Idées reçues et préjugés sur les personnes migrantes

Idées reçues et  préjugés sur les personnes migrantes
Publié le 12/01/2018

© Croix-Rouge française / Pascal Bachelet

1.       La plupart des migrants sont peu instruits.

Une partie non négligeable de migrants ont un niveau d’instruction relativement élevé. Certains groupes de migrants sont d’ailleurs « plus diplômés que la population française en général »[1]. On trouve parmi eux des médecins, des ingénieurs, des avocats.  63 % des immigrés entrés en France en 2012 sont au moins titulaires d’un baccalauréat[2]. Toutefois le niveau d’instruction des migrants varie en fonction de leur nationalité. Ainsi « près d’un immigré marocain ou sénégalais sur cinq n’a jamais fréquenté d’école (19 % et 17 %) ». Mais « entre un sur cinq et un sur quatre a un diplôme universitaire (19 % et 27 %) »[3]. Par ailleurs, les migrants installés en Europe ont un niveau d’instruction supérieur à leurs concitoyens restés dans les pays d’origine.


2.       Les migrants sont pour la plupart des personnes pauvres.

Une bonne partie des migrants sont issus de la classe moyenne et supérieure de leurs pays d’origine[4]. Il faut un capital financier social culturel et intellectuel pour prendre la route de l’exil. Les migrants qui n’ont pas accès aux voies légales de migration paient  très cher les passeurs pour franchir les frontières. Le coût du voyage varie en fonction des passeurs, de la provenance et du type de migrations (terrestre, maritime) etc. C’est dire qu’il faut être assez aisé pour entreprendre un voyage. 


3.       Les migrants viennent en France pour profiter des prestations sociales.

Comme les citoyens français, le très grand nombre des migrants veulent vivre autonome et donc travailler. Ils sont des contribuables et des consommateurs. On a  tendance à  ne penser qu’aux coûts de l’immigration et aux allocations versées aux migrants par l’Etat. Or l’immigration rapporte aussi des recettes fiscales à l’Etat et contribue à la création d’emploi et de richesse. On estime à 60 milliards d’euros les cotisations sociales, impôts et TVA payés par les migrants. Contre 48 milliards  d’euros d’allocations, soit un solde de 12 milliards[5]. Les aides étant très conditionnées, les personnes en situation irrégulière ne perçoivent que l’aide médicale d’Etat et ce, pour des raisons de santé publique.


4.       L’Europe est la première destination des migrants et réfugiés dans le monde.

 Contrairement aux idées reçues, l’UE n’est pas la première destination des migrants dans le monde. L’Europe n’accueille que 17% des réfugiés dans le monde. Les migrants fuyant la guerre et les catastrophes affluent vers les pays voisins. 26 % des réfugiés sont accueillis au Moyen-Orient et en Afrique du Nord[6]. En particulier, la Turquie accueille  90 % (3,4 millions)[7] de réfugiés syriens et constitue leur premier pays de destination (2017).  30 % des réfugiés dans le monde sont accueillis en Afrique, notamment en Ouganda (940 800 réfugiés) et Ethiopie (791 600 réfugiés)[8].


5.       L’Union européenne fait face à une crise migratoire sans précédent.

Il faudrait plutôt parler de crise de l’accueil des migrants[9]. En 2015,  l’Union européenne a enregistré un record historique de 1,2 millions de demandes d’asile[10].  Mais cela ne représente que 0,2 % des 508 millions de la population de l’Union européenne. En 2017, selon les données provisoires de l’OFPRA sur l’asile, la France a enregistré 100 412 demandes d’asile[11]. Seulement 36 % ont bénéficié d’une protection internationale.

C’est le nombre de réfugiés qui a atteint un record historique non pas les migrations pris  dans leur ensemble. En effet, depuis plus de 25 ans, le pourcentage de migrants internationaux 3,3 % de la population mondiale en 2015, contre 2,9 % en 1990, est stable[12].

Enfin, les flux migratoires ne sont  pas inédits, en 1979, en plein choc pétrolier, la France a accueilli 120 000 réfugiés « boat people » vietnamiens et cambodgiens. L’idée d’une invasion de l’Europe par les migrants véhiculée dans l’opinion publique est l’effet de la (sur)médiatisation du phénomène migratoire.


6.       L’écrasante majorité des migrants sont des hommes.

Les femmes représentent 48 % de l’effectif mondial de migrants[13]. Elles restent majoritaires en Europe avec 52,4%[14]. Toutefois, le nombre de migrants dans le monde par sexe varie considérablement d’une région à l’autre, notamment en fonction des contraintes de mobilité liées au coût ainsi qu’à la dangerosité des routes migratoires empruntées. Selon le Haut-Commissariat des Nations unies aux Réfugiés, 69 % des migrants ayant traversé la Méditerranée pour venir en Europe en 2015 étaient des hommes[15]. Parmi eux, plus de la moitié sont des Syriens. Par contre, dans les camps de réfugiés syriens au Proche-Orient (Jordanie, Liban, Turquie) les femmes sont légèrement majoritaires 50,5%[16].

En France les femmes sont majoritaires parmi les immigrés (2013)[17]. Cette féminisation de la migration ne s’explique pas seulement par le regroupement familial. En effet, il y a de plus en plus de femmes qui immigrent en France pour y travailler et faire études.



[1] Institut national d’études démographiques (INED) https://www.ined.fr/fichier/s_rubrique/26275/541.population.societes.2017.fevrier.fr.pdf

[2] Ritimo Halte aux préjugés sur les migrations 29 novembre 2017, https://www.ritimo.org/Halte-aux-prejuges-sur-les-migrations-6-minutes-pour-comprendre

[3]Le niveau d’instruction des immigrés : varié et souvent plus élevé que dans les pays d’origine, Population & Sociétés, Ined, numéro 541, février 2017

[4] Claire Rogier Migrants & Réfugiés réponses aux indécis aux inquiets et aux réticents La découverte Paris 2016 p. 24

[5] Ritimo, ibid.

[6] Source HCR juin 2017 aperçu statistique http://www.unhcr.org/fr/apercu-statistique.html

[7] Commission européenne, protection civile et opérations d’aides humanitaires,

https://ec.europa.eu/echo/where/europe/turkey_fr

[8]Ibid.http://www.unhcr.org/fr/apercu-statistique.html

[9] Vivre ensemble éducation, Crise des réfugiés ou crise de l’accueil, https://vivre-ensemble.be/IMG/pdf/2015-07-refugies-accueil.pdf

[10] Cimade, petit guide, lutter contre les préjugés sur les migrants, http://www.lacimade.org/petitguideprejuges/petitguideprejuges.html

[11] OFPRA, Données provisoires sur l’asile en France, https://www.ofpra.gouv.fr/fr/l-ofpra/actualites/les-donnees-de-l-asile-2017-a-l

[12] Source HCR juin 2017 aperçu statistique, ibid.  

[13] L’OIM publie une fiche d’information sur les tendances de la migration dans le monde en 2015 https://www.iom.int/fr/news/loim-publie-une-fiche-dinformation-sur-les-tendances-de-la-migration-dans-le-monde-en-2015

[14]Ibid.

[15] Les migrants, tous des hommes ? http://www.lemonde.fr/les-decodeurs/article/2015/09/24/les-migrants-tous-des-hommes_4770522_4355770.html

[16]Ibid.

[17] Les immigrés en France : en majorité des femmes Cris Beauchemin, Catherine Borrel, Corinne Régnard  Population et Sociétés n° 502, juillet-août 2013, https://www.ined.fr/fr/publications/population-et-societes/immigres-france-majorite-femmes/