Le Darfour, territoire d'oppression humanitaire

Publié le 16/03/2007

Approvisionnement en eau dans un champ de forage réhabilité par le CICR à El Hosh (Darfour nord) © CICR / B. Heger - mai 2006

La Croix-Rouge française se joint à l’appel au respect et à l’application de la résolution 43/123 des Nations-Unies pour l’ouverture de corridors humanitaires au Darfour.

La situation dans cette région du Soudan est inacceptable.

 

Au Darfour, comme lors des crises internationales majeures, l’accès aux victimes est le principal défi des acteurs humanitaires. Le contact direct avec les personnes touchées par des conflits armés ou d’autres formes de violence est essentiel si l'on veut comprendre leur situation et leurs besoins pour tenter d'y faire face. Or, les efforts des ONG et du mouvement Croix-Rouge sont aujourd’hui bloqués par l’impossibilité de pénétrer sur le territoire et de porter assistance aux centaines de milliers de personnes déplacées, maltraitées et menacées de famine et de mort.

 

Seul le Comité International de la Croix-Rouge (CICR) est encore présent dans cette zone devenue un véritable territoire d’oppression humanitaire. Avec ses partenaires du mouvement de la Croix-Rouge et du Croissant-Rouge, le CICR s’efforce de permettre aux personnes vulnérables de rester chez elles plutôt que de migrer sous la contrainte dans des camps déjà surpeuplés à l’intérieur du Soudan ou dans les pays voisins. Malgré ces efforts, les réfugiés sont nombreux et la Croix-Rouge française s’est directement investie dans la gestion de deux camps accueillants des réfugiés à la frontière du Tchad.

 

Aujourd’hui, il incombe à la communauté internationale d’amener les parties en conflit au Darfour à respecter leurs obligations. Le Conseil de Sécurité des Nations Unies s’est prononcé à de nombreuses reprises depuis 2004 sur cette crise. Les Etats doivent aujourd’hui prendre leurs responsabilités, il y va de la vie de millions d’hommes, de femmes et d’enfants.

 

Il faut avant tout faire respecter le droit international qui prévoit l’obligation pour les Etats de mettre à l’abri des dangers des combats sans aucune distinction les personnes civiles ne participant pas aux hostilités. Ce droit international - communément appelé le « droit des gens » - est le bien le plus important pour tous les réfugiés du Darfour. C’est le respect absolu de ce droit qui doit leur permettre d’être traités dignement et de vivre librement en toute humanité. Ce droit est celui qui fonde la déclaration universelle des droits de l’Homme. C’est ce droit qui, lorsqu’il est bafoué à grande échelle et de manière systématique, laisse la place à une sorte de crime contre l’humanité.

 

La vérité est que c’est l’idée même de notre humanité qui se joue aujourd’hui au Darfour.

 

Tribune à paraître dans Le Pélerin du 8 mars 2007
publiée sur www.pelerin.info

Jean-François Mattei, président de la Croix-Rouge française