Réapprendre à vivre sans alcool

Réapprendre à vivre sans alcool
Publié le 20/06/2012

Depuis février 2010, un dispositif d’accompagnement après sevrage a été mis en place à Valenciennes (59). Ce projet innovant s’adresse en particulier aux personnes en situation de précarité sortant de cure de sevrage et n’ayant pas de solution d’hébergement.

Réalisé en partenariat avec l’hôpital de Saint Amand et l’association GrEID(1), il permet de leur proposer un parcours d’abstinence, de les mettre à l’abri, le temps de leur « guérison », et d’éviter un retour à la rue précipité qui conduit souvent à la rechute.

Parmi les problématiques de santé mentale rencontrées par les équipes mobiles sur le terrain, l’addiction à l’alcool est certainement la plus fréquente. L’alcool sert souvent d’anxiolytique, calme l’angoisse et permet de supporter la situation, ou, artificiellement, les sensations de faim et de froid. Il permet en outre de s’intégrer au groupe et il est d’autant plus difficile de renoncer à cette habitude que les sollicitations sont nombreuses. Fort de ce constat, le centre d’hébergement et de réinsertion sociale (CHRS) de Valenciennes a mis en place un dispositif d’accompagnement après sevrage (DAAS) pour ce public spécifique. Repérées lors des maraudes des équipes mobiles et Samu sociaux ou hébergées dans des foyers de la Croix-Rouge française, certaines personnes manifestent leur désir d’arrêter de consommer de l’alcool. Elles ont alors besoin d’une prise en charge particulière, notamment après la période de sevrage vécue à l’hôpital. « Il s’agit en fait d’éloigner les personnes en sortie de cure des lieux où elles ont l’habitude de consommer de l’alcool, comme la rue ou les foyers d’accueil, où les tentations sont fortes, explique Franck Plouvier, responsable du service éducatif au CHRS. Il fallait bien sûr penser la question de l’hébergement, mais pas seulement. Nous avons ainsi créé un dispositif global, où l’aspect santé, la réinsertion et le retour vers l’autonomie ont toute leur place. » L’offre d’hébergement se répartit en trois maisons, selon le degré de dépendance et de fragilité des personnes. Aménagées, claires et dotées de petits jardins, ces maisons offrent un cadre agréable et sécurisant pour le bénéficiaire, qui possède en outre la clef du domicile. « Nous avons souhaité les rendre responsables de leur lieu de vie, c’est très important pour eux et c’est un premier pas vers l’autonomie », ajoute Franck Plouvier.

Une prise en charge globale

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Réalisé en partenariat avec l’hôpital de Saint Amand et l’association GrEID(1), il permet de leur proposer un parcours d’abstinence, de les mettre à l’abri, le temps de leur « guérison », et d’éviter un retour à la rue précipité qui conduit souvent à la rechute.

Tous les lundis matins a lieu la réunion d’équipe. Educateurs spécialisés, agent Accueil et information, psychologue et technicienne d’intervention sociale et familiale se retrouvent pour faire le point sur les résidents, sur les missions de la semaine. Quatre piliers structurent la vie des personnes accueillies : le suivi médical, incontournable en sortie de cure, se réalise en lien avec l’hôpital de Saint Amand ; l’accompagnement social fait partie de la prise en charge de la personne : « il s’agit de l’accompagner dans un certain nombre de démarches administratives comme l’inscription à Pôle Emploi, l’obtention de la CMU ou la mise à jour de son dossier auprès de la Sécurité sociale », précise Françoise Lanchais, éducatrice spécialisée. Le suivi éducatif ensuite, consiste à réapprendre à être en relation, à dialoguer, et à gérer le processus de guérison : « très souvent, les résidents ayant arrêté de consommer de l’alcool imaginent que tous leurs problèmes vont être immédiatement réglés, alors que cela prend du temps, bien entendu », complète Franck Plouvier.

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L’accompagnement au quotidien proposé par le DAAS est alors fondamental, comme l’explique Denis, arrivé deux mois plus tôt : « Ici, l’équipe est toujours à notre disposition pour nous aider, nous écouter. Je remplis les papiers pour obtenir une mutuelle en ce moment et c’est très long, très complexe… Etre soutenu facilite les choses ». Quatrième pilier enfin, le soutien psychologique, qui se traduit par la venue d’une psychologue partenaire, une fois par semaine. « Il s’agit de travailler sur l’ici et maintenant, explique Sandrine Dobbelaere. On attend parfois des résidents des choses qu’ils ne sont pas en mesure de faire en raison de troubles psychologiques. Les membres de l’équipe encadrante doivent comprendre que le problème n’est pas de leur fait. Cela permet un meilleur accompagnement. »

Un chemin semé d’embûches

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Angoisses, dépression, ennui, difficultés à se projeter, peur de la rechute… La route est longue pour les personnes résidentes. Le sevrage et les semaines qui vont suivre bouleversent en effet leur mode de vie, et agissent parfois comme un révélateur : « le sevrage peut entraîner des troubles psychologiques, remarque ainsi Franck Plouvier. Mais à l’inverse, il nous arrive de constater que ces troubles sont justement liés à la consommation d’alcool. » Il faut donc composer avec toutes ces nuances, en étant au plus près de chacun. Pour donner l’envie de tenir, une série d’activités sont également proposées aux résidents : activité physique, travaux manuels ou encore élaboration de repas et cuisine en groupe. « Faire les courses ou apprendre à préparer un repas équilibré leur permet de réaliser qu’il est possible de manger sainement, même avec des petits moyens », précise Boris Lelong, éducateur spécialisé en apprentissage. De même, reprendre à la base les gestes du quotidien – hygiène, nourriture, vaisselle, lessive… – permet d’amorcer peu à peu un retour à l’autonomie. L’autre objectif de ces activités consiste à se divertir, car le temps peut parfois être long, lorsque l’on change sa façon de vivre du tout au tout. « Il y a des moments difficiles, confie Denis. Cependant si je retourne en foyer, que je me balade et que je vois les copains, je vais lutter, c’est sûr… Mais combien de temps ? » Bernard, sorti de cure il y a une semaine, est heureux de pouvoir bénéficier de cet accompagnement. Après sept ans de rue, il a souhaité entamer une démarche de sevrage, ayant « envie d’une autre vie. Lorsque je suis ici je n’ai pas envie de boire, témoigne-t-il. Je n’y pense même pas. » Mais parfois, certains rechutent. « Quand une personne se réalcoolise, elle peut mettre en péril l’équilibre du groupe, conclut Franck Plouvier. On va alors l’orienter vers une autre solution d’hébergement, plus adaptée. Et si elle souhaite de nouveau entamer un sevrage, elle pourra bien sûr revenir ici après sa cure. »

(1) GrEID : Groupe information sur les dépendances - Centre de soins d'accompagnement et de prévention en addictologie (CSAPA), à Valenciennes. Cette association met une psychologue à disposition du DAAS, trois heures par semaine.

Anne-Lucie Acar