À Conakry, les inondations en pleine saison des pluies de 2025 ont laissé derrière elles des maisons détruites, des familles endeuillées et des milliers de personnes sans ressources. À travers les histoires de Benjamin et de Noumoulatou, deux sinistrés parmi tant d’autres, se dessine la réalité d’une crise qui s’inscrit dans un contexte de vulnérabilités accrues, amplifié par les effets du changement climatique. Aux côtés de la Croix-Rouge guinéenne, nous apportons une réponse d’urgence aux familles les plus touchées.

Dans la nuit du 30 au 31 juillet 2025, Conakry s’est réveillée sous les eaux. La pluie, tombée sans relâche, a transformé certaines rues de la capitale guinéenne en torrents. En quelques heures, des quartiers entiers ont été submergés, des maisons détruites et des milliers de familles forcées de fuir.

Benjamin, un enseignant vivant dans la capitale se souvient :

« Il était 1h du matin quand j’ai entendu les cris de mes enfants qui appelaient au secours. Je me suis levé, mais l’eau avait poussé une armoire contre la porte, désormais bloquée, m’empêchant de l’ouvrir. »

La maison se remplit d’eau, les murs vacillent.

« Alors que j'étais pris de panique, les murs ont commencé à s’effondrer. »

Benjamin se raccroche à un morceau de bois par peur d’être emporté par les eaux, puis parvient à trouver refuge au niveau du toit de sa maison. Sa femme et ses 3 enfants n’auront pas la même chance.

« L’eau a emporté mes enfants et un mur est tombé sur ma femme sans que je puisse leur porter secours. Resté sur le toit jusqu’au matin, ce n’est qu’à l’aube que les voisins sont venus me secourir. »

Pendant ce temps, ailleurs dans la ville, d’autres familles vivaient la même nuit de chaos.

À 67 ans, Noumoulatou, veuve vivant de sa pension de retraite, était chez elle avec sa fille et ses petits-enfants dont elle a la charge. Elle raconte :

« La pluie était plus forte que d’habitude. Puis l’eau a commencé à rentrer et en quelques minutes, notre maison a été envahie. »

Elle regarde les murs céder.

« Les vêtements, les meubles, les souvenirs… tout a été emporté. Même mes papiers», déplore-t-elle.

Pour Noumoulatou, perdre ses documents, c’est perdre ses moyens de subsistance.

« Je suis enseignante à la retraite. Sans mes papiers, je ne peux même plus retirer ma pension. Avec 5 personnes à charge, comment pourrais-je subvenir aux besoins de ma famille ? »

Légende : A l’aube, Benjamin apprend ce que l’eau lui a pris - Crédit photo : Aly Badara KALLO, Croix-Rouge guinéenne

A l’aube, Benjamin apprend ce que l’eau lui a pris. « Cette nuit-là, j’ai perdu ma femme et nos trois enfants. Le plus jeune n'avait que 3 ans. À part les vêtements que je portais, j’ai tout perdu. », nous confie-t-il. Il ne peut plus retourner dans sa maison, de même que Noumoulatou, hébergée par des voisins. Leur histoire incarne une réalité partagée par des milliers de familles. En pleine saison des pluies, plus de 35 000 personnes ont été affectées en Guinée. À Conakry et Coyah, des quartiers se sont retrouvés inondés, des maisons détruites, des points d’eau et des latrines endommagés, laissant les populations exposées aux maladies, à l’insécurité et à la précarité.

Une réponse d’urgence aux besoins essentiels

Face à cette crise, nous nous sommes mobilisés pour répondre aux besoins les plus urgents, en collaboration étroite avec la Croix-Rouge guinéenne, l’Agence Nationale de Gestion des Urgences et Catastrophes Humanitaires, ainsi que les autorités locales guinéenne, et avons mis en œuvre une vaste opération de distribution dans cinq communes de Conakry.

Au total, 1 200 ménages ont reçu une aide essentielle. Chaque famille a bénéficié d’un kit de vivres (riz, huile, sucre, sel) et d’un kit d’hygiène comprenant seaux, savon, eau de javel et matériels pour le stockage et le traitement de l’eau. Des dizaines de volontaires ont été mobilisés pour sécuriser les sites et aider les personnes les plus vulnérables à transporter leurs rations. Quand l’eau emporte des vies et brise des familles, la solidarité devient une bouée de sauvetage. C’est cette solidarité, portée chaque jour par les volontaires de la Croix-Rouge guinéenne, qui permet aux familles sinistrées de ne pas sombrer et de commencer, pas à pas, à se relever. Pour Noumoulatou, cela signifie pouvoir continuer à nourrir ses petits-enfants dans un futur immédiat et retrouver un minimum de stabilité. Pour Benjamin, c’est un premier appui dans une vie brisée par la perte de sa famille entière.

Au-delà de l’aide matérielle, cette opération, réalisée avec la participation du Centre de Crise et de Soutien du Ministère de l’Europe et des Affaires Étrangères, s’inscrit dans une réponse plus large mise en œuvre et visant à renforcer la capacité des communautés guinéennes à faire face à des catastrophes de plus en plus fréquentes, dans un pays particulièrement exposé aux inondations et aux effets du changement climatique.

Crédit photos : Aly Badara KALLO, Croix-Rouge guinéenne

Cette opération est réalisée avec la participation d'un partenaire :