Que faire lors d'un saignement de nez (épistaxis) ?
Pourquoi saigne-t-on du nez ?
Les fosses nasales sont tapissées d’une muqueuse fine et délicate, irriguée par tout un réseau de vaisseaux sanguins dont le rôle est de maintenir l’air inspiré chaud et humide. Lorsque l’un de ces vaisseaux se rompt, à la suite d’un choc, d’un mouchage trop fort ou d’une infection par exemple, le nez se met à saigner. On parle aussi d’épistaxis.
La majorité des saignements de nez viennent de l’avant du nez (épistaxis antérieure). Ils sont localisés au niveau de la partie arrière du nez, le septum. Les capillaires et petits vaisseaux sanguins y sont particulièrement fragiles. Plus rare mais souvent plus grave, le saignement provient de l’arrière des fosses nasales (épistaxis postérieure), une zone près de la gorge. Il est souvent plus abondant et difficile à contrôler, raison pour laquelle il nécessite généralement une prise en charge médicale.
La plupart du temps, un saignement de nez reste modéré. Il prend la forme d’un petit filet de sang continu ou de gouttes régulières qui s’écoulent d’une seule narine pendant quelques secondes, voire quelques minutes.
Quelles sont les causes du saignement de nez ?
Les raisons d’un saignement de nez sont multiples. Elles peuvent être locales, c’est-à-dire directement liées aux structures nasales, ou générales, selon l’état de santé globale de la personne concernée.
Causes locales
Sécheresse de la muqueuse nasale : l’air froid ou sec, le chauffage, la climatisation et les atmosphères confinées irritent et fragilisent les petits vaisseaux dans les fosses nasales, alors plus vulnérables aux microfissures. Ce phénomène favorise la formation de croûtes qui, en se détachant, peuvent engendrer des saignements.
Traumatismes locaux : se moucher très fort, grattage du nez, recevoir un choc sur le nez ou introduire un corps étranger dans les narines peut endommager les vaisseaux superficiels. Les traumatismes locaux sont très fréquents chez les enfants.
Infections ou inflammations locales : les infections ORL, telles que la rhinite, la sinusite et la rhinopharyngite, augmentent la perméabilité des vaisseaux sanguins, particulièrement en cas d’éternuements et de mouchages répétés. Par ailleurs, l’exposition prolongée à des allergènes favorise l’inflammation au niveau du nez et affaiblit la paroi nasale.
Utilisation prolongée de sprays nasaux décongestionnants assèche et fragilise la muqueuse nasale.
Causes globales
Troubles de la coagulation : les troubles hématologiques, comme l’hémophilie, la maladie de von Willebrand ou certaines thrombopénies, et des plaquettes basses, peuvent altérer la coagulation et prolonger les saignements du nez.
Médicaments : la prise de traitements fluidifiants du sang, tels que des médicaments anticoagulants ou des antiagrégants plaquettaires (aspirine, certains anti-inflammatoires) fluidifient le sang et peuvent rendre l’épistaxis plus difficile à contrôler.
Consommation de drogues par voie nasale, notamment la cocaïne, irrite et abîme fortement la muqueuse et la cloison nasale.
Maladies : plus rarement, certaines anomalies structurelles du nez, des maladies vasculaires héréditaires, comme la maladie de Rendu-Osler, ou la présence d'une tumeur bénigne s’accompagne de saignements de nez répétés.
Comment arrêter un saignement de nez ?
Ce qu’il faut faire immédiatement
Position du corps : faire asseoir la personne, garder le buste droit et la tête légèrement penchée en avant afin que le sang s’écoule par le nez et non par la gorge.
Compression du nez : pincer fermement la partie molle du nez, juste sous l’os, avec le pouce et l’index, en fermant les deux narines, sans relâcher pendant 10 minutes. Respirer par la bouche et garder son calme afin d’éviter d’augmenter le rythme cardiaque et le saignement. De nombreuses personnes arrêtent la compression trop tôt, ce qui ne permet pas la formation d’un caillot.
Aides supplémentaires : possibilité d’appliquer du froid à la racine du nez (partie haute du nez, entre les yeux), à l’aide d’une poche de glace ou d’un sachet de légumes congelés enveloppé dans un linge. L'effet du froid favorise la vasoconstriction et réduit le saignement.
Ce qu’il ne faut surtout pas faire
Ne pas pencher la tête en arrière et ne pas s’allonger.
Ne pas insérer un coton ou un mouchoir dans la narine. Ce geste peut arracher le caillot au retrait et relancer le saignement.
Éviter de se moucher, de boire des boissons très chaudes ou de faire un effort physique juste après l’arrêt du saignement.
Que faire en cas de saignement de nez selon la gravité de la situation ?
La conduite à tenir dépend de l’abondance du sang, de la durée de l’épisode et de l’état général de la personne.
