Hervé Laurent, navigateur en solidaire

« Le Vendée Globe est la course la plus dangereuse qui existe, une des seules aventures humaines qui restent. C’est quelque chose qui ne se fait pas du jour au lendemain, il faut avoir accumulé énormément d’expérience et surtout une grosse envie d’y aller, sinon on peut se faire mal. »

Hervé Laurent sait de quoi il parle. En 1997, il avait fini 3ème du Vendée Globe alors qu’il naviguait à bord du bateau le plus vieux, le plus lent et le plus instable de la flotte… Cela fait 25 ans que ce marin parcourt les océans, témoignant d’un sens instinctif de la météo et d’une capacité hors normes à s’adapter, physiquement et techniquement, aux conditions climatiques. Simple et discret sur terre, il fait preuve sur mer d’une trempe et d’une ténacité qui ont fait de lui une véritable référence dans le monde de la voile. Avec la Croix-Rouge, il cultive des principes communs : constance dans l’effort, authenticité de l’engagement et fidélité à ses valeurs. Entretien.

Comment vous sentez-vous, quelques jours avant le grand départ ?

Très serein. Je ne vous aurez pas dit cela il y a 6 mois lorsque le bateau était encore en pièces détachées. Comme tous les marins, je me sens bien lorsque le bateau est prêt. Je sais qu’on ne peut faire cette course qu’avec une motivation extrême. Même si j’ai une « machine » moins performante que d’autres skippers, je compte avant tout sur la fiabilité du bateau : en mer, aucune assistance ne sera donnée aux concurrents. Je me suis fixé trois règles d’or pour aller au bout : la régularité, la sérénité et la combativité.

De quelle façon appréhendez-vous le corps à corps avec l’océan ?

Je pense qu’il faut avoir un certain état d’esprit quand on s’engage dans une course au grand large. La mer est un élément surpuissant. Il est absolument vain de vouloir la combattre. J’essaie donc de composer avec elle, de fusionner avec les éléments afin de créer une symbiose une sorte de symbiose entre l’eau, le bateau et moi. Même si j’ai de la technologie à bord, je fais le plus souvent confiance au feeling pour choisir la route à prendre. Lors du Vendée Globe 1996-97, de tous les concurrents j’ai été celui qui avait fait le moins de route pendant les trois mois.

Avez-vous suivi une préparation particulière ?

La meilleure préparation, c’est de naviguer le plus possible. A part cela, j’ai surtout travaillé sur le sommeil. Notamment en recourant à la sophrologie qui me permet de m’endormir en 10 minutes en toutes situations. La vigilance sera de tous les instants, avec parfois des efforts en continu pendant plusieurs heures d’affilés. Sur le pont, aucun faut pas n’est toléré, la vigilance est de tous les instants. Dans ce sport, et surtout sur cette course, quiconque recourrait au dopage ne tiendrait pas deux semaines. C’est en soi qu’on trouve les ressources pour relever un pareil défi.

Comment vivez-vous la présence de la Croix-Rouge sur la voile, et à vos côtés ?

Pour moi, la Croix-Rouge représente quelque chose de beaucoup plus fort que tout autre symbole habituellement présent sur une compétition comme celle-ci. Je me sens proche de l’énergie, de la passion, de la solidarité qu’elle incarne. Vous savez, le monde d’un marin est souvent solitaire. Ses émotions, il ne les partage qu’avec lui-même. Aussi, avoir une grande Association comme la Croix-Rouge derrière moi, cela me donne une force particulière. Et un supplément d’âme. Pour la première fois, j’ai le sentiment que pouvoir naviguer en faisant quelque chose pour les autres…