L’après mars 1962 : la Croix-Rouge française assure la transition (1962-1970)

Des secouristes du Croissant-Rouge algérien à Souk-Ahras
Publié le 19/03/2012

Les accords d’Evian (18-19 mars 1962), aboutissement des négociations entre le gouvernement français et le FLN, suivi de la proclamation d’indépendance de l’Algérie (3 juillet 1962) mettent fin à 8 ans de guerre, entraînant un cessez-le-feu immédiat mais aussi un déferlement de violences et un exode massif vers la France.

Comme en Indochine quelques années plus tôt, la transition se fait avec le Croissant-Rouge algérien, fondé en janvier 1963. L’action de la Croix-Rouge française en Algérie se recentre sur l’aide aux ressortissants français et prend une nouvelle forme, celle de la coopération.
 
A compter de mai 1962, les établissements de la Croix-Rouge française sont contraints de fermer. Certains sont réquisitionnés par les autorités, le personnel européen licencié. D’autres sont fermés pour des raisons de sécurité. Certains comités doivent fermer leurs portes, contraints par la situation qui pousse aussi les bénévoles au départ. Le 31 mai 1962, les établissements du comité d’Alger ont cessé leur activité, 28 structures au total. Seul l’hôpital Barbier Hugo fonctionne encore, mais avec de grandes difficultés.
 
Le nouvel Etat algérien voit se créer officiellement en janvier 1963 une société nationale, le Croissant-Rouge algérien, qui sera reconnu par le CICR en juillet 1963. Le règlement du Mouvement Croix-Rouge est clair : deux sociétés nationales ne peuvent coexister au sein d’un même pays. Le Croissant-Rouge algérien prend désormais en charge les missions de la Croix-Rouge auprès de la population algérienne. Cependant, la Croix-Rouge française est autorisée à maintenir sa Délégation Générale sur le territoire, ainsi que 9 délégations locales, dans les zones où la population française est encore importante, et où elles assurent une aide sanitaire et sociale.
 
Au printemps 1963, elle se donne deux tâches vis-à-vis de l’Algérie : assurer l’assistance à la population française encore présente, et soutenir le développement du Croissant-Rouge naissant, tout en coopérant avec le ministère de la Santé algérien.
Au lendemain de l’Indépendance, la Croix-Rouge française avait repris son action directe au bénéfice de la population musulmane en remettant en service, dans l’Algérois et le Constantinois, plusieurs équipes féminines itinérantes. Ces équipes se retirent finalement en avril 1963 sur demande de l’Ambassade de France, les camions sont remis au Croissant-Rouge.
La Croix-Rouge française recentre alors son action sur les ressortissants français encore présents. Les délégations apportent leur aide à ceux qui n’ont pu partir, comme les personnes âgées ou isolées, malades ou sans moyens, et prennent parfois en charge leur rapatriement. Ils sont encore près de 2000 en 1965.
 
Symbole de la coopération apportée à l’action du ministère de la Santé algérien, l’hôpital neurochirurgical Barbier Hugo, créé par la Croix-Rouge française dans les années 1930, est devenu propriété de l’Etat mais fonctionne toujours avec des infirmières françaises.
De même, l’Ecole d’infirmières d’Oran reste ouverte sur requête du même ministère, qui demande enfin à l’association l’ouverture à Alger d’un cours de perfectionnement d’infirmières surveillantes dirigé par des monitrices françaises. Enfin, dès juin 1963, on envisage en commun des sessions de formation d’instructeurs de secourisme : deux moniteurs seront envoyés à Souk-Ahras, des secouristes algériens viendront se perfectionner à Pézenas, dans l’Hérault. La volonté de collaborer avec le tout jeune Croissant-Rouge et de lui apporter l’aide nécessaire à sa construction est réelle, appuyée également par le CICR.
 
Au niveau local, la passation se fait progressivement. A Souk-Ahras, le comité local du Croissant-Rouge convie systématiquement les bénévoles français aux réunions importantes. Ils travaillent de concert pour assurer, par exemple, le transfert de gestion du jardin d’enfants en 1967. De plus, le dispensaire reste en activité sous l’égide de la Croix-Rouge française pour soigner enfants algériens, fournir du lait et des layettes aux mères.
 
Même si la transmission du patrimoine provoque parfois quelques difficultés voire des incompréhensions, cela n’entache pas la volonté des deux sociétés nationales d’entretenir des relations les plus cordiales possibles. Le 7 février 1967, le Dr Larbaoui, président du Croissant-Rouge algérien, est convié à Paris par son homologue André François-Poncet. Il est établi que la base de leur collaboration technique se fera autour du secourisme. D’autre part, il est entendu qu’une Délégation Générale du Croissant-Rouge pourra s’installer à Paris, conçue sur le même modèle que celle de la Croix-Rouge française en Algérie.
 
A partir de 1968 se profile pour la Croix-Rouge française la fin de sa présence en Algérie. Elle apporte toujours ses soins aux ressortissants français, de moins en moins nombreux. La participation à leur rapatriement était en effet l’une de ses missions. Par ailleurs, le gouvernement ayant décidé de réduire considérablement son aide financière, elle n’a plus les moyens d’entretenir sa présence. En juin 1969, elle se voit contrainte d’entreprendre la liquidation de sa Délégation Générale en Algérie, les services consulaires prendront la relève.
 
De la même façon, le projet de la Délégation Générale du Croissant-Rouge algérien en France ne verra finalement pas le jour, faute, là aussi, de moyens.
 
En 1970 la Croix-Rouge française quitte définitivement l’Algérie après un siècle de présence. Durant le conflit menant à l’indépendance de l’Algérie, la Croix-Rouge française s’est toujours attachée au maintien d’une stricte neutralité dans ses actions. Les principes de la Croix-Rouge ainsi respectés ont permis une passation des missions au Croissant-Rouge algérien, une coopération finalement assez rapide entre les sociétés sœurs, mais aussi le suivi, après l’indépendance, du soin des Français qui n’avaient pu rentrer. La Croix-Rouge française n’en oublie pas pour autant le sort des rapatriés, particulièrement des harkis, sur le territoire français, et s’y intéresse de très près par le biais de ses comités.

Virginie Alauzet