Situation bénigne : saignement léger et bref
En cas de :
Saignement de nez survenant sans cause apparente.
Débit peu abondant qui provient d’une seule narine.
Bon état général.
Conduite à tenir : appliquer les gestes de premiers secours (position du corps et pincement du nez). Dans des conditions normales de coagulation, l’écoulement se tarit en 5 minutes environ, le temps que les plaquettes forment un caillot au niveau du petit vaisseau rompu. L’hémorragie s’arrête en général en moins de 15 minutes.
Situation préoccupante : saignement modéré qui a du mal à s’arrêter
En cas de :
Saignement qui dure plus de 10 à 15 minutes malgré une compression correcte.
Saignement qui recommence.
Pas de symptômes inquiétants (comme un malaise ou des difficultés respiratoires).
Conduite à tenir : si le saignement persiste après 15 minutes de compression correcte, refaire une deuxième séquence de compression de 10 à 15 minutes. Si, après deux tentatives bien réalisées, le saignement demeure ou reste abondant, il est essentiel de consulter rapidement un médecin ou de contacter les urgences.
Situation urgente : saignement important, abondant et récidivant
En cas de :
Saignement abondant et continu, par les deux narines ainsi que dans la gorge.
Saignement qui recommence facilement avec un débit important.
Personne fragile (personne âgée, grossesse, maladie cardiaque, anémie, prise d’anticoagulants ou troubles de la coagulation) même pour un saignement modéré.
Traumatisme important de la tête ou du visage (accident, chute, suspicion de fracture du nez) avec saignement.
Malaise, pâleur, vertiges, sueurs, confusion ou cœur qui bat très vite.
Conduite à tenir : appeler immédiatement un professionnel de santé ou les services d’urgence (15 ou 112) pour envisager un traitement adapté (tamponnement postérieur, sonde à double ballonnets, colles hémostatiques, cautérisation du nez, nitrate d'argent, possible intervention chirurgicale sous anesthésie locale ou générale) et un bilan pour rechercher l'origine du saignement. En attendant l’arrivée des secours ou de se rendre au cabinet du médecin, maintenir la personne assise avec la tête en avant, tenter la compression du nez et ne pas la laisser seule.
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Pour en savoir plus sur l'hémorragie en générale
Que faire dans les heures qui suivent un saignement de nez ?
Afin d'éviter la récidive du saignement, durant les 24 heures suivant l'épisode, essayez autant que possible de ne pas vous moucher. Évitez les efforts qui augmentent la pression sanguine, les bains très chauds, et l’alcool. Surveillez l’apparition d’un nouvel épisode, notez la fréquence et le contexte (heure, côté, circonstances) pour pouvoir en parler précisément au professionnel de santé en cas de consultation médicale ultérieure.
Quels gestes adopter pour prévenir les saignements de nez ?
Pour prévenir les saignements de nez, il faut surtout protéger et hydrater la muqueuse nasale, éviter les traumatismes et limiter les facteurs irritants de l’air ambiant. En cas de saignements fréquents, un avis médical est recommandé pour éliminer une cause sous‑jacente ou un problème de coagulation.
Conserver une humidité adéquate de l’air ambiant : utiliser un humidificateur d’air, surtout en hiver ou en cas de chauffage ou de climatisation prolongés.
Garder une bonne hydratation générale : boire suffisamment d’eau au quotidien pour maintenir des muqueuses bien hydratées, soit 1,5 à 2 L d’eau par jour. Appliquer au besoin un gel ou une pommade nasale hydratante sur l’entrée des narines en période de froid et de vent afin de limiter les irritations.
Adopter des gestes doux : se moucher doucement, sans forcer et un côté à la fois. En cas d’éternuement, garder la bouche ouverte pour ne pas exercer de pression sur le nez.
Éviter les traumatismes : ne pas se gratter l’intérieur du nez, ne pas y introduire les doigts ou un coton-tige. Garder les ongles des enfants courts et les décourager de se toucher le nez.
Protéger le nez en cas d’allergies : demander à votre professionnel de santé un traitement adapté, éviter les allergènes connus (produit chimique, pollen) et effectuer des rinçages de nez à l’aide d’un sérum physiologique. Limiter l’exposition à la fumée de cigarette, aux poussières et aux produits irritants.
Surveiller la tension artérielle : l’hypertension n’est pas la cause la plus fréquente d’épistaxis, mais une pression très élevée fragilise les petits vaisseaux du nez et peut favoriser ou entretenir le saignement. Des saignements de nez répétés ou spontanés peuvent parfois être un signe d’hypertension non diagnostiquée, d’où l’intérêt de vérifier la tension et de la contrôler ensuite.
Demander un ajustement thérapeutique en cas de prise de médicaments anticoagulants ou antiagrégants et de saignements fréquents.