L’Espace Bébé Maman, un repère dans la ville

Un enfant bien entouré dans l'Espace Bébé Maman à Boulogne Billancourt
Publié le 20/11/2009

Ouvert depuis le 27 mars 2008, l’Espace Bébé Maman (EBM) de Boulogne-Billancourt a réussi à s’imposer comme un maillon essentiel du réseau social de la ville. Il est destiné à apporter une aide matérielle à des familles en situation de précarité.

La structure est avant tout un lieu d’accueil, d’écoute et d’entraide. Elle est devenue un refuge pour les mères et leurs bébés (de 0 à 18 mois) qui s’y retrouvent avec un plaisir évident, deux ou trois après-midi par semaine. Les bénévoles leur donnent tout le temps nécessaire de se reconstruire et les accompagnent dans leurs démarches jusqu’à que les familles soient autonomes.

Christina : « Sortir de l’isolement »

Christina franchit pour la première fois les portes de l’Espace Bébé Maman sur la recommandation des assistantes sociales de la ville. Cette jeune femme vit seule avec son petit garçon de 13 mois dans un appartement qui, une fois les aides déduites, lui coûte 300 euros par mois plus les charges.
 
Sans emploi, il lui reste exactement 300 euros pour vivre. Pour 2,10 euros, les bénévoles de l’Espace Bébé Maman lui proposent un colis composé de petits pots, de couches, de lait, de céréales, de shampoing, etc. Le montant et la composition du colis varient selon l’âge du bébé et si la maman allaite ou non.
 
Si elle ne peut payer aujourd’hui, elle paiera la prochaine fois. Cette aide, bienvenue, n’est pas la seule motivation de Christina : « je viens surtout pour que mon enfant rencontre d’autres enfants. Nous vivons en vase clos jour et nuit et ce n’est pas bon pour lui ».

Christina a frappé à la bonne porte

« Ici, ce n’est pas un magasin où l’on achète ses provisions et repart aussitôt, lui explique Caroline, l’une des responsables de l’espace. Nous vous incitons à passer l’après-midi parmi nous, à rencontrer les autres mamans, à participer aux ateliers, bref, à vous changer les idées et à souffler un peu. Une seule condition, venir avec votre enfant. Cet espace est également fait pour lui ».
 
Ce premier entretien permet d’accueillir, d’écouter et de mettre la maman en confiance pour essayer de comprendre sa situation, d’identifier ses besoins et ses attentes. Un temps d’échange sera réservé à la maman à chacune de ses visites. Et lorsqu’elle aura repris force et confiance en elle, elle pourra, avec le soutien des bénévoles, entamer les démarches pour surmonter ses difficultés.
 
Sortir de l’isolement est déjà un premier pas vers la reconstruction de soi.

Des profils de mamans très similaires

Sur les 120 mamans inscrites en cette fin d’année, une majorité vit seule avec son ou ses enfants, dans de minuscules appartements. 20% d’entre elles environ sont sans abri et ballottées de centres d’accueil en chambres d’hôtel… Les autres mères sont logées en hôtel social ou hébergées par des amis.
Lorsque le père est présent, il est souvent sans travail fixe et doit nourrir plusieurs bouches avec un maigre salaire.

L’énergie des bénévoles

Telles sont les situations auxquelles sont confrontées les douze bénévoles de l’Espace Bébé Maman. Avec une énergie incroyable, elles accompagnent les mamans dans leurs démarches, les conseillent, les motivent lorsque le moral chute…
Surtout, les bénévoles se démènent avec les mères pour obtenir une place en crèche, un toit, un travail, ou des papiers administratifs. Les mamans ne sont pas passives pour autant : « Plus elles sont au fond du gouffre, plus elles se battent pour s’en sortir. Elles ne sont pas du tout assistées et elles s’entraident beaucoup », constate Caroline.
 
 

Une maman, son enfant et une bénévole de la délgation de la Croix-Rouge française

 

Une vraie famille

En venant régulièrement, les femmes apprennent à se connaître. Elles se retrouvent à l’extérieur de l’Espace Bébé Maman, s’appellent, se dépannent en gardant leurs enfants, en s’échangeant des annonces d’emploi, des contacts... « Beaucoup de personnes sont isolées et elles ont trouvé ici une famille, un réseau, un lieu pour retrouver des repères relationnels », explique Laetitia. Bénévole et psychologue de profession, elle anime certains ateliers bricolage et dessin qui contribuent eux aussi à recréer ce lien social défaillant. « Ce temps de création, de distraction, est un des rares moments durant lequel elles oublient leur quotidien, souvent négatif et peu constructif. Fabriquer quelque chose de joli, se concentrer sur une activité manuelle, leur vide la tête, leur permet de s’extérioriser et contribue à leur redonner confiance en elles ».
 
D’autres ateliers se déroulent le mardi, en l’absence des petits - pris en charge par les bénévoles - afin de proposer des instants de détente (cuisine, nutrition, gestion de budget, premiers secours pédiatriques, beauté, etc.).
 
Participe qui veut ! D’autres mamans préfèrent papoter entre elles, dans la partie salon de la pièce, autour d’un thé ou d’un café. Les plus timides et les nouvelles venues ne restent pas longtemps dans leur coin. Très vite, elles sont happées par ce tourbillon de bonne humeur et de chaleur humaine.
 
A les entendre rire, converser entre elles, on en oublierait presque leur situation… mais n’est-ce pas le but ?