Le centre de l'Albaron a 30 ans

Le centre de l'Albaron a 30 ans
Publié le 25/01/2013

Depuis 1982, la Croix-Rouge française dispose d’un centre national de formation, l’Albaron, à Modane en Savoie. Sorte de laboratoire d’expérimentation, il est connu pour ses formations innovantes dans les domaines du secourisme et de l’aide humanitaire.

Mais le centre a aussi une vocation sociale moins connue : régulièrement engagé dans des actions d’urgence, accueillant des publics en situation précaire, ou encore lieu de vacances pour les bénévoles et salariés de l’association, il plébiscite l’accueil, l’entraide et la mixité sociale. A l’occasion de ses 30 ans, en décembre dernier, revenons sur un lieu engagé qui se veut le reflet des valeurs de la Croix-Rouge. 

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En cette journée d’hiver, il y a foule dans la salle du restaurant de l’Albaron. Autour de la grande cheminée centrale où crépite un feu de bois, on ne compte pas moins d’une vingtaine d’enfants et leurs mamans, en situation précaire, venus en vacances à Modane par le biais de la délégation Croix-Rouge d’Annecy. Mais il y a aussi Jean, fils d’un salarié de la Croix-Rouge française, qui profite avec ses amis des stations de ski alentours. Et puis encore des salariés et bénévoles en formation. Tout ce petit monde discute joyeusement, se mélange dans une ambiance bon enfant. « Ici, le lien entre familles, salariés, bénévoles se créé naturellement », souligne Brigitte Margueron, la directrice du centre.

Créer un lieu de formation qui soit aussi un centre d’accueil convivial reflétant les valeurs de la Croix-Rouge, c’est le pari fou lancé par François Novellino, alias « Fanfan », fondateur de l’Albaron en 1982. Alors directeur bénévole du secourisme et de l’urgence à Modane, il avait remarqué que « former sur plusieurs jours, en continu, plutôt que d’égrener les heures de formation, donnait de bien meilleurs résultats, tant pour l’intégration des informations que pour l’esprit d’équipe. » C’est ainsi qu’il a décidé d’ouvrir ce centre chez lui, dans la vallée de la Maurienne. « L’objectif était de créer un lieu qui soit un carrefour d’hommes, d’idées et de techniques, explique Fanfan. Il fallait que ce soit un laboratoire, où l’on expérimente de nouvelles formations et de nouvelles pédagogies, mais aussi un lieu de vie, d’échanges, de rencontres. » 

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Un site rassembleur et fédérateur 

Le centre commence par former au secourisme, puis grandit peu à peu, et élabore ses propres formations et méthodes, avec de nouvelles techniques fondées entre autres sur les jeux de rôle, des stages de préparation à l’aide humanitaire, aux missions internationales, ou encore des formations d’instructeurs. En trente ans, l’Albaron s’est imposé comme un véritable site d’innovation, formant près de 38 000 stagiaires, issus de la Croix-Rouge, mais aussi d’autres institutions comme les sapeurs-pompiers, l’Education nationale, ainsi que des membres de la Croix-Rouge internationale du Liban, de la Corée, du Maroc, etc. « Leurs techniques sont éprouvées, ils ont une vraie capacité à inventer, aussi bien dans la conception des formations que dans les techniques pédagogiques, c’est un pôle d’excellence », commente Patrice Dallem, directeur national de l’urgence et du secourisme de la Croix-Rouge française, qui voit en outre un autre atout à ce centre spécialisé : « En formant toute l’année des personnes qui vont ensuite diffuser leurs méthodes et connaissances, cela apporte beaucoup de cohérence au réseau », souligne-t-il.

Mais pour Jean-Lou, responsable des quatre formateurs de l’Albaron, c’est aussi tout ce qui se passe autour de la formation qui est important. Car le centre, perdu dans une petite vallée de la Savoie, est également, avec ses 52 chambres, sa salle de restaurant, son salon (« le grenier de Marinette »), son bar, un lieu où l’on se retrouve, où toute la communauté d’acteurs qui constitue la Croix-Rouge ne peut pas faire autrement que de se croiser. « Des directeurs financiers, des secouristes, des bénévoles, des cadres, sont réunis pendant plusieurs jours dans un univers clos, souligne Jean-Lou. Ils se découvrent, échangent sur leurs métiers. Cela facilite le relationnel et le travail d’équipe. Ça aussi, ça compte.» 

