Japon : une semaine après la catastrophe

Des sauveteurs Japonais de la Croix-Rouge dans les décombres laissés par le Tsunami
Publié le 18/03/2011

Après le séisme et le tsunami qui ont frappé le Japon le 11 mars dernier, le mouvement Croix-Rouge et du Croissant-Rouge est à pied d’œuvre. La Croix-Rouge japonaise, elle, poursuit ses efforts d’assistance, en dépit d’énormes difficultés sur le plan logistique et de la crise nucléaire en cours.

Sur le terrain, les besoins sont majeurs et se font plus pressants à mesure que les jours passent.
Car si les recherches de survivants se poursuivent, l’espoir s’amenuise au fil des heures.
Les derniers bilans officiels font état de 6.539 victimes et 10.259 personnes sont toujours portées disparues (vendredi 18 mars, 7h10 le matin).
Le nombre de morts dépasse déjà celui enregistré lors du tremblement de terre de Kobe en 1995.

Trois questions à Jean-François Mattei, Président de la Croix-Rouge française

La Croix-Rouge française a lancé un appel à dons pour soutenir les actions de la Croix-Rouge japonaise mais n’envoie pas d’équipe sur place. Pour quelle raison ?

La Croix-Rouge japonaise n’a demandé aucune aide matérielle ni humaine. Elle a en revanche fait appel à la solidarité financière du Mouvement Croix-Rouge et Croissant-Rouge. La Croix-Rouge française a naturellement répondu en relayant par un appel à dons. Tous les dons recueillis seront remis à la Croix-Rouge japonaise. C’est une démarche assez inédite mais il faut savoir que les acteurs de terrain sont très organisés et expérimentés, il faut leur faire confiance. L’argent reste le nerf de la guerre et le moyen le plus efficace d’aider un pays. De nombreux particuliers et entreprises se sont d’ailleurs mobilisés auprès de la Croix-Rouge française. Cette solidarité interne au mouvement international de la Croix-Rouge et du Croissant-Rouge est un signal que la solidarité humanitaire, à travers notre organisation, est désormais mondialisée, à l’image de tant d’aspects de notre temps.

Quelle est l’urgence aujourd’hui au Japon ?

L’urgence se situe à trois niveaux : il faut d’une part, poursuivre l’aide médicale envers les blessés du tsunami et du séisme, d’autre part, prendre en charge les quelques 450 000 personnes actuellement hébergées dans 2 500 centres d’hébergement d’urgence (les gymnases, les écoles, les lieux publics) ou prises en charge dans des hôpitaux de campagne, fixes ou mobiles. Parmi ces réfugiés figure un grand nombre de personnes âgées, souffrant souvent de maladies chroniques et ayant donc des besoins de soins et de médicaments. Mais il faut également leur apporter des vivres, des kits hygiène, des couvertures, des vêtements, de tous les produits de première nécessité. Ces personnes ont quitté leur domicile brutalement, sans rien emporter et se trouvent totalement démunies. Une partie de la population a également dû fuir la zone d’exclusion autour de la centrale nucléaire sur d’un rayon de 20 à 30 kilomètres et se trouve soit dans des centres d’hébergement, soit réduite au confinement, vivant dans des conditions très précaires. Enfin, il va falloir accompagner psychologiquement toutes ces personnes en situation de grande détresse morale. Ces personnes ont tout perdu. Le soutien psychologique est une mission essentielle dans cette catastrophe et va représenter un travail de longue haleine.
Et je ne veux pas oublier non plus notre mission de rétablissement des liens familiaux, qui est commune à chaque société nationale du mouvement et au CICR et qui va être nécessaire suite à cette grande catastrophe qui a séparé des familles.

Les secours sont-ils à la hauteur des besoins ? Certaines zones demeurent inaccessibles…

Certes, mais cela est commun à toute catastrophe de cette ampleur, malheureusement. Les problèmes logistiques sont énormes, à l’image des dégâts occasionnés par le tsunami et le séisme. Quel pays, le mieux organisé du monde, ne serait pas débordé par un tel drame ? Les secours mettent toujours un certain temps et il faut prendre en compte ce décalage entre la brutalité des événements et le temps de l’aide humanitaire. Souvenons-nous des difficultés rencontrées aux USA après le cyclone Katrina ! Néanmoins, il faut rendre hommage encore une fois à l’organisation et l’efficacité de la Croix-Rouge japonaise. La Croix-Rouge française et de nombreuses sociétés nationales de notre Mouvement restent prêtes cependant à intervenir si jamais cela nous était demandé.
Propos recueillis par Géraldine Drot

Les actions de la Croix-Rouge japonaise...

Selon la Croix-Rouge japonaise, des milliers de personnes ont été évacuées vers des établissements publics, plus sûrs, où le gouvernement local à procédé à la distribution de couvertures.

L’alerte au tsunami, elle, est toujours active, empêchant la récupération de plusieurs centaines de corps sur la côte. Plus de 2.500 maisons sont totalement détruites et 2.500 autres maisons ont été endommagées à la suite du tremblement de terre et du tsunami. Dix villages dans la préfecture d'Iwate et 1.800 foyers dans la préfecture de Fukushima ont également été dévastés.

157 cas d'incendie ont été déclarés et des glissements de terrain ont été signalés dans 37 zones. Les routes, ponts, chemins de fer, et digues sont endommagés dans toute la zone. Cinq millions de foyers restent sans électricité et un million ne sont plus approvisionnés en eau dans la zone la plus touchée. Il ya une alerte nucléaire dans deux centrales électriques, et plus de 40.000 habitants ont été évacués vers des installations publiques plus distantes, gérées par le gouvernement local.

