Témoignage : un retour aux sources particulier

Publié le 19/10/2005

Mustaq Ahmad, 58 ans, a perdu plusieurs membres de sa famille à Balakot et compte plusieurs amis blessés à Battagram. Il est spécialement venu de France où il vit depuis plus de trente ans pour apporter son aide aux rescapés et aux équipes d’urgence.

Il fait partie de ceux qui ont décidé de retourner dans leur pays afin de venir en aide aux siens. En effet, Mustaq, sourcils charbonneux et barbe blanche parfaitement taillée, a vécu l’horreur… depuis son pays d’accueil, la France. Comme d’autres issus de la diaspora pakistanaise, il se trouvait à plusieurs milliers de kilomètres quand le drame est survenu. Comme lui, immigrés, d’Angleterre, d’Espagne ou d’Allemagne ont fait le déplacement. Les plus riches du moins.


La vie de Mustaq Ahmad prend un nouveau départ en 1974. A cette époque, comme depuis sa création en 1947, le Pakistan surfe sur une vague autoritaire qui aboutit à des coups d’Etat militaires à répétition, et est dirigé d’une main de fer par des généraux de l’armée. Il décide alors de s’envoler pour la France, avec femme et enfants, et plus précisément Lyon car il y « connaissait des gens ». Une fois ses papiers en poche, il continue d’exercer son métier d’aide-soignant. Une fonction qui lui rend bien service aujourd’hui : « C’est vrai, ça m’a permis de récolter ‘des tonnes et des tonnes’ de médicaments auprès d’hôpitaux ou d’amis avec lesquels j’ai travaillé à Lyon», professe-t-il. « Je le fais à chaque fois que je reviens au Pakistan car les médicaments sont souvent de très mauvaise qualité sinon périmés ».


Dès le lendemain du séisme, il réserve un vol, puis part dans la foulée, laissant, cette fois-ci sa famille « à la maison ». Originaire de Baffa, une ville de 60 000 mille âmes située à environ 80 kilomètres de Battagram, il décide de se rendre d’abord à Balakot où vit la majeure partie de sa famille maternelle et où le tremblement de terre a quasiment rasé la ville entière. « J’ai vite réalisé l’ampleur du désastre quand j’ai voulu les joindre. Le réseau téléphonique était coupé dans toute la région. Balakot semblait coupé du monde », raconte-t-il des trémolos dans la voix. Au moment du séisme, les femmes étaient à la maison, les enfants à l’école. Ils ont tous fini sous les pierres. Des décombres, trois enfants ont pu être extirpés vivants. Mustaq : « Il paraît que les caméras de la télévision ont filmé en direct le sauvetage d’un des enfants ». Quelques minutes de célébrité dont lui et sa famille se serait bien passés. Quand on lui fait savoir que la mauvaise qualité de certaines infrastructures a été pointée du doigt et pourrait être complice d’un tel désastre, il balaie d’un revers de la main aussi sec cette éventualité. « A Balakot ma famille vivait bien et dans des habitations modernes. Elle n’était pas pauvre ».


La magnitude était si forte (7.6 à l’échelle de Richter) que certains immeubles se sont enfoncés sous terre emmenant avec eux ses habitants. Ainsi, un immeuble de cinq étages a-t-il complètement disparu de la surface du sol. Seul son toit était encore visible. « ça m’a rappelé le séisme de Bam en Iran, les images montraient des horreurs comparables », dit Mustaq. Il espère rester ici encore au moins quatre mois « pour rebâtir les maisons de Balakot et de Battagram ». Même s’il sait qu’il faudra beaucoup plus de temps pour tout reconstruire dans une région où les subsides de l’Etat sont d’ordinaire rares et où la population vit dans le dénuement le plus total.


Mais Mustaq Ahmad tient aussi à exprimer sa gratitude envers les associations humanitaires qui sont venues sur les lieux du drame. « Je veux les soutenir dans leur travail. Ils peuvent me demander tous ce qu’ils veulent, je serai là pour les servir ». Puis, il rentrera à Lyon, retrouver ses plus proches. Il leur a promis, la prochaine fois, il les emmène avec lui, « mais cette fois pour des vacances ».

Grégoire Remund