PEAD – Comment allons-nous faire ?

Didier Piard, directeur de l’action sociale à la Croix-Rouge française
Publié le 21/10/2011

Hier, jeudi 20 Octobre 2011, le Conseil des ministres européens de l’agriculture a refusé de voter l’évolution du Programme européen d’aide aux plus démunis (PEAD).

Pourtant, cette prolongation, seul moyen de répondre aux besoins des 18 millions d’Européens les plus démunis, était demandée par la Commission européenne et soutenue par 21 Etats, sur les 27 que composent l'Union européenne.

3 questions à Didier Piard, directeur de l’action sociale à la Croix-Rouge française.

Le 20 octobre était un rendez-vous primordial dans la décision européenne à maintenir le PEAD pour 2012 et 2013, or les négociations ont échoué, que s’est-il passé ?

DP : Même si 85 % des députés européens et 19 États membres sont favorables à l’évolution immédiate du règlement, 6 pays, l’Allemagne, le Royaume-Uni, la République Tchèque, la Suède, le Danemark et les Pays-Bas considèrent notamment que l’aide sociale relève des compétences nationales et non de l’Europe. Ces 6 pays qui s’opposent au principe de solidarité européen, composent une minorité de blocage. Hier, aucun d’entre eux n’a accepté de revenir sur sa position.

Vous avez pourtant multiplié les initiatives pour sauver le PEAD

DP : Oui, depuis plusieurs mois, avec les Banques Alimentaires, les Restos du Coeur et le Secours populaire français nous sommes mobilisés sans relâche pour sauver le PEAD. Eviter une crise alimentaire indigne de l’Europe. Nous avons en effet multiplié les actions pour garantir l’implication totale du gouvernement français, pour interpeller les gouvernements des pays de l’Union Européenne qui continuent à poser leur veto.
Nous avons des retours de soutien extrêmement nombreux des parlementaires français et européens, ainsi qu’une mobilisation sans précédent des délégations sur le terrain. Nous avons également rencontré nos homologues d’organisations caritatives en Europe et notamment en Allemagne.
Aujourd’hui, nous sommes atterrés par ce manque total de solidarité envers les plus démunis alors même que la pauvreté touche dramatiquement de plus en plus de personnes et notamment dans les classes moyennes.

Que va-t-il se passer maintenant ?

DP : Sauf nouvelle décision, le PEAD sera donc bel et bien amputé de 80% en 2012. Nous avons décidé d’interpeler directement les Chefs d’Etat et de Gouvernements européens. Les principes de démocratie, d'humanisme, de respect des engagements et de fidélité au traité de Rome dépendent aujourd’hui de leur responsabilité. Mais il y a une vraie urgence, c’est maintenant que nous devons commencer à nous organiser et nous approvisionner pour l’aide alimentaire 2012 !
En cas d’échec dans les jours qui viennent, nous saisirons notre gouvernement pour trouver des solutions rapides à cette situation inadmissible. Car plus le temps passe, plus nous aurons du mal à répondre aux besoins plus en plus importants de nos concitoyens les plus vulnérables.