La mobilisation du réseau et l’aide internationale

Personel de la Fédération Croix-Rouge et Croissant-Rouge - FICR - en Algérie en septembre 1962
Publié le 19/03/2012

Qu’il s’agisse de l’aide à la population ou du soutien aux soldats, les besoins sont immenses, dépassent les capacités des autorités civiles et militaires comme celles de la Croix-Rouge française.

L’association ne se voyant pas accorder par l’Etat l’autorisation d’effectuer des appels à dons à grande échelle, le manque de moyens des comités est un problème récurrent tout au long du conflit. Le réseau de solidarité est donc très vite activé, tant au national avec le système des parrainages, qu’à l’échelon international avec les secours massifs et réguliers du CICR et de la FICR (Fédération Internationale des sociétés de Croix-Rouge et Croissant-Rouge).

L’extension du réseau en Algérie

Après 1954, au regard des « évènements » et anticipant les besoins immenses qu’ils vont générer, la Délégation modifie son organisation en l’harmonisant avec celle que l’administration met alors sur pieds et décuple son activité.
En quelques mois, le nombre de conseils départementaux passe de 3 à 13, celui des comités de 58 à 84. L’objectif est d’adopter un découpage territorial similaire à celui des autorités pour optimiser les contacts et les capacités d’action sur le terrain.

Parrainages et solidarité

En 1958, le gouvernement songe à faire parrainer chaque arrondissement algérien par un département en métropole. La Croix-Rouge française, depuis 1955 déjà, a mis en place un système de jumelage entre ses comités. Le principe consiste à collecter et envoyer des fonds, des vêtements, des vivres, des médicaments. Les relations qui se nouent permettent aussi une meilleure compréhension de la situation de part et d’autre.
 

L'implantation de la Croix-Rouge française en Algérie en 1962
L'implantation de la Croix-Rouge française en Algérie en 1962

 
L’initiative du système des « adoptions » revient au Conseil départemental de Seine-et-Oise qui, le premier, envoie régulièrement des secours en lainages et des colis de première urgence au comité de Batna. Le système est très vite généralisé et porte ses fruits. Grâce aux parrainages sont acheminés, par exemple, entre janvier et octobre 1961, 4,2 tonnes de vêtements et couvertures, 18 tonnes de produits alimentaires dont 6 de lait, 400 kg de produits pharmaceutiques, le tout jugé encore insuffisant.
Les envois sont directement adressés au comité parrainé qui effectue la distribution, aux victimes du terrorisme, aux sinistrés des catastrophes récurrentes, et surtout aux soldats du contingent et aux populations regroupées.
 
Il ne faut pas oublier la collaboration étroite et essentielle qui se tisse sur place avec les associations engagées auprès de la population, comme la CIMADE ou le Secours Catholique.

L’aide du Mouvement

Dès 1957, le CICR effectue des distributions auprès les populations déplacées, parallèlement aux opérations que commence à mener la Croix-Rouge française. Lorsqu’à partir de juin 1959 les camions itinérants de la Croix-Rouge française sillonnent les centres de regroupement, ils peuvent, et ce jusqu’à leur départ en 1963, s’appuyer sur les délégués et les secours en masse du CICR : en 1961, les secours envoyés atteignent un montant de 850 000 francs suisses.
Au-delà de 1963, le Mouvement reste bien sûr très actif auprès du Croissant-Rouge algérien.
 
Lorsque la FICR lance un appel pour soutenir la Croix-Rouge française, la réponse est immédiate : les Croix-Rouge d’Australie, du Canada, du Danemark, de la Finlande, de l’Italie, de Monaco, de Norvège et de Suède envoient en grande quantité vêtements, secours alimentaires, produits d’hygiène, dons en argent.
Après la guerre, la FICR, en coopération avec le HCR et plusieurs associations, prendra également le relais auprès du Croissant-Rouge pour éviter que la famine ne se développe en Algérie, où l’activité économique est en grande partie paralysée. On estime alors à 3 millions le nombre de personnes exposées.
 

Action de la FICR pour les regroupés en 1962
Action de la FICR pour les regroupés en 1962

 
En outre, et bien après la fin du conflit, le CICR poursuit ses missions historiques de visites des lieux de détention, de démarches en faveur des prisonniers, d’aide aux réfugiés, de recherche des disparus, s’attachant plus largement au respect du Droit International Humanitaire auprès des parties en présence.

Virginie Alauzet