Précaires en campagne

Précaires en campagne
Publié le 22/04/2014

Afin de toucher des publics isolés et précaires, la Croix-Rouge française a développé un dispositif mobile, « Croix-Rouge sur roues », en partenariat avec la Fondation PSA Peugeot Citroën. La délégation départementale Croix-Rouge du Gers rôde ce dispositif depuis quelques mois. Nous l’avons suivie à Campagne d’Armagnac, un village de 200 habitants.

« Rien. Il n’y a rien ici. Pas de ville, pas d’entreprise, pas de travail…  Et comment je fais, moi, avec mon mari et mes deux enfants, pour survivre avec 484 euros par mois ? » Dans la voix de Nathalie, jeune maman de 30 ans, il y a un mélange de colère et de honte. Cet après-midi là, elle pousse la porte de la salle polyvalente de Campagne d’Armagnac, village de 200 âmes, où une antenne de la Croix-Rouge française s’est installée pour quelques heures. Francesca et Martine, bénévoles, la laissent exprimer son désarroi, avant d’aller chercher dans le camion un colis d’aide alimentaire. Nathalie repart avec de quoi nourrir sa famille… et avec le sourire, malgré tout. « Les gens sont en difficulté mais ils sont aussi très isolés, commente Francesca. Ils ont autant besoin d’écoute que d’aide matérielle. »

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« Ici, on est loin de tout »

Emaillé de petites communes, dont une sur deux compte moins de 200 habitants, le Gers a l’une des plus faibles densité de population de France, avec à peine 30 habitants par km2. Le cadre est bucolique et ferait rêver plus d’un citadin. Oui, mais… « Ici, on est loin de tout, explique Marie-José Lier, présidente départementale de la délégation Croix-Rouge du Gers. Auch, le chef-lieu du département, est à 70 kilomètres, et faute d’activité économique et de moyens de transport, le taux de précarité s’élève à 24 % en zone rurale. » Pour les personnes en situation de vulnérabilité, cet isolement a de lourdes conséquences : non seulement elles sont éloignées des commerces de proximité, de l’emploi ou encore des hôpitaux, mais elles sont aussi souvent en dehors de tout réseau d’aide. Consciente du problème, la délégation départementale de la Croix-Rouge a mis en place un dispositif itinérant pour aller à leur rencontre : « Croix-Rouge sur roues » : deux fois par semaine, une quinzaine de bénévoles se relaient pour passer dans les petits villages de l’ouest du département, « le plus touché par l’isolement », précise Marie-José Lier, pour dispenser écoute, orientation, accompagnement, aide alimentaire et vestimentaire. Pour développer son activité, la délégation a bénéficié d’une subvention pour acquérir un camion spécialement équipé pour l’aide itinérante par la Fondation PSA Peugeot Citroën (voir encadré). Le véhicule peut se rendre directement chez les personnes ou bien, comme aujourd’hui, se garer à côté d’un espace prêté par la mairie pour recevoir les bénéficiaires. 

Informer sur l’accès aux droits

Anaïs est la première à se présenter. La jeune femme de 19 ans vit en couple avec un enfant. Elle et son compagnon, sans emploi, sont obligés de vivre chez ses parents. Le camion est invisible depuis la rue et rien ne signale la présence de la Croix-Rouge française. « C’est la mairie qui m’a parlé de vous », explique-t-elle. « On essaie de rester discret, confirme Camille, bénévole. Ici, on est à la campagne, les gens ne veulent pas qu’on les voie demander de l’aide. » Pour aller à la rencontre de ces publics qui préfèrent souvent se cacher, la Croix-Rouge s’appuie sur un réseau de partenaires - travailleurs sociaux, CAF, AMDPH, MSA, mairies… - qui relaient leurs jours de passage auprès des personnes vulnérables. Anaïs repart avec un colis d’aide alimentaire, mais aussi une foule d’informations sur les aides auxquelles elle pourrait prétendre et sur les structures à contacter. « L’aide alimentaire ne représente qu’une demande sur deux, souligne Daniel, référent urgence et secourisme et responsable du camion. « Il y a un gros travail d’information à faire sur l’accès aux droits », confirme Marie-José Lier.


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Il est 18 heures, « la Croix-Rouge sur roues » range son dispositif. Durant l’après-midi, cinq personnes sont venues les solliciter, aux profils similaires. « A l’origine du projet, nous pensions surtout aider des personnes âgées, explique Camille. L’expérience nous montre que la réalité de la précarité est plus diverse qu’on ne le pensait. »


Textes : Clarisse Bouillet - Photos : Didier Pazery