La Croix-Rouge française se déploie dans un village qui n'a pas encore reçu de secours

Publié le 05/10/2005

Après une journée de route, l’équipe de la Croix rouge française est arrivée à Battagram, petite ville située en contrebas des montagnes du Cachemire pakistanais et à quelques deux cent kilomètres au nord d’Islamabad, la capitale. Mais avant de pouvoir installer ses tentes, le convoi va devoir patienter car d’autres délégations occupent tous les terrains mis à disposition. Du coup, une partie de l’effectif a regagné une zone gravement touchée par la catastrophe, à quelques encablures de Battagram, afin d’y apporter des soins.

Des tentes à perte de vue. Japonais, Estoniens, et Pakistanais bien sûr, ont monté leurs dispensaires sur l’un des rares terrains plats de la ville. Médecins et infirmiers s’affairent sans relâche autour de patients agonisant sur des lits de camp. Les plus jeunes d’entre eux sont, faute de place, entassés à deux ou à trois sur les lits, certains avec leurs mères. Leur étonnant silence masque des douleurs vives causées par les blessures. Dehors, des badauds aux visages hébétés et visiblement intrigués par tout ce déploiement errent près des tentes sans trop savoir ou aller ; tandis que les familles des blessés attendent patiemment qu’on leur apporte des nouvelles.


Les secouristes essaient vaille que vaille, avec leur pick up, de se frayer un chemin dans la foule. En repartant, le véhicule n’oublie pas d’emporter avec lui des corps inertes enveloppés d’un linceul. A Battagram, l’aide a afflué en une semaine. A tel point que les équipes d’urgence n’auraient plus besoin de personnel. De nombreux Pakistanais, détachés par leur hôpital, sont venus renforcer les équipes médicales. Une centaine de médecins a fait le déplacement. « Pour nous, ça va être compliqué, affirme Bernard, 55 ans, infirmier et responsable de la mission de la Croix-Rouge française. Le coordinateur de l’équipe estonienne nous a fait comprendre que nous n’allons pas pouvoir installer notre campement avant une semaine ». Soit une perte de temps considérable. «Le problème, poursuit Bernard, c’est que les organisations humanitaires arrivent puis se posent où bon leur semble, sans en avertir personne. Pas même les autorités pakistanaises qu’on n’a absolument pas consultées».

 

C’est pourquoi, les membres de la Croix-Rouge se sont tournés vers une autre zone dévastée. En effet, à environ soixante kilomètres de Battagram, un village situé à flanc de colline a été complètement détruit. On dénombre, en comptant les alentours, pas moins de trois mille morts. Et plusieurs centaines de blessés n’ont toujours pas reçu le moindre soin. Trois infirmières accompagnées d’un médecin ont donc décidé de se rendre sur les lieux, seulement accessibles par hélicoptère. «Ils ont vraiment besoin de nous là-bas» clament-ils d’une seule voix. Pour Sarah, 29 ans, infirmière à Lyon et bénévole à la Croix-Rouge, c’est une immense satisfaction personnelle : «Je vais aller vers une population qui a été jusqu’ici délaissée par l’aide humanitaire. Je me sens investie d’une mission : soulager et guérir leurs douleurs». Mais elle sait que la tâche s’annonce difficile. «Je m’attends à voir des gens en colère, les nerfs à vif car personne ne leur a porté secours. Ils ont été depuis le début livrés à eux-mêmes. En plus, on ne va pouvoir emmener qu’une partie de notre matériel. Mais qu’importe si on peut sauver au moins quelques vies».