Il y avait déjà un salon de coiffure et d’autres actions plus classiques pour la Croix-Rouge française, il y a désormais un salon d’esthétique au sein de la maison d’arrêt de Strasbourg ! L’institut installé dans le quartier des femmes, a été inauguré le 16 novembre dernier, en présence de Maud de Boer-Buquicchio, Secrétaire générale du Conseil de l’Europe.

Bien qu’elle soit émue par les regards posés sur elle lors de l’inauguration, Christiane ne laisserait sa place à nulle autre. Elle profite du décor, de cette fine association entre le blanc des murs et le crème des rideaux, des miroirs, des bougies, enfile un peignoir et s’installe sur la table de soin. Julie Vogt entreprend aussitôt un massage du visage. Christiane peut enfin fermer les yeux, se laisser bercer par une douce musique d’ambiance et s’imaginer… ailleurs. Le salon d’esthétique se situe au cœur du quartier des femmes de la maison d’arrêt de Strasbourg.

A quelques mètres de là, seulement, l’alignement des cellules, mais tout est fait ici pour les occulter. «Je voulais que les femmes soient déconnectées de la prison et qu’elles aient vraiment l’impression d’être dans un institut ou même dans un appartement. Je tenais, par exemple, à ce que les rideaux cachent les barreaux, que ce soit un endroit chaleureux, pour se ressourcer », explique l’esthéticienne qui a conçu la décoration. Elle reconnaît avoir un côté « mère Térésa » avec les femmes détenues : « je leur offre trente minutes de soin, durant lesquelles je les mets à l’aise, leur propose une tisane. C’est un vrai moment de convivialité. Je veux les aider à se sentir mieux et à retrouver de l’énergie ».

« CA ENLÈVE LES MURS… »

Après avoir vu un reportage sur le salon de coiffure Yannick Kraemer dans la prison, elle décide de le contacter en juin dernier. Elle lui adresse un message, via Facebook, lui proposant ses services en qualité d’esthéticienne. « C’est important pour les femmes détenues d’avoir l’air pimpantes, d’avoir meilleure mine quand elles vont au parloir rejoindre leur famille », dit-elle. A la tête de 75 salons dans huit pays, Yannick Kraemer accepte immédiatement sa proposition. Depuis 2006, une vingtaine de ses coiffeuses viennent bénévolement une fois par mois à la prison. Les femmes détenues sont à chaque fois au rendez-vous. Elles alterneront désormais coiffure et soins esthétiques. A nouveau, le directeur de l’établissement a accepté le projet, mettant à disposition l’ancienne biberonnerie. La Croix-Rouge française a quant à elle apporté les fonds nécessaires. Cette nouvelle action menée en milieu carcéral, hormis le fait qu’elle soit originale, s’ajoute à beaucoup d’autres. Armand Perego, président régional de la Croix-Rouge, veille, avec les bénévoles, à ce que les personnes détenues qui n’ont pas les moyens de « cantiner » ne manquent pas de tabac, de vêtements ou de timbres ; à ce qu’elles puissent suivre également des formations aux premiers secours et à l’utilisation d’un défibrillateur. Le nouveau directeur, Alain Reymond, reconnaît qu’il n’a jamais vu ça ailleurs : « La Croix-Rouge nous offre un soutien précieux, on travaille main dans la main ». Et à la tête d’un établissement de 673 détenus pour 444 places, on veut bien croire que toute aide extérieure est bonne à prendre. C’est sur l’ancienne table de kinésithérapie d’Armand Perego que Julie fera des soins à la trentaine de femmes de la maison d’arrêt, invitées à s’inscrire. Christiane sera très certainement la première à écrire son nom sur la liste : « ça fait du bien, c’est relaxant, elle sait y faire ! C’est une super ambiance, ça enlève les murs… ». Ghzlane, 29 ans, acquiesce : « c’est une échappatoire, ça nous apaise et nous met du baume au cœur. Pour obtenir une pince à épiler ici, il faut attendre 3 semaines ! » «Cela les valorise », chuchote une surveillante dans un sourire.

Céline Figuière