Anna et Sébastien, délégués de la Croix-Rouge française racontent

dégats après le séisme
Publié le 18/01/2010

Comme les habitants de Port-au Prince, Anna Picolli, chef de délégation en Haïti et Sébastien Gimenez, logisticien en poste, ont vécu le tremblement de terre et en sont heureusement sortis indemnes.
Ils déplorent tout de même la perte d’un membre du personnel. Récits

C’est un miracle !

Le bureau de la Croix-Rouge française situé dans le quartier de Péguy-ville et les maisons des délégués à Pétionville, sont restées debout, malgré la violence du séisme du 12 janvier… Mais une triste nouvelle est venue assombrir la journée du lundi 18 janvier. "Nous avons eu la confirmation que Marjorie est décédée", annonçait hier Anna Picolli, chef de délégation à l’équipe de la Croix-Rouge française… Tous les autres membres de l’équipe (une vingtaine) sont sains et saufs. Mais le traumatisme est là… Ce qu’ils ont vécu, jamais nos délégués ne l’oublieront.

Mardi 12 janvier, à 16h50 heure locale, Anna qui sortait à peine d’une dengue, était chez elle avec son mari, dans le quartier de Pétionville lorsque le séisme a frappé… "Tout tremblait, les murs, les tableaux, les meubles se sont renversés. Même les toilettes ont été dessoudées et projetées en l’air ! Avec mon mari, nous avons couru pour sortir de la maison, mais nous n’arrivions pas à garder l’équilibre et sommes tombés dans les escaliers…" S’en sortant avec des contusions, ils ont pu s’extirper de la maison, très touchée, mais qui est cependant restée debout. "Certains de nos voisins ont tout perdu", raconte la chef de délégation. "Je n’avais jamais vécu une chose pareille… Je suis heureuse de voir tous nos collègues arriver en renfort, ça fait du bien au moral", rajoute-t-elle.

L’urgence persiste

Les heures et les jours suivants ont été tout aussi terribles. Le coordinateur logisticien, qui était au bureau au moment du séisme raconte : "On a dit que le séisme a duré moins d’une minute mais ça m’a paru une éternité… Nous étions quelques-uns au bureau et avons eu le réflexe de sortir immédiatement… Personne n’a été blessé et le bureau a tenu le coup… Mais je me rappelle les murs de l’Eglise voisine qui bougeaient si violemment, c’était incroyable ! Et cette sensation de ne pas pouvoir garder son équilibre…" C’est lorsque Sébastien a vu le nuage de poussière monter au-dessus de la ville et a commencé à entendre les hurlements des gens aux alentours qu’il a compris l’ampleur du désastre…
"Très vite les gens sont venus spontanément à nos bureaux et nous leur avons ouvert nos portes. Avec des voisins nous avons commencé à donner les premiers soins aux blessés… Toute la nuit, nous avons pansé des plaies, évacué les gens vers les hôpitaux… depuis mardi dernier, je n’ai pas franchement fermé l’œil…", raconte Sébastien avec pudeur.
Les jours suivants, les Haïtiens se sont rassemblés en camps de fortune un peu partout en ville avec le matériel qui a pu être récupéré sous les gravats. "Les gens se sont comportés de façon très digne, nous n’avons pas connu de difficultés notamment en terme de sécurité, lors de nos déplacements. Ici la Croix-Rouge est très populaire et très respectée", explique Sébastien.
"Nous avons senti plusieurs répliques du séisme qui n’ont pas causé plus de dommages à la délégation et les nuits sont plutôt calmes, malgré des tirs d’armes à feu deux nuits de suite…", explique Anna qui maintient des règles de sécurité strictes pour les équipes. Ainsi, tout le monde dort et vit dehors dans l’enceinte fermée et gardée du bureau, les intrusions dans les bâtiments sont très restreintes jusqu’à ce que la situation se stabilise, car les répliques sont possibles. Une vingtaine de personnes campe ici, des membres du personnel et des membres de la Croix-Rouge canadienne qui se sont réfugiés auprès de la délégation française.

Laetitia Martin, déléguée info