De l’espoir là où il n’y en a plus

Une école de Port-au-Prince réduit à l'état de décombre
Publié le 01/02/2010

Maggie 28 ans, étudiante en sciences de l’administration se trouvait à l’université GOC, avenue Martin Luther King, le 12 janvier dernier lorsque le séisme a détruit le bâtiment… Et depuis mardi, mes pensées sont pour elle…

Mes pensées sont pour elle… Et désormais pour une de ses camarades de l’Université Saint-Gérard qui a été retrouvée aujourd’hui en vie, sous un amas de gravats…

Récit…

Mardi matin, un de nos délégués Croix-Rouge française a reçu un appel… Un certain Pouchon lui demandait de l’aide, sa cousine Maggie serait en vie, coincée sous les ruines de laGOC, université de Port-au-Prince. 200 personnes étaient ici lorsque le séisme a frappé…

Immédiatement notre délégué avertissait nos collègues de la Fédération internationale de la Croix-Rouge. Rapidement, la Croix-Rouge colombienne, sur place, a contacté une équipe de secours et recherche envoyée par l’Etat colombien, équipe qui s’est rendue sur le site avec des chiens…

Mais ce bâtiment de trois ou quatre étages était trop détruit, les chiens n’ont rien senti, il fallait du matériel lourd pour déblayer les gravats… Une pelleteuse est arrivée et a commencé à déblayer…

Pendant ce temps, nous avons gardé le contact avec Pouchon qui était à la GOC. Les heures défilant et les secouristes ne revenant pas, ce sont les délégués CRF qui ont pris le problème à bras le corps…

Laissant pour quelques heures leurs activités, se démenant pour trouver une équipe de secours qui voudrait bien retourner sur le site et fouiller encore… Du camp de base des Nations Unies, où la coordination des recherches se fait, à l’ambassade des USA, où l’une des dernières équipes de secours la Virginia Task force 1 était en place…

« Désolés, nous somme démobilisés aujourd’hui, et nous partons demain. Nous avons paqué nos affaires et donné notre matériel… », nous répond un des secouristes américains… « Mais je connais le chef Z, de la brigade de secours haïtien, il va peut-être vous aider… » Effectivement, le chef Z et sa brigade arrive une demi heure plus tard sur les lieux.

Là nous retrouvons Pouchon. Il est là depuis le matin, dans l’attente : « la dernière fois que j’ai eu Maggie au téléphone, c’était il y a deux jours, elle m’a dit qu’elle se trouvait au rez-de-chaussée avec d’autres personnes vivantes, qu’elle était blessée… », raconte-t-il. Depuis, le téléphone de Maggie ne répond plus. Le frère de Maggie est là aussi…

Ce que Pouchon nous explique, c’est que ça fait 48 heures qu’il essaie de joindre des secours… mais que personne ne l’a « entendu »… Vu l’ampleur des dégâts ici et le nombre d’appels que toutes les équipes de recherche reçoivent, les secours sont débordés et la démobilisation des équipes étrangères est aussi en cours…

A la tombée de la nuit, les secouristes haïtiens décident de quitter les lieux, appelés sur d’autres interventions…
Mais l’équipe de la CRF et nos collègues d’Electriciens sans frontières arrivent avec du matériel d’éclairage. Ni une ni deux, nos délégués demandent au conducteur de la machine de poursuivre ses efforts, de continuer à déblayer… Et n’hésitent pas à prêter main forte aux quelques volontaires encore sur place pour tenter l’impossible.

Jusque 22h, nous cherchons, mais le site est dangereux et il faut bien se rendre à la raison… Nous ne pourrons pas en faire plus… Pouchon et son cousin le savent bien… Encore une fois, ce qui force le respect, c’est leur dignité incroyable… Ils se résignent à quitter les lieux et à accepter l’inacceptable, tout comme nous d’ailleurs…

Mais ce jeudi matin, une nouvelle incroyable nous parvient : une jeune fille de 16 ans a été sortie des décombres par la Croix-Rouge Haïtienne avec l’aide de la sécurité civile française… 15 jours après le drame, on a donc retrouvé des survivants…

De l’espoir là où il n’y en a plus… Même si ce n’est pas Maggie qu’on a retrouvée, c’est une de ses camarades et c’est grâce à tous ceux qui se sont mobilisés, à l’image de nos délégués, qu’un tel miracle s’est produit…

Laetitia Martin, déléguée info