La vie après Ebola

La vie après Ebola
Publié le 28/12/2016

L’épidémie de fièvre hémorragique à virus Ebola a été déclarée officiellement éradiquée par l’OMS le 29 décembre 2015 en Guinée forestière. Mettant ses activités en veille, la Croix-Rouge française a toutefois fait le choix de poursuivre ses interventions de soutien psychosocial auprès des communautés encore traumatisées.

En février 2016, l’équipe psychosociale de la Croix-Rouge française de Macenta a réalisé une évaluation des besoins psychosociaux des habitants de N’zenié, commune située à la frontière avec le Libéria. Cette localité a été particulièrement affectée par l’épidémie de fièvre hémorragique à virus EBOLA avec 118 décès rapportés pour une population d’environ 500 habitants. La plupart des habitants ont donc perdu au moins un proche. Des familles entières ont été décimées. 

Carte Guinée
 

Dès ses premiers échanges avec les autorités du village et les habitants, l’équipe de la Croix-Rouge française a été frappée par les ravages causés par la maladie, tant sur le plan psychologique, social qu’économique.

Jean-Claude Kékoura Zoumanigui, superviseur psychosocial pour la Croix-Rouge française à Macenta, se souvient : « Les gens étaient seuls pour faire face à cette situation à notre arrivée. On a constaté chez ces personnes toutes sortes de manifestations de mal-être : insomnie, troubles de l’alimentation, isolement, stigmatisation, rejet, rupture des liens sociaux… Les personnes interrogées se disaient incapables d’accepter la réalité.»  

Isolement, impuissance, exclusion

La détresse est telle que certains n’arrivent même plus à aller travailler. La disparition de jeunes et d’adultes a par ailleurs laissé les anciens dans le dénuement le plus complet. S’enfonçant dans cet état d’apathie, le village a peu à peu commencé à manquer de ressources au point de souffrir de la faim.

Avec la dissolution des associations et des groupements communautaires, la rupture des liens familiaux et l’isolement de certains groupes de personnes, l’épidémie d’Ebola a engendré une dégradation du tissu social.

De plus, les villages alentours, constatant les ravages causés par Ebola à N’zénié, en ont rejeté les habitants. Dans ce contexte, difficile pour la population de tourner la page. Alors, pour tenter de rompre cet engrenage, l’équipe de soutien psychosocial de la Croix-Rouge française a mis en place des activités visant à favoriser la parole, à extérioriser les traumatismes vécus, à réinstaurer une solidarité communautaire et familiale. 

Entretien individuel Zénié CRf
 

Libérer la parole, recréer des liens 

Des causeries psychosociales ont été mises en place, auprès de 200 personnes réparties en groupes spécifiques comme les sages, la communauté chrétienne, les enseignants, les anciennes et les nouvelles autorités, etc. Des groupes de parole plus restreints ont également été organisés autour d’une problématique commune, afin de faciliter la verbalisation et le partage du vécu, de créer ou recréer des liens sociaux et de réduire le niveau de détresse psychosociale des participants. Enfin, des médiations familiales ou communautaires ont été instaurées lorsque les tensions étaient trop fortes.

« Beaucoup ont retrouvé un mieux-être à la suite de ces échanges, retrouvant le sommeil, s’alimentant mieux, reprenant une activité…», explique Jean Claude. Peu à peu, les interactions entre les membres de la communauté ont été rétablies, ainsi que des liens de solidarité. 

Groupe de parole communautaire Zénié CRf

Quelles leçons tirer de cette expérience ?

Nombreux sont les villages qui ont fait face à des traumatismes similaires, ayant de lourdes conséquences tant sur les individus que sur les communautés. Les activités de soutien psychosocial s’avèrent essentielles pour aider les populations à surmonter la détresse, à réduire les tensions et, ainsi, à se relever.

« La fin d’une crise ne signifie pas nécessairement la fin du besoin d’assistance humanitaire, explique Cécilie Alessandri, responsable du bureau soutien psychosocial à la Croix-Rouge française. Le cas de N’zénié le démontre. Il est indispensable d’accompagner les populations dans cette phase de reconstruction et de les aider à renforcer leur résilience. En d’autres termes, à retrouver confiance en eux et dans l’avenir.» 

école Zénié CRf
 

Géraldine Drot

Crédit photo : CRf