La quête, une idée neuve ?

Historique de la Croix Rouge
Publié le 04/05/2006

Petit retour (loin) en arrière. La quête sur la voie publique – tendre la sébile – est consubstantielle à la pauvreté depuis des âges immémoriaux. Au Moyen Âge, cette pratique constituait d’ailleurs pour les moines mendiants (franciscains et dominicains), un véritable voeu, institué en règle, au nom du principe de charité. La naissance des organisations caritatives a naturellement repris et adapté cet appel simple et direct à la solidarité de tous. C’est notablement le cas de la Croix-Rouge.

 

Au cours de la guerre franco-prussienne puis de la Commune, dans les années 1870-1871, un réseau de plus de 400 comités se forme en province. Chacun est sommé de s’organiser pour trouver ses propres fonds nécessaires à l’action : appel à dons (souscriptions), legs et subventions. Au niveau "central", c’est la grande vente de charité annuelle de décembre (trois jours dans les salons des ministères ou les grands magasins) qui constitue la source de revenus la plus importante, complétée par les cotisations, les dons spontanés… Plus ponctuellement, des appels nationaux à la générosité sont lancés en faveur des soldats sur les champs de bataille. L’argent recueilli permet de fournir linge et médicaments aux hôpitaux du front. Les bals, concerts, tombolas ou encore la messe annuelle, donnée en mémoire des soldats morts pour la France, offrent par ailleurs l’occasion d’orchestrer des quêtes. Sur ce plan, les comités emboîtent rapidement le pas.

 

Après la Première Guerre mondiale, la Croix-Rouge française participe à des quêtes au bénéfice d’oeuvres plus larges, comme la Journée de la Société centrale de sauvetage des naufragés, la Semaine nationale de l’enfance, ou encore la campagne de lutte contre la tuberculose. Quelle que soit la période, la population répond positivement à ces appels. Chacun donne en fonction de ses moyens. Participent aussi bien les particuliers que les institutions publiques, les communes, les départements, les grandes compagnies de chemin de fer, les sociétés de crédit, minières, industrielles ou d’assurance.

 

Mais c’est le 24 juin 1934 qu’est lancée la première Journée nationale de la Croix-Rouge, après que l’association ait enfin reçu l’autorisation délivrée par le ministère de l’Intérieur. Cette première opération, relayée sur tout le territoire, va rapporter près de 2,6 millions de francs de l’époque (soit 1,6 millions d’euros). Aujourd’hui, elle permet de collecter plus de trois fois plus d’argent, soit 4 millions d’euros en 2005.

Du noir et blanc au poster d’Adriana

Historique de la Croix Rouge

Qu’est-ce qui a changé depuis 1934 ? Pas grand-chose en apparence. L’événement est renouvelé au printemps de chaque année. Le feu vert et la date sont toujours donnés depuis la place Beauvau. Le principe n’a pas varié : muni d’un tronc en fer, des bénévoles vont à la rencontre des passants pour solliciter leur générosité. De préférence avec le sourire ! Hier comme aujourd’hui, pauvreté et précarité, souffrances et accidents de la vie se développent aux marges de notre société, comme des spectres toujours à conjurer.

 

En revanche, le contexte s’est profondément modifié. D’une société marquée par le devoir et la morale nous sommes passés à une société de consommation, cultivant individualisme et hédonisme, sur fond de toile médiatique omniprésente. Face visible de cette mutation, les actions de communication de la Croix-Rouge se sont adaptées. D’un ton misérabiliste, les films publicitaires ont peu à peu relayé des thèmes d’abord festifs puis clairement humoristiques. L’arrivée d’Adriana Karembeu comme icône de la Croix-Rouge établit à cet égard une véritable rupture.

 

"Si Adriana n’est pas là, c’est Robert qui s’en chargera…". Le couple emblématique des Journées nationales depuis 2003 s’est insinué dans les esprits pour démontrer que la solidarité, ce n’est pas forcément triste. Un pari gagnant, le montant global de la quête passant de 3,3 millions d’euros en 2002 à 4 millions en 2005. Preuve en est que le courant est passé : rajeunissement de l’image de la Croix- Rouge, "dédramatisation" de l’acte de dons, succès médiatique et, surtout, adhésion en interne des quêteurs bénévoles.