Il faut s’apprêter à faire face à « un provisoire dans la durée »

Jean-François Mattei, en visite au dispensaire que la CRF a installé à Pétion-ville, où 400 enfants sont accueillis chaque jour par nos équipes de soutien psycho-social
Publié le 04/02/2010

Jean-François Mattei, en visite au dispensaire que la Croix-Rouge française a installé à Pétion-ville, où 400 enfants sont accueillis chaque jour par nos équipes de soutien psycho-social.

Jean-François Mattei, quel est votre sentiment après deux jours passés ici à Port-au-Prince ?

Je suis traversé par plusieurs sentiments. D’abord un sentiment de tristesse pour le peuple haïtien, mais également un grand sentiment d’espoir. Les Haïtiens sont formidables, ils ne sont pas prêts d’oublier le drame qu’ils ont vécu mais ils pensent déjà à reconstruire, à bâtir de nouveaux projets.

Et cet espoir en l’avenir est un vrai motif de satisfaction.

Autre motif de satisfaction, l’action humanitaire qui est menée est mieux organisée que jamais. Notamment au sein du Mouvement Croix-Rouge, autour de la Fédération internationale et de la Croix-Rouge Haïtienne, les Sociétés nationales de la Croix-Rouge et du Croissant-Rouge comme la Croix-Rouge française sont parfaitement coordonnées et se sont réparti les tâches. Je suis donc confiant dans l’avenir.

Concrètement, quelles sont les actions menées par la Croix-Rouge française jusqu’ici ? Comment sont utilisés les dons des Français ?

Nos équipes ont très bien travaillé. Elles se sont d’abord attelées à la production et la distribution d’eau potable, qui est capitale. Et la Croix-Rouge française est aujourd’hui le premier producteur d’eau potable sur Port-au-Prince avec 500 M3 d’eau distribuée par jours sur 53 sites, pour couvrir les besoins de 120000 personnes.

Deuxièmement, nous travaillons sur l’assainissement, avec la construction de latrines et de douches. Car quand vous avez une concentration de milliers de personnes sur un même lieu et que rien n’est fait pour garantir la propreté et l’hygiène, c’est un grand risque d’épidémie qui peut menacer.

Nos équipes assurent aussi la distribution de produits de première nécessité, comme des bâches en plastique, des couvertures, des kits d’hygiène ou de cuisine ainsi que des abris provisoires avec la distribution de tentes qui a commencé.

Et puis enfin, nous intervenons dans le domaine de la santé et du soutien psychosocial. Nous avons déployé deux dispensaires de santé et des cliniques mobiles et c’est aujourd’hui 400 enfants qui sont pris en charge sur le plan psychosocial à travers des activités ludiques qui leur permettent de s’exprimer, de retrouver une certaine routine de vie et de se reconstruire après le drame qui a marqué leur vie.
C'est un travail formidable qui est réalisé et je tiens à féliciter les équipes sur place, mais aussi les donateurs qui se sont mobilisés dès le premier jour pour que ces actions soient possibles.

Quelle va être l’action de la Croix-Rouge française à moyen ou long terme en Haïti ?

Lorsque la période d’urgence sera terminée, s’engagera une période de post-urgence pendant laquelle il faudra organiser des abris temporaires pour ceux qui ont perdu leurs maisons. Tout cela sera très compliqué car la saison des pluies arrive.

C’est une priorité. Pour la reconstruction il faut un nouveau plan d’urbanisme qui dépend de décisions politiques et cela prendra surement de longs mois. Il faut donc s’apprêter à faire face à un provisoire dans la durée, malheureusement.

Dans le domaine de la santé, il va falloir assurer progressivement l’accompagnement et le suivi des malades, des opérés, avec une attention particulière pour les personnes qui ont été amputées.

Des personnes que nous allons prendre en charge parce que nous avons cette expertise à la Croix-Rouge française pour permettre une meilleure réadaptation avec un appareillage de prothèses personnalisées. Voilà quelques-uns des sujets et il y en a bien d’autres, mais nous ne sommes qu’au début de la préparation de l’avenir.

Laetitia Martin, déléguée info