Les premiers rapatriés accueillis à Roissy

Les secouristes s'apprêtent à accueillir les rapatriés - © Yann Leborgne
Publié le 19/07/2006

Mardi 18 juillet, terminal 3 de Roissy. Une dizaine de secouristes de la Croix-Rouge embarquent à bord d’une navette pour aller à la rencontre des 450 premiers rapatriés Français du Liban.

L’avion se pose à 19h15 et c’est pour beaucoup la fin d’un interminable voyage depuis Beyrouth. Epuisés mais heureux d’être enfin arrivés, c’est avec un soulagement évident que les passagers font leur apparition dans la salle d’embarquement transformée pour la cause en zone d’accueil.


Aux côtés des médecins et infirmiers du Samu, les 70 volontaires d’Ile-de-France les prennent aussitôt en charge, les font asseoir, leur proposent boissons et collation et surtout, surtout, parlent avec eux. Il n’est d’ailleurs point nécessaire de les questionner, les langues se délient immédiatement. La plupart manifestent un besoin irrépressible de raconter ce qui se passe au Liban, leurs angoisses, la longue traversée en ferry jusqu’à Larnaka.


Néanmoins, c’est une impression de grand calme qui domine, malgré des larmes et l’épuisement qui se lit sur les visages. "Nous étions partis pour des vacances et nous avons trouvé la guerre", raconte un père de famille, les yeux rougis. "Il y a beaucoup de colère exprimée, de désarroi. Certains culpabilisent d’avoir laissé des proches là-bas", déclare Martial, bénévole dans les Hauts-de-Seine et chef de secteur de la zone d’accueil. Une soixantaine d’enfants non accompagnés qui eux aussi étaient en vacances d’été chez des parents, sont amenés à l’écart, par les volontaires. Ceux qui ne sont pas attendus sont conduits à la Brigade des mineurs qui informe les familles de leur arrivée ou s’occupe de les loger en attendant que leur situation soit régularisée.


Soutien psychologique auprès des rapatriés - © Yann Leborgne

Une fois remplies les fiches d’identification destinées à la Préfecture, les rapatriés sont ensuite conduits vers la zone 2 du dispositif, c’est-à-dire la zone administrative où se trouvent également la cellule psychologique et une tente pour les soins. Les secouristes auront surtout à traiter des malaises ou encore des brûlures d’estomac dues à l’anxiété des jours précédents tandis que les psychologues peuvent discuter avec les personnes les plus atteintes moralement ou qui soudain fondent en larmes avec les nerfs qui lâchent. Les plus mal en point sont emmenés par les médecins du Samu. Les autres peuvent enfin rejoindre la zone dite des "attendants", où ont été rassemblées les familles, très fébriles.


Les volontaires de la Croix-Rouge les accompagnent jusqu’au bout, leur tiennent la main ou les aident à porter leurs bagages. Les CRS forment un cordon de sécurité pour contenir la cohue et les mouvements de panique. Car à ce moment des retrouvailles, la salle est submergée par l’émotion, les cris, les pleurs. Tous se jettent dans les bras les uns et des autres, s’embrassent. D’autres, ne voyant pas leurs proches arriver, craquent nerveusement, viennent à la rencontre des secouristes pour savoir si un frère, un père ou une mère se trouvait dans l’avion.


Claude-Olivier Martin, responsable du dispositif d’accueil à Roissy, était déjà présent lors du rapatriement des Français de Côte d’Ivoire, fin 2004. Malgré un peu de cohue, il estime que la situation est incomparable : "en 2004, les gens arrivaient totalement traumatisés parce ce qu’ils avaient vu ou vécu, la perte de proches. Ils débarquaient en France complètement perdus. Il est presque certain, néanmoins, que plus les jours passent, plus la situation va se compliquer. Les prochains ressortissants français ou étrangers vont arriver en état de fragilité car pour eux, l’attente aura été plus longue et les conditions de vie sur place, au Liban, risquent de s’aggraver."


Pour cette fois, tout s’est parfaitement déroulé. Les volontaires de la Croix-Rouge sont mobilisés durant 8 jours dans un premier temps. Le même dispositif se répètera chaque jour pour être là à chaque arrivée d’avion en provenance de Chypre et aider les rapatriés à rentrer dans les meilleures conditions possibles sur le territoire français. Ils seraient encore des milliers sur les listes d’attente.