Ce que je vois, c’est le courage et la dignité

laetitia avec des enfants
Publié le 25/01/2010

A l’heure où j’écris ces lignes, je me trouve dans le quartier de Pétion-Ville, installée sur la pelouse de la résidence de la Croix-Rouge française.
Il est 8h25 ici et, entre le bruit du générateur et de la circulation environnante, j’entends des enfants qui chantent au rythme de leurs battements de mains…

Des chants au milieu des ruines… La vie a repris dans la rue, les banques rouvrent, quelques supermarchés aussi.
Depuis huit jours, l’équipe de la Croix-Rouge française, dont je fais partie, s’active sur tous les fronts à Port-au-Prince. Chacun est pris dans l’urgence, dans le travail, mais ce qui nous frappe unanimement, c’est la dignité et le courage des Haïtiens. Ils sont un formidable moteur pour nous tous, nous poussent à nous démener davantage chaque jour.

Au gré de mes visites sur le terrain, dans les camps de rassemblement, dans la rue, auprès des patients de notre premier centre de santé situé sur la place Saint-Pierre, ou encore dans la clinique mobile, je suis frappée par la gentillesse des gens, par leur patience. Toujours un sourire, toujours un bonjour, des enfants autour de moi, qui ne demandent pas plus qu’une parole, savoir comment je m’appelle, d’où je viens. "Prends-moi en photo", me demandent-ils. Pas d’agressivité, bien au contraire. "Merci pour ce que vous faîtes, la Croix-Rouge", ai-je entendu à maintes reprises.

Si les gens parlent librement de ce qui leur est arrivé et de ce qu’ils éprouvent, ça ne tourne jamais au misérabilisme. Une vraie leçon de courage et de dignité. Ca remet les choses à leur place, nos petits tracas ou nos coups de fatigue, on les met de côté… Respect. Comment réagirais-je dans leur situation ?

Les premiers à forcer notre admiration, ce sont nos équipes de la Croix-Rouge française, victimes eux aussi de cette terrible catastrophe. Ils ont parfois perdu des membres de leur famille ou leur maison, mais depuis le 12 janvier, ils se donnent sans compter pour faire parvenir l’aide, enchaînant les heures de travail… Certains ont trouvé refuge au bureau ou à la résidence et dorment comme nous sous la tente ou dans les véhicules. D’autres rentrent chaque soir, comme leurs concitoyens, dans les camps de rassemblement auprès de leurs familles… A nouveau : respect ! Et plus largement, les volontaires de la Croix-Rouge haïtienne, bénévoles, qui sont en première ligne et sans qui rien ne serait possible ici, mettent toute leur énergie au service de la population sinistrée. La solidarité est grande ici. Une leçon de vie au quotidien, loin des images de pillages et d’émeutes qui courent sur les écrans de télévision. »

Laetitia Martin, déléguée info