Enquête : Croire en l'Afrique

Enquête : Croire en l'Afrique
Publié le 22/10/2008

La Fédération internationale des Sociétés de la Croix-Rouge et du Croissant-Rouge n’est pas la seule à déplorer que la couverture médiatique de l’Afrique soit presque exclusivement axée sur les guerres, la famine et la misère. Nous avons voulu vérifier si notre impression correspondait bien à la réalité, si les donateurs humanitaires occidentaux partageaient ce sentiment et s’ils soutiendraient des efforts visant à promouvoir une image plus positive de l’Afrique mettant également en avant ses réussites – sans pour autant tenter d’orienter le travail des médias. Notre enquête indépendante a passé en revue les points de vue de ministres et autres hauts responsables gouvernementaux de l’Allemagne, du Canada, de l’Espagne, des Etats-Unis, de la France, de la Norvège, des Pays-Bas, du Royaume-Uni, de la Suède, de la Suisse et de la Commission européenne.

Dix-neuf personnes interrogées se sont déclarées “optimistes” concernant l’avenir de l’Afrique, mais aucune “très optimiste”. Sept ont exprimé un sentiment neutre, deux seulement se sont dites “pessimistes”.
Les principales inquiétudes pour l’avenir de l’Afrique touchent à l’économie et à la gouvernance. Suivent les conflits et les relations extérieures, puis la sécurité alimentaire, le changement climatique, le VIH/sida et les maigres avancées vers l’accomplissement des Objectifs du Millénaire pour le développement.
Selon un décideur de la Commission européenne, “le développement économique demeure trop lent en Afrique” et “il ne touche pas toutes les couches de la société”.
“Sans la paix et la stabilité”, a noté un dirigeant suédois, “il n’y a guère d’espoirs de développement et de réduction de la pauvreté. S’ajoute à cela le changement climatique, qui peut contribuer à alimenter les conflits.”

“De plus en plus de pays africains affichent une très bonne croissance du PIB”

Les personnes interrogées voient de bonnes raisons d’optimisme également dans la croissance économique, la démocratisation, la construction nationale et la responsabilité des gouvernants, ainsi que dans le capital humain de l’Afrique, la résolution des conflits dans certains pays, la coopération régionale et le soutien international.
Plusieurs d’entre elles citent en exemples la croissance économique des cinq dernières années, l’augmentation des revenus provenant des ressources naturelles et des produits fabriqués, l’expansion du secteur privé et les réformes du marché.
Sur le plan politique, plus de la moitié mentionnent les progrès de la démocratisation, le renouvellement des équipes dirigeantes, le renforcement du principe de redevabilité, la décentralisation et, plus spécifiquement, la sortie de crise du Kenya.
Selon un responsable britannique, “la situation sur le plan des conflits est meilleure qu’il y a cinq ans. Le processus politique s’est amélioré...”.
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“De plus en plus de pays africains affichent une très bonne croissance du PIB” (Produit Intérieur Brut), note un responsable des Etats-Unis qui parle de “modèles de nations très orientées vers le marché, démocratiques et sûres qui améliorent les conditions d’existence de leurs populations”.
Un responsable allemand exprime le vœu que l’Afrique “ne reste pas un simple producteur de matières premières, mais qu’elle assume un rôle croissant dans leur transformation”.
Un responsable espagnol espère que, dans les cinq ans à venir, toute l’Afrique jouira de services sociaux essentiels.
Invités à mentionner un défi humanitaire majeur du continent africain, les personnes interrogées ont cité les crises persistantes dans la Corne de l’Afrique, au Soudan (Darfour) et dans la région des Grands Lacs, l’insécurité alimentaire, les problèmes de santé et le climat (20 pour 100).
La coopération africaine et la résolution de conflits sont perçues comme les principaux signes d’espoir. Après plus d’une décennie, beaucoup affirment continuer d’être inspirés par la transition pacifique du régime de l’apartheid en Afrique du Sud, et certains évoquent les exemples plus récents du Ghana, du Botswana et d’autres pays.

