Un centre parental au plus près des familles vulnérables

Un centre parental au plus près des familles vulnérables
Publié le 13/12/2018

Le centre parental Croix-Rouge de Migennes et Sens est un établissement de la protection de l’enfance unique en son genre.

Acteur du pôle enfance et famille de la Croix-Rouge, le centre parental de Migennes et Sens - anciennement centre maternel - est un établissement de la protection de l’enfance unique en son genre. Si ses missions étaient autrefois dirigées uniquement vers les mères célibataires, elles sont aujourd’hui étendues aux pères seuls et aux familles mineures, jusqu’à englober depuis 2018 les personnes en situation de handicap. Une expérimentation déterminante pour un territoire en constante mutation.

Par Christelle Bankolé


Un centre parental qui accueille et accompagne des familles fragilisées

Réparti entre plusieurs bâtiments et appartements en ville, le centre parental accueille et accompagne 18 familles monoparentales, c’est-à-dire des mères et des pères seuls ou des couples en situation de grande fragilité dû à des souffrances psychologiques avec troubles associés, des violences intrafamiliales ou des problèmes de santé multiples, avec pour conséquences majeures des troubles de l’attachement. Accompagnés au centre parental, tous les résidents co-habitent au sein d’appartements ou de chambres indépendantes pour une durée moyenne de 6 à 11 mois ou plusieurs années pour les plus jeunes. Si chacun a son indépendance et dispose d’espaces privatifs, des salles communes et différents lieux de garde permettent de tisser des liens et de sortir du quotidien. En cette matinée d’automne, des mamans ont décidé de partager un petit déjeuner dans la salle à manger située au premier étage. Celle-ci sert de lieu de rencontres entre les parents et les enfants qui partagent un repas, un atelier ou un café devant un espace de jeux. Cherley, 28 mois, s’y amuse avec d’autres enfants du même âge, alors que leurs mères, Amandine, déficiente visuelle, Océane et Pamela tiennent une discussion plutôt animée.


S'ouvrir et partager des moments conviviaux

Cette matinée crêpes et pancakes rompt un quotidien que chacun tente de se réapproprier sous le regard protecteur de l’équipe, dont Sarita Tomas, animatrice socio-culturelle : « je leur apporte une bouffée d’oxygène, une autre ouverture. Ces familles sont dans leurs problèmes et vivent en autarcie. En venant ici, elles parlent, sortent, participent à des ateliers... Elles peuvent s’exprimer autrement et réaliser le pouvoir de leur imaginaire et de leurs capacités. Cela leur apporte une nouvelle connaissance d’elles-mêmes ». Depuis près de trente ans, Sarita accompagne ces familles en diversifiant les activités au sein de la structure, comme à l’extérieur. Dans une maison adjacente, l’atelier textile hebdomadaire permet de redonner vie à des vêtements usagés et un second souffle à ces familles en manque de moyens qui peuvent les acquérir à moindre prix. Les familles découvrent également le plaisir d’aller au marché, à la bibliothèque et les sorties culturelles durant l’été. « J’essaye d’instaurer des activités pour leur donner un rythme de vie. Bien souvent, les personnes qui arrivent ont du mal à reconnaître les jours de la semaine, elles sont un peu hors temps. La société ne fait pas trop attention à elles. Alors, nous essayons de leur faire une place dans la société. Il faut réapprendre à discuter et les aider à sortir d’elles-mêmes ».


Sentiment d'appartenance

Au cœur du centre parental, des parents mineurs et majeurs aux troubles et handicaps multiples sont accompagnés avant ou après la naissance de leurs enfants, âgés de 0 à 3 ans. Une nouveauté pour cet établissement dont la mission a longtemps été consacrée aux mères seules. « Depuis quatre ans, notre public a changé. Autrefois, nous accueillions en majorité des femmes isolées, victimes de violences conjugales le plus souvent. Nous hébergeons aujourd’hui des pères seuls, des familles soit en situation de handicap psychique, soit de déficience intellectuelle, pour lesquelles nous nous sommes entourés d’un certain nombre d’associations pour travailler ensemble sur ces problématiques », explique Gwenola Toutain, la directrice du centre parental. Exposées à l’isolement, la précarité ou à la violence, le centre parental sert de véritable lieu-soutien aux familles. Une douzaine de corps de métiers complémentaires assure la transmission des gestes et conseils de guidance parentale. L’objectif premier est le repérage des indicateurs de risques et la réalisation d’un projet personnalisé pour chaque parent et enfant. Chaque situation se voit proposer une forme d’accompagnement personnalisée en structure, c’est-à-dire en accueil interne ou au sein de logements en ville, dits logements diffus, grâce au service mobile d’accompagnement à la parentalité.


