle d’observateur auprès des principaux acteurs sur le terrain africain, tels que l’Union Africaine (UA) et la Communauté économique des Etats de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO). La dimension politique et le contexte économique international sont partout en toile de fond dans cette crise, sans parler des conflits répétés dans cette région d’Afrique et de l’insécurité qui rendent difficiles la mise en place de programmes de développement durable.

*La période de soudure, entre juin et septembre habituellement, se situe entre la fin de la consommation de la récolte de l'année précédente et l’épuisement des réserves, et la récolte suivante.

Géraldine Drot