Du soin des blessés à la mémoire des combattants : Verdun

Verdun

Le 29 mai 2016 a eu lieu la cérémonie de commémoration internationale du Centenaire de la Bataille de Verdun. Présidée par le président de la République française et la chancelière de la République fédérale d’Allemagne, elle se déroulera à la nécropole nationale de Douaumont, où reposent les restes de 130 000 soldats inconnus tombés durant les combats. Si la Croix-Rouge française a contribué au soin des blessés de la bataille, elle a aussi été partie prenante de l’élévation de ce monument.

Une tradition mémorielle

Dès le conflit franco-allemand de 1870, la Croix-Rouge française prend en considération les soldats tués au combat. Elle assure l’achat de cercueils en chêne pour les officiers morts dans ses ambulances. Au lendemain de la guerre, elle organise l’Œuvre des tombes, dédiée à la mémoire des 18 000 soldats français décédés en captivité en Allemagne. Légitime consolation aux larmes de milliers de familles dont les proches ont péri en exil. Elle part à la recherche de ces morts sans sépulture décente et dresse des monuments dans les cimetières de 171 villes, grâce notamment aux dons de leurs frères d’arme.

En France aussi, la Croix-Rouge contribue à l’érection de monuments aux morts de cette guerre et à la célébration de services religieux. Une pratique mémorielle dans le respect des croyances religieuses, dans une France où croire en Dieu et en sa patrie est souvent indissociable. Dans la capitale, une messe annuelle est célébrée par l’archevêque de Paris à Saint-Sulpice, à la Madeleine ou en la cathédrale Notre-Dame, en présence des plus hautes instances de la Croix-Rouge française, de préfets, de généraux, de diplomates, des représentants du Président de la République, des ministres de la Santé, de la Guerre, de la Marine et des Colonies. Au niveau local, ces messes de requiem rassemblent chaque année des autorités et notabilités civiles et militaires. Cette tradition religieuse perdure bien après la Seconde guerre mondiale. Depuis, elle s’est muée par la présence de porte-drapeaux aux cérémonies officielles et, bien sûr, chaque année depuis 1923, par le ravivage de la flamme du Soldat inconnu.

Douaumont, une mémoire commune

21 février 1916, la bataille de Verdun éclate. Elle va durer 10 mois. 306 000 soldats français et allemands sont tués ou portés disparus, 412 000 sont blessés. Sur ces terres ensanglantées, après-guerre, l’idée germe du monument qui deviendra un haut lieu de la mémoire de la Grande guerre. C’est tout naturellement que la Croix-Rouge française s’est engagée auprès de Monseigneur Ginisty, évêque de Verdun, dans la réalisation de l’ossuaire de Douaumont.

Lorsqu’en février 1919 est commémoré au Trocadéro le troisième anniversaire de la bataille, Mgr Ginitsy expose son projet : « Quant à la réalisation de ce plan, elle serait l’œuvre de la France entière, et même du monde. Et si l’évêque de Verdun en jette l’idée au vent, il appartient aux grandes sociétés militaires, fédérations, Croix-Rouge, Souvenir français… de seconder cette initiative et d’apporter leur concours. »

Jusqu’en 1940, les présidents nationaux successifs de l’association font partie du Comité de patronage de l’ossuaire. Son comité d’action, composé notamment des présidentes de la Société de Secours aux Blessés Militaires (SSBM), de l’Association des Dames de France (ADF) et de l’Union des Femmes de France (UFF), œuvre pour recueillir des fonds. C’est la princesse de Polignac, veuve de guerre, présidente depuis 1914 du comité de Reims et future vice-présidente nationale de la SSBM, qui centralise les dons aux côtés de l’écrivain Henry de Montherlant.

Les premières pierres de l’ossuaire provisoire sont posées le 22 août 1920. Le transfert à l’ossuaire définitif a lieu en 1927. Il est inauguré officiellement par le président de la République en 1932. Dans la chapelle, parmi les vitraux dessinés par George Desvallières (cf. photo), la représentation d’une infirmière de la Croix-Rouge rappelle le sacrifice des personnels de santé durant les combats. L’artiste l’a réalisée en mémoire des « infirmières tombées à l’ennemi » lors du bombardement de l’ambulance de Dugny (1917). Mémoire mêlée dans un destin commun, celui de la guerre, où les combattants donnaient leur vie et la Croix-Rouge plus que des soins.

Citation : « Le culte des morts survit à toutes les ruines et domine tous les préjugés. » Rapport de l’Œuvre des tombes, 1872

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Crédit photo : Fondation Ossuaire de Douaumont