100 ans après la catastrophe de Courrières

100 ans après la catastrophe de Courrières
Publié le 20/03/2006

A l’aube du 10 mars 1906 survient dans les galeries des houillères de Courrières, près de Lens, la plus meurtrière des catastrophes qu’ait connue le monde minier en France. Un coup de grisou dévaste 110 km de galeries et seulement 550 des 1664 mineurs qui y travaillaient sont remontés, grièvement blessés pour la plupart.

 

Les secours

Les premiers secours, médecins et infirmières, sont d’abord désordonnés, gênés par les gaz, la poussière et la foule qui accoure, paniquée, à la recherche d’un proche en vie. Mal organisés, 16 sauveteurs trouveront aussi la mort, asphyxiés.
Dès les premiers jours, les ingénieurs de l’Etat chargés des opérations de sauvetage reçoivent l’aide de mineurs belges et des pompiers de Paris. Mineurs et sauveteurs viennent aussi de Westphalie, à un moment pourtant de grandes tensions entre la France et l’Allemagne, "ennemies héréditaires". Tous vont travailler main dans la main, faisant abstraction des conflits de frontières. L’équipement plus perfectionné des Allemands permet l’extraction des corps, difficilement identifiables. C’est seulement le 13 mars que les premières obsèques peuvent avoir lieu.

L’aide aux familles

La catastrophe fait 562 veuves et 1 133 orphelins. La presse, ayant relaté la catastrophe partout dans le monde, provoque un élan de solidarité. Huit millions de francs recueillis par un comité de secours seront redistribués aux familles.

La Croix-Rouge française, bien sûr, ne reste pas indifférente à tant de malheur. La SSBM, si elle s’en émeut, n’intervient pas : ce type d’action ne fait pas encore partie de ses fonctions et n’apparaît pas dans ses statuts. En effet, son champ d’action est précisément contenu aux secours aux blessés militaires et à la préparation des hôpitaux auxiliaires du service de santé militaire, surtout en cette période de conflits larvés.

 

Par contre, ses deux sociétés sœurs, l’Association des Dames Françaises (ADF) et l’Union des Femmes de France (UFF), quasi-exclusivement féminines, ont choisi très tôt d’intervenir aussi "en cas de calamité publique".

 

Les deux associations décident d’ouvrir une souscription pour les familles des victimes et d’en faire distribuer le montant par un groupe de Dames qui se rendra à Courrières. Les comités de province se mobilisent aussitôt pour y participer. Les sommes seront centralisées, de nombreux dons proviennent de groupes d’ouvrières.
La délégation se met aussitôt en contact avec le directeur des mines de Courrières, la municipalité, le curé et le Dr Lourties, correspondant de l’ADF dans cette localité.

 

Ses membres iront directement s’informer sur place des misères les plus grandes, tenteront d’apporter un peu de réconfort et remettront eux-mêmes aux veuves et aux orphelins le produit de la souscription, avec le souci de la plus grande équité, au plus près des besoins de chacun. Le départ prévu le 17 mars attendra quelques jours, retardé par la grève des mineurs, révoltés par leurs conditions de travail.
Plus de 50 000 francs seront ainsi distribués. Cette première répartition faite, le reliquat sera converti en livrets de la Caisse d’Epargne au profit de 577 orphelins appartenant aux familles ayant plus de 4 enfants.

 

Autant qu’une aide financière, c’est la proximité et l’attention pour le sort des familles endeuillées qu’ont tenté d’apporter les deux sociétés féminines.

 

L’année suivante, la création du Comité Central de la Croix-Rouge française, réunissant les trois sociétés, incitera la SSBM à imiter ses sœurs cadettes. On la verra en effet dès 1908 envoyer secours et matériels lors du tremblement de terre en Provence. L’ampleur de la catastrophe et la souffrance qu’elle a engendrée aura révélé le besoin de secours et de soutien aux civils dont les conditions de vie sont difficiles.

 

Les "rescapés"

Il y aura 13 survivants à ce drame. Pour évoquer les terribles conditions de survie de ces réchappés, les journaux vont employer pour la première fois le terme wallon "rescapés".

 

Depuis cet évènement, le mot est devenu un nom commun de la langue française.