Dix ans d’actions en milieu carcéral

Publié le 20/05/2011

Cela fait dix ans déjà que la Croix-Rouge française intervient dans les établissements pénitentiaires et auprès des personnes sous main de justice. Près de 300 bénévoles sont présents dans une centaine d’établissements aujourd’hui, sur 60 départements. Objectif à l’horizon 2015 : agir dans la totalité des prisons françaises, amplifier et diversifier nos actions.

Pour cet anniversaire, la mobilisation a été massive. Sur les 75 délégations Croix-Rouge mobilisées auprès des personnes placées sous main de justice, 65 étaient représentées le 4 mai dernier. Une mobilisation de plus en plus grande sur le terrain également, à la hauteur de la tâche à accomplir dans cet univers si particulier qu’est le monde carcéral.
La condition de personne détenue est une « tragédie », pour reprendre la formulation du président Jean-François Mattei. Et intervenir en prison fait pleinement partie de nos missions. Nous nous adressons à des hommes et à des femmes qui souffrent, sont souvent en situation d’isolement ou de précarité, ont besoin d’accompagnement et d’attention. Et puis, ne l’oublions pas, ces personnes restent responsables de leur vie et ont vocation à sortir un jour de prison. Pourquoi s’engager en milieu carcéral ? L’association s’est fixé quatre repères fondamentaux qui guident son positionnement :

  • La prison ne doit pas porter atteinte à la dignité de la personne ;
  • La prison doit être un temps de reconstruction, un temps utile ;
  • La prison doit rester l’ultime recours. Il existe d’autres alternatives comme la libération de peine, l’aménagement de peine, le bracelet électronique, etc. Les courtes peines, notamment, ne permettent pas de se reconstruire et conduisent souvent à la marginalisation ;
  • La prison ne doit pas couper le lien familial et social.

 

Catherine Paulet, psychiatre, présidente de l'ASPMP
Catherine Paulet, psychiatre, présidente de l'ASPMP


L’implication de la Croix-Rouge française n’est pas anodine. Elle a, avec les autres associations et organisations intervenant en milieu carcéral, contribué à améliorer les conditions de vie des personnes détenues et à sensibiliser les pouvoirs publics sur des actions à mettre en place. « Le savoir-faire de la Croix-Rouge a été repris et a inspiré la loi du 24 novembre 2009 et les décrets qui commencent à entrer en application depuis début 2011 », comme l’a souligné le Directeur de l’Administration pénitentiaire, Jean-Amédée Lathoud, invité à la journée nationale prison de l’association. Celui-ci s’est d‘ailleurs félicité du partenariat noué avec la Croix-Rouge française, des actions concrètes menées dans le cadre de ce partenariat et du caractère « très opérationnel de cet engagement commun ».

 

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Un engagement à travers Croix-Rouge Ecoute les détenus (CRED) ; un dispositif d’écoute anonyme et confidentiel qui « depuis 2000 remporte un succès considérable : plus de 32 000 appels passés la première année de sa mise en place ! Un dispositif riche d’enseignement également », a-t-il souligné. Et comme cette mission en milieu carcéral s’inscrit dans la continuité, de nouvelles actions sont mises en places. Le Directeur de l’Administration pénitentiaire a ainsi salué « l’engagement exemplaire et courageux de la Croix-Rouge française » qui vient de lancer une expérimentation dans plusieurs établissements dans le cadre de la prévention du suicide : les codétenus de soutien, « pour être au plus près de détenus fragiles est très important », dit-il. « Vous menez des actions innovantes, comme le salon d’esthétique et de coiffure à Strasbourg, comme la navette mise en place à Alençon pour transporter les familles se rendant au parloir ou encore la formation aux gestes de premiers secours. Vous contribuez par ailleurs à développer le Travail d’Intérêt général, ce qui est prioritaire pour nous également. »

 

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En dépit de nombreuses avancées, M. Lathoud a émis le souhait que les établissements pénitentiaires ouvrent davantage encore leurs portes aux associations. Il y a énormément de travail à faire dans certaines structures : réduire et prévenir les violences en prison, améliorer la prévention de la récidive, conforter le dialogue social avec l’Administration pénitentiaire, entre autres.