Santé et climat : préparons-nous

Santé et climat : préparons-nous
Publié le 13/12/2019

Chaque année, les catastrophes dites « naturelles » font plonger 26 millions de personnes dans la pauvreté.


Entre 2030 et 2050, la malnutrition, le paludisme ou le stress thermique pourraient causer chaque année 250 000 décès supplémentaires.

8 Français sur 10 sont inquiets des conséquences des changements climatiques sur leur santé, à peine plus de la moitié saurait quoi faire en cas d’inondation ou de tempête, et un sur trois face à une épidémie de maladie pas ou peu présente en France aujourd’hui[1].

Enfin, 1 dollar investi en réduction des risques de catastrophes permet d’économiser 16 dollars sur les coûts de réponse et de relèvement.

Ces chiffres nous disent trois choses : 1) le plus grand défi de santé publique du 21ème siècle est aussi un défi social 2) nous ne sommes pas prêts à y faire face 3) la clef se trouve dans la préparation, la réduction des risques et le renforcement du lien social.

Il faut sans cesse le redire : réduire les causes des changements climatiques est indispensable. Et les États, réunis à Madrid pour la COP25 sous le regard de plus en plus exigeant des citoyens, ont expérimenté une fois de plus combien il est difficile de concilier des impératifs souvent contradictoires.

Mais nous devons également parler de l’adaptation des populations aux changements climatiques qui sont déjà là. En parler, mais aussi en augmenter le financement. Aujourd’hui, seulement 0,5% des financements dédiés à l’adaptation aux changements climatiques concerne la santé. Et la place réservée aux questions de santé dans ces grandes conférences internationales est encore largement insuffisante.

Vagues de chaleur, pollution, troubles mentaux, conflits, catastrophes, épidémies : comment faire en sorte que les populations soient plus fortes pour réduire l’impact de ces conséquences directes et indirectes qui s’aggravent ?

Comme souvent, la réponse doit être complète et cohérente : mieux former nos professionnels, adapter nos systèmes de santé, revoir l’organisation des secours (notamment en amont de l’hôpital), mieux aménager nos villes, développer la recherche, généraliser la formation aux gestes de premiers secours, etc.

Tout doit être conçu pour renforcer la résilience des populations.

Cette notion dont on parle souvent est parfois mal comprise. Il s’agit du renforcement de la capacité des individus et des groupes sociaux à anticiper, à s’adapter, à réduire l’impact et à se relever plus vite après une crise.

Pour construire cette résilience, il ne faut pas imposer de modèle tout fait par le haut. Il faut s’appuyer sur les savoir-faire et les capacités de chacun. Cela passe bien sûr par l’éducation ou par des dispositifs d’alerte précoce, mais cela passe surtout par la solidarité et le renforcement du lien social, qui est le premier et le meilleur levier de la résilience.

Comme toujours, les crises et les accidents de la vie frappent d’abord et plus lourdement les plus vulnérables. Réduire cette double-inégalité environnementale et sociale est au cœur du projet de la Croix-Rouge. En effet, les personnes les plus vulnérables, qui souffrent déjà d’un moindre accès aux soins, à la bonne nutrition ou aux ressources, sont aussi celles qui, bien souvent, habitent dans des zones plus polluées, dans des déserts médicaux urbains ou ruraux ou qui sont les plus exposées aux risques de crises.

La Croix-Rouge française et les 13 millions de volontaires du Mouvement international de la Croix-Rouge et du Croissant-Rouge sont en première ligne ici et partout dans le monde. De ces actions de terrain, nous avons tiré des constats et des solutions très concrètes que nous avons rassemblés dans un document publié cette semaine.

 Télécharger le document

Ce document n’a qu’un but, dont chaque jour renforce l’urgence : convaincre le plus grand nombre que la question de la santé et de l’adaptation aux conséquences des changements climatiques doit être davantage et mieux prise en compte et que le droit à un environnement sain et sûr est bien un droit humain fondamental qui ne doit plus être bafoué.

Pr. Jean-Jacques Eledjam, Président de la Croix-Rouge française

[1] Sondage « Les Français et l’impact des changements climatiques sur leur santé », réalisé par Harris Interactive pour la Croix-Rouge française en partenariat avec le Groupe AESIO – Mars 2019

Tribune parue dans Le Parisien – Aujourd’hui en France, le dimanche 22 décembre 2019