Vivre comme tout le monde

Publié le 23/10/2018

Depuis 2009, le foyer de vie de Villeneuve-sur-Yonne propose à des personnes en situation de handicap de vivre en milieu ordinaire. Actuellement, sept résidents cohabitent dans trois appartements d’insertion, accompagnés par une équipe pluridisciplinaire qui intervient en cas de difficulté. L’objectif est d’autonomiser les personnes, de les immerger dans la réalité du quotidien.

Par Géraldine DROT – Photos Nicolas Beaumont

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Patrick, Valérie, Daniel, Emmanuel, Ali, Julien et Marie-Agnès sont conscients de leur chance. Aucun d’entre eux n’aurait imaginé pouvoir vivre un jour en appartement. Certains n’ont connu que le milieu sanitaire ou médico-social, avec des problèmes d’infirmité motrice cérébrale dès la naissance ou liée à des maladies évolutives. Les autres ont eu un accident de parcours, comme Valérie, hémiplégique suite à un accident vasculaire cérébral.


Qui dit appartements d’insertion dit citoyenneté, participation sociale. Tout l’intérêt du dispositif est là. « Nous avons pour principe de mettre les résidents en situation de confrontation avec la réalité sociale, affirme le directeur du foyer de vie, Jean-Hugues Motard, également directeur du foyer d’accueil médicalisé de Villeneuve sur Yonne, à l’initiative de ce projet. Convaincu que certains résidents sont en capacité de se passer d’une institution très assistante, il prend la décision d’ouvrir des appartements en milieu ordinaire en 2009. Six personnes vont expérimenter le dispositif, parmi lesquels Ali (37 ans, infirme moteur cérébral) et Emmanuel (41 ans, atteint du Spina Bifida), deux amis de toujours.

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Les résidents ont des handicaps différents, des hauts et des bas selon les jours, avec lesquels l’équipe d’encadrement du foyer de vie, pluridisciplinaire, doit composer. Les accompagnements proposés s’articulent selon le rythme et les difficultés des personnes. 

Parfois, il faut aider à la toilette ou aux repas, accompagner à l’extérieur, élaborer des pictogrammes, mais il n’est pas question d’assistance.


Si la loi de 2002-2 rénovant l’action sociale et médico-sociale a considérablement fait bouger les lignes en matière de droits des personnes en situation de handicap, le milieu ordinaire reste encore l’exception et l’institution la règle, ce que déplore Jean-Hugues Motard qui, avec sa double casquette de directeur de foyer d’accueil médicalisé et de foyer de vie, sait à quel point il n’y a pas de parcours irréversible dans le domaine du handicap : 

« Il ne faut pas enfermer les personnes dans un pronostic ou un diagnostic. Les personnes handicapées sont surprenantes, elles sont capables d’évoluer, de se révéler toute leur vie. Il devrait y avoir une réponse accompagnée pour chacun, selon ses capacités. L’important, c’est qu’il n’y ait pas de rupture dans les parcours, que les personnes puissent passer d’un dispositif d’accompagnement à l’autre selon l’évolution de leur état. » Jean-Hugues Motard

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