Ebola : la vie au CTE de Macenta

Ebola : la vie au CTE de Macenta
Publié le 16/12/2014

Hygiénistes, médecins, infirmiers, psychologues, électriciens, logisticiens, sensibilisateurs communautaires… ils sont près de 200 délégués guinéens ou expatriés à travailler 24 heures sur 24 au sein du CTE de Macenta, ouvert le 18 novembre dernier au cœur de la Guinée forestière. C’est de là qu’est partie l’épidémie d’Ebola en début d’année. La vie de ces femmes et de ces hommes est réglée selon des procédures de sécurité très strictes qui ne leur font pas oublier leur mission : juguler l’épidémie.

Installé à quelques kilomètres de Macenta, le CTE est un peu une ville dans la ville. Autour des deux zones principales d’accueil des patients et des familles ont été bâtis une pharmacie, un laboratoire, des douches, une morgue… Son modèle de fonctionnement est quant à lui calqué sur celui d’un établissement hospitalier, à ceci près que la biosécurité prime partout. Deux zones bien distinctes coexistent : la zone à risque modéré, réservée aux personnels et aux familles, et la zone à haut risque pour les patients et cas suspects. Une séparation absolument nécessaire pour isoler le virus Ebola et empêcher toute propagation. Des procédures très strictes règlent donc la vie des intervenants dans le CTE.

Matthieu, infirmier au CTE

Des procédures très strictes

C’est à 7h30 que les premières équipes de jour arrivent. Trois étapes sont obligatoires pour pénétrer dans la zone à risque modéré. Il faut se laver les mains avec une solution d'eau chlorée à 0,05 %, asperger les semelles des chaussures avec une solution à 0,5 % et, enfin, contrôler sa température corporelle. Ensuite, avant de rejoindre son poste de travail, chacun se change, revêt un "scrub" (tenue de bloc chirurgical) et enfile une paire de bottes en caoutchouc. 

Toute entrée dans la zone à haut risque nécessite le port d’une combinaison de protection intégrale. Aucune parcelle de peau ne doit être exposée. Il en va de la sécurité des patients comme du personnel. « Tout se fait en combinaison, même changer une ampoule, réparer un robinet ou refaire une dalle en béton », indique Cyril, délégué eau et assainissement.


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Habillage et planning


La séance d’habillage en elle-même est très protocolaire et s’effectue en binôme, en miroir l’un de l’autre.  Ensuite, « le travail n’est pas si différent que dans un hôpital, estime Matthieu, infirmier, en revanche,il fait vraiment chaud et on fatigue rapidement ». D’où des durées d’intervention limitées à une heure. Médecins et infirmiers commencent la journée par les transmissions sur l'état de santé des patients, puis se répartissent dans des équipes pour effectuer les visites des patients, faire leur toilette, distribuer les repas, etc. A la sortie de la zone, infirmiers et médecins bénéficient d’un temps de récupération, après avoir respecté une procédure de déshabillage tout aussi précise et méticuleuse qu’à l’habillage. Ce premier tour de « nursing » marque le début de la journée qui se poursuit ensuite par les tours médicaux et infirmiers, pour surveiller les patients, distribuer les repas, etc. « Lorsque nous allons visiter un patient, l’objectif premier est de le rassurer, de communiquer en dépit de la combinaison, ne serait-ce que par des regards, explique Michel, infirmier. Nous prenons toujours du temps pour échanger avec les personnes. » « La réhydratation et l’alimentation sont la base de la guérison, explique Max, médecin, mais cela implique des efforts intenses pour les patients très affaiblis ». On leur donne donc de l’eau avec du SRO (Sels de réhydratation orale) pour traiter la déshydratation, et de la pâte d’arachide hyper énergétique, dont la consistance est adaptée à des personnes faibles. Des traitements prophylactiques contre le paludisme, des antibiotiques pour soutenir la réponse immunitaire et des vitamines sont également dispensés pour favoriser la guérison.

