Un foyer pour les demandeurs d’asile à Amiens

Un foyer pour les demandeurs d’asile à Amiens
Publié le 02/04/2007

En partenariat avec le service de coordination et d’orientation des demandeurs d’asile (SCODA), la plateforme d’accueil de jour de la Croix-Rouge française d’Amiens (Somme) accueille chaque jour une trentaine de personnes de toutes nationalités. Le centre ne désemplit pas. Depuis quatre ans, les bénévoles de la délégation départementale gèrent la dimension humanitaire et humaine de ce lieu, où les femmes et les enfants en particulier, ont trouvé un havre de paix.

Une fois franchie la porte d’entrée, les questions sont bannies. L’accueil du demandeur d’asile se fait sans condition. "On les reçoit comme ils sont. Les raisons pour lesquelles ils ont quitté leur pays ne nous regardent pas. C’est un des fondements de notre action. Le plus important est de leur faciliter la vie au quotidien", explique Michel Cadet, le responsable départemental des actions sociales. Si les personnes sont accueillies la nuit dans des lieux d’hébergement ou des hôtels, le jour elles n’ont nulle part où aller. La plateforme de la Croix-Rouge est une des seules alternatives pour les accueillir, six jours sur sept.

Un lieu de vie

Durant l’instruction de leur dossier, la plateforme d’accueil est un foyer pour les demandeurs d’asile, un espace de rencontre et de socialisation. Mike est congolais, ancien demandeur d’asile, sa situation est régularisée : "L’accueil de la Croix-Rouge m’a apporté beaucoup. Quand je suis arrivé en France, je ne connaissais personne. Le foyer m’a permis de tisser des liens avec les bénévoles et les autres demandeurs. Je me suis toujours senti en sécurité dans ce lieu."

 

Tous les jours, les personnes se réunissent autour d’un café ou d’un chocolat chaud. Elles trouvent du réconfort et un endroit où se poser. Les adultes discutent, les enfants jouent aux cartes, certains regardent la télévision. Comme dans une grande famille, chacun vaque à ses occupations entre le point hygiène, la buanderie et la pièce destinée à la détente.

Si le centre est ouvert du matin à la fin de l’après midi sans interruption, entre midi et deux heures, il est réservé exclusivement aux femmes et aux enfants. "Lors de l’ouverture de la plateforme, on fermait nos portes entre midi et deux car hommes et femmes prenaient le déjeuner dans un centre géré par la ville. Mais ce centre, ouvert à toutes les personnes dans le besoin, recevait également des individus sans domicile fixe, des hommes quelquefois agressifs et alcoolisés. Ce qui a provoqué peur et mal-être chez de nombreuses femmes qui ont subi des violences sexuelles dans leurs pays. De plus, les enfants ne sont pas acceptés dans cette structure", souligne Pierre Lacour, le président de la délégation départementale.

Dorénavant, tous les midis, sauf le dimanche, ces femmes préparent le déjeuner à tour de rôle, concoctant des mets de leur pays. Un moment privilégié où elles peuvent prendre le temps de discuter entre elles, de raconter leur histoire. Deux heures de convivialité et de complicité féminine.

 

Un lieu d’intégration

 

Le foyer accueille des personnes de différentes origines : 45% viennent du continent africain, 45% des pays de l’Est et 10% du reste du monde. Mais quelle que soit leur nationalité, toutes ont le même espoir : refaire leur vie en France.

 

Cette structure a pu voir le jour grâce à l’accueil gracieux de l’AFTAM, dans le même ensemble immobilier que le SCODA. En même temps qu’ils procèdent aux démarches administratives, les demandeurs d’asile ont immédiatement le contact avec la Croix-Rouge française. C’est ce qui en fait le caractère unique en France.

 

De même, grâce au soutien financier de la municipalité d’Amiens, l’association peut offrir aux enfants de 4 à 12 ans l’accès gratuit aux transports en commun, à la cantine scolaire et aux activités des centres de loisirs.
Les adultes ne sont pas en reste. Deux après-midi par semaine, sur la base du volontariat, les demandeurs d’asile suivent des cours de langue française. Un atelier a été créé à leur demande et ils sont toujours très demandeurs. Beaucoup souhaitent augmenter le nombre de cours à trois par semaine. "Notre objectif n’est pas de leur apprendre la grammaire mais de leur donner les outils pour qu’ils puissent s’exprimer et gérer des choses utiles pour le quotidien : savoir se présenter correctement, connaître le vocabulaire du corps humain par exemple, car lorsqu’ils tombent malades, ils sont souvent incapables d’identifier clairement leur problème", explique Chantal Sauvin, référente de la plateforme d’accueil de la Croix-Rouge et co-animatrice de cet atelier.

Alors qu’elle se charge de traduire en russe les consignes, Elie Urbain, demandeur d’asile congolais et enseignant, gère la version anglaise du cours. Il est arrivé en France en décembre 2005 : "Lorsque je suis ici, je me sens utile et ça m’aide à surmonter mes problèmes car je suis entouré de personnes qui me comprennent. Cela me permet aussi de rencontrer d’autres personnes dans la même situation que moi. J’essaie d’oublier ce que j’ai vécu dans mon pays, où je n’étais pas en sécurité. Aujourd’hui, j’ai l’espoir d’être accepté en France et de refaire ma vie, de m’intégrer et de travailler."

Elie n’est pas une exception. Mamadou, Georges, Tayo, Naïma ou Mweneidi ont tous le même rêve : vivre en France. Et dans l’attente de cette réponse, lourde de conséquences, les bénévoles de la Croix-Rouge tentent de les aider à se sentir chez eux.

Reportage : Nathalie Auphant; Photos : © Y. Le Borgne