Si certaines sont là depuis plusieurs mois, d’autres peinent encore à trouver leurs marques. Océane vient d’arriver avec un nourrisson de quelques semaines et une petite fille de deux ans. Elle a subi des violences conjugales. « Lorsque je suis arrivée, je n’avais pas confiance en moi, mais maintenant, je sais que je peux m’en sortir ». Un travail de fond est réalisé avec les équipes pour qui le travail personnel est majeur, confesse Sarita Tomas: « Il s’agit vraiment de leur redonner confiance en elles et estime de soi, alors qu’elles ont été très déconsidérées par leur histoire. Nous sommes des points d’appui, non pour faire à leur place mais pour faire avec elles dans leur parcours individuel et parental. Cela passe par prendre soin de soi ou reprendre une formation. C’est une approche globale pour retrouver un équilibre ». Isabelle, 32 ans, est porteuse de handicap psychique. Elle a passé quelques mois au centre parental en 2017 avant de retrouver son autonomie avec sa fille Sophie de 22 mois. Elle revient sur son expérience décisive pour sa vie de famille: « On a mis des choses en place avec Sophie parce que s’occuper d’elle était devenu compliqué en raison de l’alcoolisme du papa. Le centre m’a beaucoup apporté, notamment au niveau des pleurs de Sophie qui me pesaient beaucoup. J’avais du mal à me réveiller pour lui donner le biberon la nuit, mais j’ai appris à m’occuper d’elle toute seule. J’ai eu un déclic en tant que maman et, aujourd’hui, c’est impeccable. Mon compagnon, lui, s’est soigné. ». Isabelle a pu rentrer avec son enfant et retrouver un équilibre conjugal et familial. Elle bénéficie toujours du soutien du centre parental qui collabore avec le service d’accompagnement à la vie sociale (SAVS) et le service d’accompagnement mobile à la parentalité (SMAP) dans le cadre d’un accompagnement spécifique expérimental inédit en direction des personnes en situation de handicap. Gwenola Toutain, directrice du centre parental, reconnaît combien le parcours de ces familles s’avère chaotique, bien souvent contraintes par des mesures de protection de l’enfant. « Les familles nous disent à quel point elles se sentent démunies, mais, petit à petit, notre accompagnement dans les gestes du quotidien avec leur enfant et la participation à des ateliers les aident à retrouver du temps pour elles et à restaurer leur image individuelle et parentale. Elles se regardent différemment et se font confiance dans les gestes qu’elles ont avec leur enfant. Cela leur permet de regarder la vie de façon beaucoup plus positive, car la peur de se voir retirer leur enfant subsiste ». Les questions d’estime de soi, la montée en compétences et la responsabilisation sont au cœur de la démarche. A l’issue du parcours de soin, la famille espère retrouver une autonomie progressive ou complète avec son enfant.


Interview

Trois questions à Gwenola Toutain, directrice du Centre parental depuis 2014


Quelle est la mission d’un Centre parental ?

Un centre parental est un lieu d’accueil pour des parents en situation de fragilité. C’est un lieu qui permet de créer ou recréer un lien entre le parent et l’enfant. Nous sommes là pour les entourer, faciliter et évaluer au plus fin ce lien parent-enfant. Nous accueillons les familles en hébergement, où elles bénéficient de toutes les commodités d’un appartement classique. Ensuite, nous travaillons la question de l’autonomie et du parcours. A l’issue d’un certain temps observé par l’équipe de professionnels sur place, nous pourrons orienter les familles à l’extérieur, en ville, c’est-à-dire sur Auxerre, Migennes ou Sens, et les accompagner jusqu’à leur domicile par notre service de placement à domicile qui s’appelle le service mobile d’accompagnement à la parentalité.

 


Quel soutien le centre parental apporte-t-il à ces familles ?

Nous travaillons la question de la relation et des outils pour pouvoir rendre compte de l’évaluation que nous menons auprès des familles. Ce qui nous importe, c’est d’avoir des outils co-construits avec les familles, pour qu’elles soient vraiment actrices de l’accompagnement proposé. Par exemple, nous sommes en train de créer une formation commune entre des parents et des professionnels afin qu’ils puissent se rencontrer. Nous souhaitons être au plus près de leurs besoins. Les familles ont des parcours de vie fragiles, mais elles ont aussi appris beaucoup de choses. Il faut pouvoir utiliser tout ce qu’elles savent faire. Nous travaillons donc ensemble lorsqu’il y a une faiblesse, mais nous félicitons d’abord la compétence.


Comment le centre parental a-t-il adapté ses missions aux personnes en situation de handicap ?

Nous travaillons avec d’autres structures et associations telles que les (service d’accompagnement à la vie sociale (SAVS), la maison départementale des personnes handicapés (MDPH), la protection maternelle et infantile, l’aide sociale à l’enfance (ASE) pour construire ensemble des co-accompagnements. La problématique du handicap et de la déficience intellectuelle ne fait pas forcément partie de notre corps de métier. Nous nous sommes entourés sur le terrain de personnes qui avaient les compétences adéquates pour pouvoir accompagner ces familles qui sont le plus souvent à domicile, tels que les éducateurs du SAVS et ceux du service mobile d’accompagnement à la parentalité. L’idée était de s’ouvrir les uns aux autres, entre les secteurs du handicap et de l’enfance. Nous n’avons pas les mêmes codes, nous ne portons pas le même message, mais aujourd’hui nous co-construisons ensemble des projets pour les familles. Cette collaboration les fait avancer plus vite.