Dans les endroits les plus touchés au nord du Japon, les routes principales restent fermées et strictement réservées aux véhicules de secours. Plusieurs aéroports ont rouvert, mais deux d’entre eux restent fermés.

Par ailleurs, 62 NDRT (National Disaster Response Teams), comprenant plus de 400 équipiers, dont des médecins, des infirmières et des administrateurs, ont été déployées dans les zones concernées pour participer aux opérations de secourisme, d'évaluation, et sanitaires, ainsi qu’au programme de soutien psychologique. Certaines équipes ont pu rejoindre les lieux et ont débuté l'évaluation. Les autres sont en attente.

700 couvertures ont par ailleurs été distribuées et 30.560 de plus envoyées à la zone touchée pour une distribution ultérieure.
Sources : Croix-Rouge japonaise

Des besoins vitaux

Le soutien psychosocial sera vraisemblablement l’un des besoins les plus pressants dans les semaines et les mois à venir. Des milliers de personnes ont été profondément traumatisées et sont encore en état de choc.

Des infirmiers spécialisés dans le soutien psychosocial - présents au sein de chacune des 90 équipes médicales déployées sur le terrain - assument actuellement une fonction extrêmement importante en offrant aux rescapés la possibilité d’exprimer leurs angoisses, leurs peines ou leur inquiétude au sujet de proches dont ils sont toujours sans nouvelle.

Par ailleurs, une équipe de huit spécialistes du soutien psychosocial a été affectée à l’hôpital Ishinomaki, dans la préfecture de Miyagi, l’une des plus touchées, afin d’assister les rescapés qui ont perdu un proche dans la catastrophe. Ses membres se consacrent exclusivement à cette tâche, laissant à leurs collègues la charge des soins médicaux.

L’une des urgences majeures concerne le rétablissement des canaux d’approvisionnement à destination des régions sinistrées. La pénurie de carburant constitue un sérieux problème, une de ses conséquences majeures étant que la plupart des commerces sont fermés, faute de pouvoir être réapprovisionnés.

Près de 600.000 personnes - dont de nombreuses personnes âgées et enfants en bas âge - ont ainsi dû être évacuées vers 2.600 camps de fortune dans diverses préfectures, où les conditions d’hygiène restent précaires. Sur place, tout manque : électricité, téléphone, nourriture, eau, couvertures, médicaments et fournitures médicales, etc.

Si l'aide humanitaire aux personnes évacuées a sensiblement augmenté, une semaine après la catastrophe, les conditions de vie des rescapés se sont encore détériorées avec la vague de froid qui sévit dans la région, a indiqué le Bureau des Affaires humanitaires de l'ONU (OCHA), dans un rapport de situation publié jeudi à Genève. Les difficultés de communication et le manque d'essence entravent également les opérations.

Les zones les plus durement touchées comptaient effectivement des populations importantes de personnes âgées et celles-ci sont désormais majoritaires dans les centres d’évacuation. Celles-ci ont besoin d’une assistance spécifique sous la forme, notamment, de médicaments contre l’hypertension ou le diabète, ainsi que de soins pour des affections résultant du tsunami, comme l’hypothermie et la pneumonie. Par leur expertise, les équipes médicales de la Croix-Rouge ont donc un rôle vital à jouer.

Les hôpitaux de la Croix-Rouge japonaise situés dans les régions épargnées par la catastrophe ont dépêché des équipes de médecins et envoyé des équipements et fournitures aux hôpitaux de la zone sinistrée. "Mais la situation restera néanmoins très difficile pendant les toutes prochaines semaines", estime un médecin de la Croix-Rouge originaire de Niigata, qui souligne que le personnel est au bord de l’épuisement et que l’acheminement des secours est encore très compliqué.

Comme le souligne un collaborateur de la Croix-Rouge du Japon, l’impact potentiel d’une telle catastrophe sur la structure sociale et économique complexe du pays est considérable. « Les éléments de notre organisation socio-économique sont si étroitement imbriqués que, si l’un d’entre eux cède, tout le système s’effondre », explique-t-il pour illustrer la gravité des problèmes de logistique. "Mais je pense que les choses vont s’améliorer dans les jours à venir", ajoute-t-il.

Gestion de la crise nucléaire

À l'heure actuelle, le personnel et les bénévoles de la Croix-Rouge jouent un rôle clé dans la prise en charge des milliers de personnes évacuées de la zone d'exclusion de 20 kilomètres entourant la centrale nucléaire de Fukushima. La Croix-Rouge n’intervient pas au sein de cette zone.
Les 47 délégations locales de la Croix-Rouge japonaise de la préfecture de Miyagi, ont un équipement et des équipes de décontamination nucléaire, biologique et chimique (NBC) minimum à leur disposition, incluant des tentes spéciales dans lesquelles les personnes exposées aux radiations peuvent être traitées.

La majorité de cet équipement est située dans les hôpitaux et peut décontaminer un nombre limité de patients. L'équipement est conçu pour être utilisé en conjonction avec des unités spécialisées du gouvernement, qui disposent du matériel nécessaire pour mesurer le taux de radiations. Mais jusqu'à présent, il n'y a pas eu de demande officielle pour la mobilisation de ces équipes.
Avec l'appui des autorités, la Croix-Rouge japonaise continue de suivre la situation dans les hôpitaux à proximité de la zone d'exclusion, pour le cas où les niveaux de radiation s’élèveraient et représenteraient un risque pour les patients.