Depuis fin 2023, notre Centre médico-chirurgical de réadaptation des Massues à Lyon a noué un partenariat avec l’hôpital universitaire Rafik Hariri à Beyrouth, dans un Liban frappé par une crise profonde. Objectif : améliorer durablement la qualité des soins de rééducation grâce à des échanges de pratiques, des formations croisées et de la télé-expertise. En 2025, deux physiothérapeutes libanais ont été accueillis pendant une semaine aux Massues. Une immersion concrète qui illustre un lien vivant entre équipes françaises et libanaises, au service des patients, des deux côtés de la Méditerranée.

Médecin de médecine physique et de réadaptation et cheffe de service du pôle ambulatoire enfants et adultes des Massues, Emmanuelle travaille au sein de l’établissement depuis plus de vingt ans. Spécialiste en neuro-orthopédie et en douleurs chroniques, elle s’est engagée naturellement dans ce projet dès ses débuts.

« Le Centre des Massues a été sollicité pour contribuer à renforcer la qualité de l’offre de soins en rééducation à l’hôpital Rafik Hariri, à Beyrouth, explique-t-elle. L’idée était de mettre en place des échanges et des formations entre nos deux établissements. »

À l’hôpital Rafik Hariri, le service de rééducation existe mais il fait face à de lourdes contraintes : absence de médecin spécialisé en médecine physique et de réadaptation, difficultés économiques, instabilité politique et sécuritaire. « Les kinésithérapeutes sont là, engagés, compétents, mais leur service est fragilisé. Il fallait réfléchir à la manière de les soutenir durablement. »

Le partenariat se structure dès 2023. Des réunions à distance permettent d’identifier les besoins, avant une première mission au Liban en septembre 2023, menée par une délégation des Massues.

« Je ne vous cache pas que j’ai réellement compris la situation le jour où je suis allée sur place. J’ai découvert un hôpital d’une résilience incroyable, avec des équipes profondément mobilisées, malgré les difficultés. »

Apprendre les uns des autres, malgré des contextes très différents

Ce partenariat repose sur une logique de co-construction. « Nous nous sommes posé une question simple : sur quelles thématiques pouvons-nous réellement travailler ensemble, en tenant compte des contraintes ? »

Les échanges ont rapidement mis en lumière des problématiques communes, notamment autour des douleurs chroniques, en particulier les douleurs du dos, très présentes chez les patients… mais aussi chez les soignants. « La tête est rattachée au corps. Les souffrances psychiques, liées aux traumatismes et à l’instabilité, s’expriment souvent physiquement. »

Emmanuelle souligne aussi la richesse de l’apprentissage côté français : « On apprend énormément de leur créativité. L’innovation naît souvent de là. Ils font beaucoup avec très peu, et ça nous questionne sur nos propres pratiques. »

Télé-expertise : échanges permanents grâce au numérique

Dans un contexte marqué par les coupures d’électricité, les difficultés de transport et l’accès limité aux soins, la télé-expertise apparaît comme un levier essentiel. « Tout le monde a un téléphone aujourd’hui. La télémédecine est un atout, même si elle est complexe à mettre en place. »

Le partenariat prévoit ainsi des échanges à distance autour de cas cliniques complexes, en complément de formations croisées. « L’idée, c’est de réfléchir ensemble, de mutualiser nos expertises. »

Cette approche s’inscrit pleinement dans l’ADN de la médecine physique et de réadaptation, qui repose sur une vision globale du patient. « On ne soigne pas seulement une déficience. On prend en compte la limitation d’activité, la participation sociale, l’environnement et les facteurs personnels. Cette approche prend tout son sens dans des contextes d’instabilité comme au Liban depuis ces dernières années. »

Une semaine d’immersion aux Massues pour les équipes libanaises

En 2025, c’est au tour de médecins libanais de se rendre en France. Carla et Charbel, deux physiothérapeutes de l’hôpital Rafik Hariri, ont été accueillis au Centre des Massues.

Pendant une semaine, ils ont découvert les programmes de rééducation en groupe, participé à des ateliers d’éducation thérapeutique, exploré les services des amputés, neuro-orthopédie, orthopédie, et échangé avec kinésithérapeutes, ergothérapeutes et professionnels de l’activité physique adaptée.

« Ils sont venus observer, s’inspirer, poser des questions. Mais surtout, ils pensaient déjà à ce qu’ils allaient transmettre à leurs collègues au Liban. »

Des outils concrets ont été partagés : trames de bilans, supports pédagogiques, méthodes d’organisation des groupes. « Ce sont des choses très pragmatiques, immédiatement réutilisables sur le terrain. »

Une coopération qui s’inscrit dans la durée

Au-delà des échanges techniques, ce partenariat est avant tout une aventure humaine. « Ce n’est pas seulement un échange de pratiques. Ce sont des rencontres entre équipes engagées, qui partagent la même ambition : permettre aux patients de retrouver de l’autonomie et une qualité de vie. »

Pour les équipes libanaises, ce lien international est aussi une source de reconnaissance et d’espoir. « Savoir qu’ils ne sont pas seuls, que des collègues à l’étranger travaillent avec eux, c’est extrêmement important. »

Subventionnés par la Direction générale de l'offre de soins (ministère français de la Santé), ces échanges s’inscrivent dans une perspective de long terme, avec déjà d’autres projets à l’étude, notamment en matière de numérisation, d’auto-rééducation et d’extension à d’autres spécialités comme les soins palliatifs.

« Cette continuité est essentielle, conclut Emmanuelle. On ne lâche pas. Malgré les crises, malgré la guerre, le lien reste. Et c’est profondément fidèle aux valeurs de la Croix-Rouge. »