L’accueil des réfugiés du Sud-Est asiatique par la France

L’accueil des réfugiés du Sud-Est asiatique par la France
Publié le 20/06/2013

En juillet 1974, crise du pétrole et chômage en hausse poussent le gouvernement français à fermer les frontières à l’immigration économique. Désormais, la demande d’asile constitue l’une des rares voies d’entrée.

En juillet 1974, crise du pétrole et chômage en hausse poussent le gouvernement français à fermer les frontières à l’immigration économique. Désormais, la demande d’asile constitue l’une des rares voies d’entrée. L’Etat, pourtant, décide par mesure exceptionnelle, un an après, d’accueillir ces réfugiés du Sud-Est asiatique, et de faciliter leur accès au statut de réfugiés politiques. C’est tout le pays qui se mobilise : la presse, les intellectuels, l’opinion publique en générale est favorable. Ainsi, de 1975 à 1985, 110 000 réfugiés du Sud-Est asiatique sont accueillis en France. En 1987 encore, 53% des réfugiés enregistrés à l’OFPRA sont originaires de ces trois pays.

Si leur venue est règlementée par une politique de quotas, ils bénéficient d’un dispositif d’accueil, d’hébergement, d’aide et d’assistance sociale particulier, issu d’une action concertée entre l’Etat et les associations humanitaires.

Le 21 mai 1975 une réunion est organisée par René Lenoir, secrétaire d’Etat à l’Action Sociale, chargé par le gouvernement de l’accueil des réfugiés du Sud-est asiatique. A cette réunion

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sont conviés la Croix-Rouge française, le Secours Catholique, la Cimade, France terre d’asile, ainsi que le Service Social d’Aide aux Emigrants et les CROUS (Centres Régionaux des Œuvres Universitaires et Scolaires). Le but de cette rencontre est de déterminer les moyens à mettre en œuvre pour faire face à la situation. La Croix-Rouge française est chargée de l’accueil des réfugiés à leur arrivée en France, elle procure des secours dans les centres de transit et assure la gestion de certains centres d’hébergement. France Terre d’Asile s’occupe de la gestion des centres de transit de la région parisienne ainsi que des centres d’hébergement ne pouvant être pris en charge par les autres associations. Le Secours Catholique et le Service d’aide aux émigrants s’attachent à la recherche de logements et d’emplois. La Cimade, enfin, organise des cours de français pour faciliter l’insertion tandis que  les CROUS aident les étudiants sans ressources.

Le dispositif d'accueil de la Croix-Rouge française

Afin de mener à bien sa mission, la Croix-Rouge française a aussitôt créé le Service des Réfugiés du Sud-Est asiatique, entièrement dédié à l’accueil de ces migrants et à l’aide qui peut leur être apportée.

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Visite du Maire de Paris, Jacques Chirac, à l'aéroport de Roissy en 1979.


Le rôle premier de l’association est d’accueillir les réfugiés à leur descente de l’avion, d’offrir une présence rassurante, du réconfort, à ces personnes qui ont dû quitter leurs racines, leurs familles, leurs biens, sans repère dans cette société occidentale.

Une antenne est mise en place à Roissy, où s’effectuent la majorité des arrivées, composée de trois hôtesses et de bénévoles qui se relaient. A Orly, les bénévoles se succèdent également, au gré des atterrissages annoncés avec les listes de réfugiés transmises par le Comité intergouvernemental des Migrations Européennes (désormais connu sous le nom d’Organisation Internationale pour les Migrations).

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Accompagnés en bus vers les centres d’hébergement, ils sont également reçus par le Service social de la Croix-Rouge. Ils y trouvent des solutions à leurs problèmes immédiats, comme les besoins matériels de base, et des informations concernant la marche à suivre pour leurs démarches administratives. De là partent aussi les recherches de parents ou d’amis déjà installés en France.


Entre le 1er juin et le 11 septembre 1975, 3 961 exilés arrivent en France.  De 1975 à 1981, la Croix-Rouge française accueille 83 327 réfugiés. Fin 1990, plus de 125 00 personnes auront ainsi été aidées.  


Réfugiés pris en charge par la Croix-Rouge française entre 1982 à 1990

Année 1982 1983 1984 1985 1986 1987 1988 1989 1990
Total 9154 8690 5195 2951 2769 2745 2707 2757 4053

L’accueil aux aéroports n’est pas l’unique étape. Les réfugiés viennent de pays dont la vie quotidienne, les lois et les traditions sont différentes de la France. L’adaptation n’est pas toujours facile. La plupart de ces nouveaux arrivants sont donc hébergés dans des centres de transit en région parisienne pendant quelques jours puis vont, s’ils le souhaitent, rejoindre un centre provisoire d’hébergement en province (il en existe 69 en 1976). D’autres s’installent. Ainsi, les réfugiés ne sont pas livrés à eux même et restent avec des compatriotes. Ils bénéficient gratuitement de l’hébergement, de la nourriture et de l’aide médicale et ont également la possibilité d’apprendre le français grâce aux cours de la CIMADE. Le but est de favoriser au maximum leur intégration dans la société française.