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Portes grandes ouvertes sur le monde

L’accueil, la convivialité et l’échange. Des notions incontournables à l’Albaron. Car le centre ne s’est pas contenté de former à l’assistance aux autres, très rapidement, il a mis en pratique une aide concrète, en phase avec les engagements et valeurs de la Croix-Rouge. Ainsi, deux ans après son inauguration, en février 1984, une importante grève des routiers bloque toute la vallée de la Maurienne et des centaines d’automobilistes se retrouvent coincés dans leurs voitures. « Fanfan a négocié avec les routiers pour qu’un couloir de sécurité soit installé, afin de pouvoir distribuer des soupes et des couvertures, mais aussi pour pouvoir accueillir les familles ici, se souvient Brigitte Margueron. Cela a duré 8 jours ! ».

Cet épisode a marqué la seconde vocation du centre : ouvrir ses portes à tous ceux qui en ont besoin. Dès lors, l’Albaron sera sur tous les fronts : inondations de la Somme et du Gard,

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explosions de l’usine AZF, accueil de migrants lors des urgences humanitaires, se transformant en centre d’accueil d’urgence si nécessaire. « En 1999, rappelle Brigitte, nous avons accueilli 1 794 Kosovars en moins de deux mois. La préfecture avait même pris ses quartiers chez nous pour établir des titres de séjour ! ». Aujourd’hui encore, le centre poursuit cette vocation : « deux chambres sont réservées en permanence à l’hébergement d’urgence, explique-t-elle. Souvent, le curé, la préfecture, la police aux frontières, me contactent pour héberger des personnes sans abri. » 

Et des vacances inoubliables

Dès 1984, l’Albaron décide d’accueillir des vacanciers. « Nous nous sommes rendus compte que la formation ne suffirait pas à garantir l’équilibre financier, d’où l’idée d’ouvrir le centre aux séjours de vacances », explique Fanfan. Un choix motivé, en partie par des raisons financières donc, mais pas seulement. Car les séjours seront réservés non seulement aux membres de la Croix-Rouge et à leurs proches, mais aussi aux publics en difficulté : enfance défavorisée, jeunes de banlieues, familles monoparentales, etc. Là encore, la mixité et l’intégration répond à une volonté. Et tous sont reçus de la même manière, quelque soit leur statut. Un pari risqué… mais réussi.

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Dans le restaurant, on ne distingue guère la personne envoyée ici par une assistante sociale, du stagiaire en secourisme ou du simple vacancier… Hellane, jeune maman à qui la Croix-Rouge de Rumilly (Haute-Savoie) a proposé un séjour à l’Albaron en décembre dernier, est venue avec ses deux enfants et a été agréablement surprise par « la chaleur et la simplicité de l’accueil. On m’a tout de suite mise à l’aise, explique-t-elle. Pour ce tarif, je dois avouer que je ne m’attendais pas du tout à cela ! » 

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Pourtant, un seul regret. Brigitte note que si la mission de formation de l’Albaron est bien connue des salariés et bénévoles de la Croix-Rouge, peu d’entre eux savent cependant que le centre leur est aussi ouvert en tant que vacanciers. « Aujourd’hui, 60 % du chiffre d’affaires de l’Albaron est lié à la formation et 40% aux séjours, explique Brigitte, et seulement 20% des vacanciers sont de la Croix-Rouge. Or, avec un réseau de 18 000 salariés et 52 000 bénévoles, nous avons encore une marge de manœuvre importante ! » Patrice Dallem, qui envoie régulièrement les secouristes se former à l’Albaron, est également un fervent défenseur du lieu : « C’est un super lieu de vacances, avec un cadre très agréable et des tarifs raisonnables, explique-t-il. Certes, le confort n’est pas celui d’un grand hôtel, mais la qualité de l’accueil compense largement ! Les membres de la Croix-Rouge n’en profitent pas assez. »

Alors, tous à l’Albaron ?

Textes de Clarisse Bouillet et photos de Didier Pazery