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Dans la zone des patients confirmés (GoPro stérilisée)


Pendant ce temps…

Hygiénistes, logisticiens et techniciens en eau et assainissement constituent un autre maillon essentiel dans la vie du CTE. « Il faut effectuer des opérations de maintenance partout », explique Franck, délégué « eau et assainissement ». « Certains travaux sont routiniers, comme celui des lavandières qui nettoient les bottes et les tabliers garants de la sécurité des femmes et des hommes qui entrent en zone à haut risque. D’autres tâches nécessitent plus de souplesse. Les chlorateurs, par exemple, doivent fournir toute la journée une eau assurant la destruction du virus. Mais ils répondent également aux demandes des uns et des autres et assurent la maintenant des trois réseaux d’eau. Un pour l’eau claire, un pour la concentration à 0,05 %, et le dernier pour le 0,5 % », explique Cyril, tout en indiquant à un maçon où installer la chape de béton nécessaire à l’extension d’une tente de formation.

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Les chlorateurs


Les logisticiens s'affairent dans toutes les zones du CTE, mais aussi dans les bureaux, sur les différentes bases de vie, et jusqu’à la prairie voisine pour récupérer un chargement venu en hélicoptère de Conakry, destiné au laboratoire d’analyse des échantillons sanguins. Les « logs » sont au cœur du fonctionnement général des infrastructures. Benjamin, responsable logistique, gère ainsi les plannings des conducteurs et des gardiens des bases de vie et, avec l'aide de Christophe, responsable des approvisionnements, il pourvoie à tous les biens nécessaires au bon fonctionnement du CTE.

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Déchargement de l'hélicoptère de Conakry


Les hygiénistes ont une mission moins visible mais tout aussi essentielle. Dans la zone à haut risque, ils ont pour rôle de nettoyer les différentes surfaces - lits, tables, chaises -, de changer les pédiluves d'eau chlorée, ou encore d'amener les déchets vers l'incinérateur. Ils sont également responsables de l’accueil des ambulances qui amènent les patients, accompagnent les personnes guéries vers la douche avant leur sortie du CTE, et assurent la tâche la plus difficile qui consiste à prendre en charge les corps des personnes décédées. 

Lorsque la nuit tombe sur les collines de Macenta, les lumières du CTE, elles, restent allumées. Car le centre fonctionne 24/24h et sept jours sur sept. Les équipes de nuit viennent prendre le relais au chevet des malades et des cas suspects. L’accompagnement ne connaît aucune trêve. 

Pendant ce temps, en dehors du CTE… 

Les équipes de sensibilisation ont pour mission de diffuser les messages de prévention essentiels aux habitants des nombreux villages de la préfecture de Macenta. « Nos meilleurs ambassadeurs sont les personnes guéries elles-mêmes, indique François, responsable sensibilisation, qui sont la preuve vivante que l’on peut guérir d’Ebola. Nous mettons l’accent sur l’accompagnement de ces personnes dans leur village, d’une part pour qu’elles ne soient pas stigmatisées, d’autre part pour donner des consignes de vigilance ». Emmanuelle, la coordinatrice des activités communautaires à Macenta, explique que cette collaboration étroite avec les volontaires de la Croix-Rouge guinéenne est primordiale pour casser les chaînes de contamination. En effet, ce sont eux qui sont en charge des tâches les plus difficiles mais essentielles qui consistent à transférer les personnes malades au CTE et de procéder à des enterrements dignes et sûrs. « Nous allons mettre en place des modules de formation, précise Emmanuelle, et utiliser leur retour d’expérience pour augmenter l’adhésion des communautés à ces pratiques et, ainsi, mieux faire passer les messages de prévention ». Ce volet communication est le pendant indispensable du CTE, qui n’est que la partie visible de la lutte contre le virus Ebola dans la préfecture de Macenta. 


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Le certificat de décharge, délivré par le Ministère de la Santé, qui atteste de la guérison du patient


Nicolas Beaumont, délégué information à Macenta