"Renforcer la société civile en développant les capacités”

La contribution du secteur privé et du monde des affaires au développement en Afrique est peut-être l’élément le plus largement consensuel mis en évidence par notre enquête.
“Le développement doit être indigène”, selon un responsable politique canadien. “Les Africains doivent être eux-mêmes les moteurs et les agents de la création des richesses, à travers leurs propres ressources, modèles et structures.”
Les personnes interrogées tendent à convenir que le commerce et l’entreprise privée sont la clé du développement en Afrique, mais elles sont moins unanimes pour dire que le développement joue un rôle primordial. Les réponses les plus élaborées insistent sur le rôle essentiel du monde des affaires et sur les limites de l’aide au développement, mais, dans l’ensemble, les responsables consultés ne considèrent pas l’activité commerciale et l’aide au développement comme s’excluant mutuellement.
Certains estiment que le secteur privé jouera un rôle décisif à la condition de n’être pas limité aux multinationales, mais d’englober les petites et moyennes entreprises qui dopent la croissance économique, créent des emplois et génèrent des recettes fiscales.
Les personnes consultées insistent sur les limites de l’aide extérieure, arguant qu’elle ne constitue pas un “facteur déterminant” du développement mais plutôt un “outil”, d’autant qu’elle tend à diminuer dans l’absolu. Un responsable interrogé observe qu’une bonne “politique” est plus importante que l’argent.
Une courte majorité convient que la meilleure façon pour les intervenants extérieurs de renforcer la société civile consiste à contribuer au développement des capacités, mais que les gouvernements africains devraient promouvoir la participation de la société civile dans l’élaboration des politiques.

Les médias “présentent l’Afrique d’une manière négative”

Les responsables politiques interrogés jugent tendancieuse l’image du continent africain reflétée dans les médias qui, selon un dirigeant néerlandais, “présentent l’Afrique d’une manière négative”. Un dirigeant norvégien note que “nous percevons l’Amérique du Sud comme un continent de politique et l’Afrique comme un continent de souffrances [mais] l’Afrique est aussi politisée que l’Amérique du Sud”.
Certaines réponses soulignent que le traitement médiatique occidental de l’Afrique s’intéresse exclusivement aux problèmes, ignorant les réussites et les activités ordinaires. Presque toutes conviennent que des acteurs humanitaires comme la Fédération internationale devraient faire davantage pour promouvoir les réussites africaines afin de redonner espoir à tous les acteurs.

Examen de la couverture médiatique de l’Afrique

Sur une période de deux ans arrêtée au 3 août 2008, on a recherché les occurrences de six termes “positifs” et cinq termes “négatifs” dans les archives en ligne des principaux organes de presse et d’information des pays donateurs visés par l’enquête. La majorité des articles recensés évoquaient la guerre, la pauvreté, le commerce et des perceptions négatives au sujet du VIH.
Les termes “positifs” étaient: paix, croissance (économique), progrès, prospérité, esprit d’entreprise et commerce. Les citations négatives de ces termes – comme dans “échec des pourparlers de paix” – ont été exclues du décompte.
Les termes “négatifs” étaient: guerre, pauvreté, VIH, crise et corruption, le plus souvent employés dans des contextes neutres ou négatifs.

Guerre, pauvreté et VIH comptent pour près des deux tiers du total

La couverture médiatique est essentiellement négative, les termes négatifs représentant trois quarts du total des occurrences; à eux seuls, guerre, pauvreté et présentation négative du VIH comptent pour près des deux tiers du total.
Commerce affiche un bon score avec un cinquième environ des occurrences. Les autres termes positifs sont mentionnés moins de 100 fois chacun, dans moins de 10 pour 100 des articles.
Le score global des cinq termes négatifs et des six termes positifs est respectivement de 1932 contre 675.
Cet examen était envisagé sous un angle essentiellement indicatif et non pas comme une analyse approfondie du contenu de l’information.