Enfin un diplôme universitaire dans l’urgence sociale

Enfin un diplôme universitaire dans l’urgence sociale
Publié le 11/04/2018

Depuis janvier 2017, 21 professionnels de l’urgence sociale suivent une formation élaborée conjointement par la Croix-Rouge française (Institut Régional de Formation Sanitaire et Social d’Ile-de-France (IRFSS) et filière exclusion du Val-de-Marne) et l’université d’Evry-Val-d’Essonne. Une formation unique et novatrice, avec, à la clé, le premier diplôme reconnu dans le secteur.

Dans une salle de la direction régionale Ile-de-France de la Croix-Rouge française, à Noisy-le-Grand, 21 stagiaires planchent sur la charte éthique du maraudeur de 2006. L’exercice consiste à imaginer la charte de 2017. « Que voudriez-vous ajouter ou supprimer, au regard de votre expérience ? », demande Françoise Bousquet, directrice de la filière lutte contre les exclusions en Ile-de-France aujourd’hui dans son rôle de formatrice. Elle est, avec l’IRFSS Ile-de-France, à l’origine de la création de la première formation diplômante dans le secteur de l’urgence sociale.


Prendre du recul

Cette session pilote, débutée en janvier 2017, rassemble exclusivement des salariés rattachés à la filière exclusion de la Croix-Rouge française : travailleurs sociaux, équipes mobiles du samu social, agents d’accueil de centres d’hébergement, coordinateurs, infirmiers… « Bien qu’ayant une expérience professionnelle d’au moins un an, ces personnes n’ont pour la plupart reçu aucune formation spécifique auparavant. Elles souffrent souvent d’une méconnaissance des dispositifs existants et des publics de la rue qui changent beaucoup, elles peuvent se sentir démunies face à des pathologies ou des problématiques d’addiction... Il en résulte un fort turnover chez les maraudeurs. » Partant de ces constats, la Croix-Rouge française a co-construit cette formation avec l’Université d’Evry-Val-d’Essonne (UEVE). Objectifs : professionnaliser et renforcer l’expertise des techniciens d’intervention d’urgence sociale mobile - maraudeurs – (DU TIUSMM) pour leur permettre d’adopter la bonne posture professionnelle face à des personnes en situation de grande précarité et de prendre le recul nécessaire à l’exercice de leur métier.

A raison de trois jours par mois sur dix mois, les stagiaires suivent en alternance cours théoriques et pratiques. Le diplôme est validé par un stage. Les enseignements sont assurés conjointement par des enseignants chercheurs de l’université d’Evry et par des professionnels de la filière lutte contre les exclusions de la Croix-Rouge française. « Au-delà des objectifs pédagogiques, il s’agit de redonner aux stagiaires du sens à leur travail lorsqu’ils doutent et confiance en eux, déclare Françoise Bousquet. Les échanges en groupe sont extrêmement riches car ils permettent à chacun d’apprendre de l’autre, d’entendre ses difficultés, de questionner et de comprendre les différentes techniques d’approche possibles. » Parce qu’on n’aborde pas les problématiques liées à la précarité de façon frontale, rappelle-t-elle, qu’il y a mille et une façons de créer le contact et d’aider une personne en situation de vulnérabilité. Il faut aussi savoir admettre, parfois, son impuissance à agir. Dans ce cas, des relais existent. « Il faut savoir utiliser tout le maillage autour de vous », conseille la formatrice. Ce sont donc ces réalités de terrain qui sont abordées de façon très concrète, au gré d’exercices destinés à « acquérir des automatismes, à bien analyser les situations et à mettre en place des objectifs. »


Mention spéciale ESS

Le 24 mars dernier, le diplôme d’université « TIUSMM » s’est vu décerner le prix AEF, mention spéciale Economie sociale et solidaire (ESS) dans la catégorie Formation continue. Cette distinction récompense son caractère unique et novateur. Unique parce qu’ « il n’existait jusqu’alors aucune formation longue et diplômante dans le secteur de l’urgence sociale », explique Marie-Luce Rouxel, directrice de l’IRFSS Ile-de-France. Unique aussi parce qu’il est ouvert à des personnes ayant un titre de niveau V (équivalent CAP) ou une expérience de terrain supérieure à un an, à défaut d’un baccalauréat. Un projet novateur, en outre, parce qu’il va sécuriser leur parcours professionnel. « Ce diplôme doit être une première marche vers d’autres diplômes ! », espère la directrice. En effet, l’objectif est de développer et de pérenniser la formation. A terme, le dispositif a vocation à être ouvert à d’autres associations  et pourrait concerner 15 000 maraudeurs en France, salariés ou bénévoles.


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VERBATIM (paroles de stagiaires)

- «  Ce diplôme est à la fois valorisant, motivant et intéressant sociologiquement. Il ne suffit pas d’avoir du cœur pour s’occuper des personnes vulnérables. Il faut aussi avoir des compétences ! » Ibrahim, agent d’accueil en centre d’hébergement à Etampes (Essonne).

- « La formation nous donne des outils, une méthodologie, des clés pour appliquer la charte du maraudeur. Nous échangeons beaucoup sur nos pratiques. Non seulement on apprend des autres mais on prend du recul sur nos métiers respectifs. » Karina, membre des équipes mobiles du 115 dans le Val-de-Marne.

- « La formation apporte une certaine uniformité dans nos pratiques. Nous agissons avec des moyens, des effectifs, des méthodes qui diffèrent d’un département à l’autre. » Vincent, membre de l’équipe mobile du Samu social dans le Val-de-Marne

- « J’acquière de nouvelles connaissances et compétences. La formation remet en question notre travail de façon constructive.» Aude, membre de l’équipe mobile du Samu social dans le Val-de-Marne

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>>> Pour en savoir plus :

http://alaune.univ-evry.fr

http://irfss-idf.croix-rouge.fr

PAR GERALDINE DROT