Accompagnés par la Croix-Rouge française, des étudiants témoignent.

Accompagnés par la Croix-Rouge française, des étudiants témoignent.
Publié le 19/03/2021

Par sa nature et sa durée, la crise sanitaire n’épargne pas les jeunes, freinés dans tous leurs projets. A Lille, la Croix-Rouge française constate que de plus en plus d’étudiants ont besoin de recevoir une aide alimentaire. Une aide indispensable pour pouvoir se nourrir, alors que décrocher un job étudiant est en ce moment plutôt rare, ou que toucher un salaire d’apprenti ne suffit pas à faire face. Témoignages.

Heden, 20 ans, étudiant en philosophie

« Je suis étudiant en philosophie à l’université de Lille, en distanciel, à cause du Covid. Cette situation me pèse beaucoup : passer des heures derrière l’ordinateur pour suivre les cours devient vraiment difficile, trouver de la motivation aussi. Le Covid m’enlève le goût d’étudier, cette hargne que j’avais de vouloir avancer dans la vie, coûte que coûte. Pris en charge par l’aide sociale à l’enfance (ASE) durant plusieurs années, je vis aujourd’hui dans un foyer de jeunes travailleurs (FJT) et bénéficie encore pour quelques semaines du contrat jeune majeur signé avec l’ASE, qui permet de toucher une petite allocation mensuelle. Mais, bientôt, cela sera terminé. Je me retrouverai sans aucune ressource, avec l’envie de poursuivre mes études et, en même temps, la nécessité de trouver un travail, alors même que les jobs étudiants à pourvoir ne sont pas très nombreux en cette période…

Je faisais part de ces réflexions à l’éducatrice du FJT quand elle m’a parlé de la Croix-Rouge française : j’ai appelé et obtenu un rendez-vous très rapidement pour parler de mon dossier. A cette occasion, les bénévoles m’ont présenté les différentes aides possibles, soutien psychologique et aide alimentaire notamment. Comme je suis déjà suivi régulièrement par un psychologue, j’avais surtout besoin de m’inscrire à l’aide alimentaire pour avoir de quoi me nourrir. La distribution a lieu une fois par mois et permet de remplir le frigidaire et les placards : ce que l’on nous donne est conséquent. De plus, aller à la Croix-Rouge est aussi une occasion de sortir du foyer, de rencontrer des gens, de discuter. 

La première fois, j’étais vraiment honteux de me retrouver dans une telle situation, d’avoir à demander de l’aide. Je ne me sentais pas bien du tout. Une fois sur place, j’ai vu qu’il y avait d’autres étudiants, d’autres gens comme moi. C’est bête mais cela m’a rassuré. J’ai pris conscience que je n’étais pas seul à connaître ces difficultés, que ce n’était pas de ma faute… La deuxième distribution s’est donc nettement mieux passée ! La Croix-Rouge m’a inscrit pour une durée de six mois, renouvelable. Nous referons le point ensuite et, au moins jusque-là, je suis certain de recevoir ce soutien qui m’est indispensable. »   

Mamadou, 19 ans, étudiant en apprentissage, métallurgie - mécanique

  « Originaire de Guinée-Conakry, je suis arrivé en France à l’âge de 16 ans et demi, en 2018. J’ai été pris en charge en tant que mineur isolé étranger et j’ai pu poursuivre une scolarité. Aujourd’hui, je suis étudiant dans un lycée professionnel, où je me forme notamment à la serrurerie et métallurgie. Etant en apprentissage, la formule est celle de l’alternance : une semaine de cours à Béthune, puis une semaine dans l’entreprise où je travaille depuis un an, à Hazebrouck. C’est très intéressant car je poursuis ma formation au lycée tout en ayant la possibilité de travailler, de commencer à gagner ma vie. Parallèlement, je devrais recevoir prochainement mon titre de séjour, qui me permettra de regarder l’avenir plus sereinement, avec la promesse d’un emploi dans le secteur que j’ai choisi, un secteur qui recrute.

Ceci dit, en attendant d’être diplômé, l’aspect économique du quotidien n’est pas facile. Je gagne environ 780 euros comme apprenti, sur lesquels je dois payer ma chambre au foyer de jeunes travailleurs (FJT) de Lille (470 euros par mois), les trajets de Lille à Béthune ou de Lille à Hazebrouck (et vice versa), quelques vêtements, produits d’hygiène, de la nourriture… avec ce qu’il reste, quand il reste quelque chose ! Pour pouvoir me nourrir un minimum, il m’est arrivé de ne pas payer la totalité de mon loyer. Je ne pouvais pas faire autrement. 

Étant donné ma situation, avec, en plus, le contexte de la crise sanitaire, l’éducatrice du FJT m’a parlé un jour des distributions alimentaires de la Croix-Rouge française. J’ai tout de suite pris contact avec eux, durant l’été 2020. Depuis, je vais à la Croix-Rouge une fois par mois. Cela m’aide beaucoup car ce sont autant de denrées que je n’ai pas à payer, des produits à consommer tout de suite comme des articles longue conservation. Bien sûr, il faut être vigilant et s’organiser pour que rien ne se perde, tout en faisant durer le non périssable. Mais quoi qu’il en soit, c’est un soutien très précieux : avec mon salaire mensuel, j’ai à peine de quoi m’acheter à manger pour deux semaines. »