Femmes, un combat pour l’engagement

Pendant la seconde guerre mondiale : les infirmières de la Croix-Rouge
Publié le 08/03/2017

Lorsque l’on évoque le rôle des femmes dans l’histoire de la Croix-Rouge française, la première image est celle l’infirmière de 1914-1918 ; une image d’Épinal qui a traversé les époques. On sait moins les décennies de ténacité et d’abstraction qu’il leur a fallu pour atteindre cette reconnaissance.

Lorsqu’en mai 1864 Henry Dunant présente à Paris son discours pour la création d’une société de Croix-Rouge en France, sous le nom de Société de Secours aux Blessés Militaires (SSBM), l’assistance des futurs fondateurs est exclusivement composée d’hommes de l’élite nationale.

Un XIXème siècle masculin, patriarcal et militaire

Les femmes, sans droits civils, sont cantonnées à leur foyer, aux simples œuvres de charité, et ne reçoivent qu’une éducation primaire, sinon de gestion domestique. L’association ayant pour vocation de porter secours aux blessés militaires et d’intervenir dans les sphères de l’armée et du droit de la guerre, leur contribution est alors tout simplement inenvisageable.
 
Et pourtant, elles se sentent concernées. Elevées dans une société foncièrement patriote, empreintes de religiosité et de morale, elles sont aussi les victimes collatérales des nombreuses guerres menées par la France. Elles y perdent pères, époux, frères ou fils. Les premières interventions des femmes en France ont lieu lors de la guerre contre la Prusse, en 1870. Elles participent à la création d’ambulances qui vont suivre les armées et aux soins des blessés.

Première école d'ambulancières

Constatant, au regard de cette expérience, un manque de soignants par ailleurs insuffisamment formés et, a contrario, le fort potentiel de mobilisation des femmes, le Docteur Duchaussoy ouvre la 1ère Ecole d’ambulancières et gardes malades en 1877. Son succès l’incite à fonder en 1879 une seconde société de Croix-Rouge en France : l’Association des Dames Françaises (ADF), première association féminine en France, dont l’objet est le secours aux soldats blessés.
 

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Leur inspiration leur vient aussi des actions de Florence Nightingale durant la guerre de Crimée ou de Clara Barton aux Etats-Unis, le regard porté sur les toutes jeunes Croix-Rouge allemande, russe et plus tard japonaise qui forment des bataillons de soignantes. Mais un désaccord sur l’ouverture plus démocratique de cet enseignement débouche, en 1881, sur la création d’une 3ème société Croix-Rouge : l’Union des Femmes de France (UFF).
 
Outre cette nouveauté que constitue la formation des femmes à un certain niveau d’éducation, ADF et UFF intègrent à leurs statuts l’utilisation de leurs connaissances et matériels en cas de calamité publique. Ce rôle est alors encore impensable dans les hautes sphères de la Croix-Rouge, à Paris comme à Genève : là n’est pas la mission de l’association. Ils finiront cependant par changer d’avis, après de longs débats, officiellement en 1909 pour la SSBM.
 
A la fin des années 1880, la SSBM est en perte de vitesse. Elle n’arrive plus à recruter d’hommes, pris dans les contraintes de la conscription. On leur propose bien une formation de brancardier pour les cas de guerre, mais dont la pratique se perd très vite. Face au succès de l’ADF et de l’UFF, elle décide d’accepter les femmes dans ses rangs mais leur confie exclusivement des tâches considérées comme de leur ressort : constitution de stocks de linge et de pansements, quête, « propagande », puis direction des équipes d’infirmières et gestion des dispensaires-écoles. Les femmes parviennent à s’imposer.
 

Ecole d'infirmière
Ecole d'infirmière

 
En 1904, la 1ère équipe d’infirmière embarque pour aider dans les hôpitaux militaires de la nouvelle expédition du Maroc. Les équipes vont s’y succéder durant plusieurs années, à la satisfaction de tous.
 
En décembre 1908, elles sont à nouveau mobilisées pour le tremblement de terre du sud de l’Italie (Messine et Reggio de Calabre), doublé d’un raz de marée qui fait plus de 100 000 morts. Elles acquièrent là leur première expérience d’intervention sur une catastrophe naturelle. Elles seront à pied d’œuvre l’année suivante lors du séisme en Provence, puis en 1910 lors des inondations de Paris, cette fois avec la SSBM.

1914-1918, l’heure de gloire

Lorsque la France entre en guerre en août 1914, la réputation des infirmières de la Croix-Rouge - SSBM, ADF et UFF confondues - n’est plus à faire. Sur 68 000 infirmières et auxiliaires mobilisées, nombre d’entre elles vont être réclamées par l’armée jusque sur le front, de la Somme à Salonique, dans les hôpitaux et les ambulances chirurgicales les plus avancées. Cette fois, la reconnaissance ne se fait pas attendre. Sur les pages des bulletins des trois sociétés s’étirent les listes des femmes décorées et leurs faits d’arme. Celles qui tomberont (victimes des épidémies contractées auprès des soldats malades et des bombardements) auront droit, au même titre que les combattants, à leurs monuments aux morts, dont le plus connu est érigé à Reims, place Aristide Briand.

L’entre deux guerres : l’ironie du sort

Dans les années 20, les rôles vont quasiment s’inverser par rapport à la situation d’origine. Pour les jeunes filles, « faire sa Croix-Rouge » en y apprenant les premiers soins est un gage de la meilleure éducation. Alors qu’on les pensait cantonnées à des fonctions d’ordre secondaire (direction des dispensaires, de la formation des infirmières, visite aux familles…), ces mêmes fonctions s’avèrent essentielles. En effet, depuis 1919, le rôle des sociétés nationales s’est ouvert - sur requête de la SDN - à la lutte contre les épidémies, les maladies vénériennes, la protection maternelle et infantile, le soutien sanitaire à la population. Ces missions confiées aux femmes renvoient quasiment les hommes à une fonction purement administrative, voire de représentation au sein des conseils.
 

Les fameuses brancadière de l'air de la Croix-Rouge
Les fameuses brancadière de l'air de la Croix-Rouge

 
Parallèlement, les femmes font preuve d’esprit d’initiative et continuent sur la voie de l’accomplissement. Elles sont ainsi à l’origine de la création des fameuses sections d’IPSA (Infirmières pilotes secouristes de l’air) en 1934, puis, à la fin des années 1930, des conductrices ambulancières ; celles-là même qui participeront au rapatriement des camps de concentration en 1945.

L’équilibre

La seconde guerre mondiale établira l’équilibre hommes-femmes. En créant des équipes d’urgence pour secourir les populations, la Croix-Rouge les compose de ses nouveaux secouristes et d’infirmières. Le secourisme d’après guerre se perfectionnant, les infirmières font partie intégrante des équipes, parmi un nombre croissant de femmes elles-mêmes secouristes. Il faudra tout de même attendre les années 1970 pour qu’elles puissent troquer leur jupe d’uniforme contre un pantalon…

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Dossier réalisé par Virginie Alauzet et Géraldine Drot