Le dispositif Erasmus+ permet de développer des coopérations dans toutes les régions du monde grâce aux projets de mobilité soutenue par des fonds de politique extérieure. En lien avec notre stratégie internationale, notre institut de formation est positionné sur ces opportunités au travers de nombreux partenariats, notamment un projet avec les Balkans Occidentaux.

Outre la mobilité de trois étudiants au sein de l’Heimerer College de Pristina, ce partenariat a permis à neuf salariés des pays participants de dérouler des échanges riches autour des thèmes de la recherche, la digitalisation ou encore la simulation en santé. 

A l’occasion de la clôture du projet, découvrez ci-dessous les témoignages de Tatiana, formatrice soins infirmiers et initiatrice de la coopération, et le retour d'expérience de Mounir, étudiant en soins infirmiers parti en mobilité chez notre partenaire.

Tatiana Tison Formatrice soins infirmiers - Croix-Rouge Compétence site de Saint-Etienne

Pourquoi avoir souhaité développer un projet Erasmus+ avec les Balkans occidentaux ?

Notre établissement est engagé depuis de nombreuses années dans une démarche d'ouverture à l'international. Pour les étudiants en soins infirmiers, cette dimension est devenue essentielle : les systèmes de santé évoluent, les professionnels sont amenés à travailler dans des environnements multiculturels et les échanges de pratiques sont une véritable source d'enrichissement.

C'est dans ce contexte que nous avons participé, en novembre 2022, à un séminaire de rencontre organisé entre des établissements français et des établissements d'enseignement supérieur des Balkans occidentaux. Cette initiative s'inscrivait dans la volonté des autorités françaises et européennes de renforcer les coopérations avec cette région.

À l'issue de ces rencontres, nous avons construit un projet Erasmus+ KA171, validé en 2023, avec deux partenaires : l'Université Aleksander Moisiu de Durrës en Albanie et le Heimerer College de Pristina au Kosovo.

Ce projet répondait à plusieurs objectifs. D'abord, élargir notre réseau de partenaires anglophones afin de proposer davantage d'opportunités de mobilité à nos étudiants, qui sont de plus en plus nombreux à souhaiter vivre une expérience internationale. Ensuite, découvrir une région d'Europe encore peu connue, mais particulièrement dynamique dans le domaine de la formation en santé.

Au-delà des échanges d'étudiants, ce partenariat reposait sur trois grands axes de collaboration entre formateurs en soins infirmiers : le développement de la simulation en santé comme outil pédagogique, la recherche en sciences infirmières, particulièrement développée chez nos partenaires, et la transformation numérique des formations. Ces thématiques représentent aujourd'hui des enjeux majeurs pour faire évoluer la formation infirmière.

L'objectif n'était pas seulement d'organiser des mobilités, mais de bâtir une coopération durable, fondée sur le partage d'expériences, la confiance et l'amélioration continue de nos pratiques pédagogiques.

Quel était le contenu de votre mobilité ?

Ma mobilité s'est déroulée en octobre 2024, pendant une semaine, au Heimerer College de Pristina, capital du Kosovo. 

Cette semaine a été particulièrement riche. Nous avons approfondi notre connaissance de l'organisation de l'établissement, rencontré les équipes pédagogiques, les responsables institutionnels et les professionnels de terrains impliqués dans la formation des étudiants.

Nous avons ensuite consacré une grande partie de cette mobilité aux trois thématiques qui structurent notre coopération : la simulation en santé, la recherche en sciences infirmières et la digitalisation des formations. Ces temps d'échange ont permis de confronter nos pratiques, et de partager nos expertises, avec l'ambition de faire évoluer nos approches pédagogiques et de développer de nouveaux projets.

Cette rencontre a aussi permis de renforcer une relation de confiance indispensable à toute coopération internationale.

Quels ont été les principaux bénéfices de ce projet ?

Les bénéfices sont nombreux, aussi bien pour les étudiants que pour les équipes pédagogiques et pour nos établissements.

Pour les étudiants, ces mobilités offrent une expérience professionnelle et humaine unique. Elles permettent de découvrir un autre système de santé, de développer des compétences interculturelles, de gagner en autonomie et de renforcer la pratique de l'anglais, des compétences devenues essentielles dans l'exercice du métier d'infirmier.

Pour les formateurs, ce projet a été une formidable opportunité de partager nos pratiques, de découvrir d'autres façons d'enseigner et de réfléchir ensemble à l'évolution de la formation infirmière.

La meilleure preuve de cette réussite est sans doute la poursuite de l'aventure. Forts des liens de confiance construits avec notre partenaire kosovar, nous avons déposé un nouveau projet Erasmus+ KA171 pour la période 2026-2029. Celui-ci sera entièrement consacré aux mobilités d'étudiants infirmiers, avec des échanges dans les deux sens. Cette nouvelle étape traduit notre volonté de construire une coopération durable, réaliste et toujours plus bénéfique pour nos étudiants comme pour nos équipes.

Mounir Etudiant soins infirmiers - Croix-Rouge Compétence site de Saint-Etienne

Pourquoi avez-vous eu envie de partir au Kosovo en mobilité ?

J’ai eu envie de partir au Kosovo car je voulais découvrir un système de santé différent de celui que je connaissais en France. En tant qu’étudiant infirmier, je trouvais important de sortir de mon cadre habituel afin de voir une autre manière de pratiquer les soins, d’organiser les services et d’accompagner les patients. J’avais aussi depuis longtemps l’idée de travailler à l’étranger dans le futur, donc cette mobilité représentait pour moi une première vraie expérience internationale. Le Kosovo était une destination qui m’intéressait justement parce qu’elle était moins évidente que d’autres pays plus connus, et je voulais vivre une expérience qui me pousse à m’adapter réellement.

Quel était le contenu de votre mobilité ?

Ma mobilité s’est déroulée à Pristina, au Kosovo, dans le cadre du programme Erasmus+. J’étais rattaché à Heimerer College, qui se situe à proximité de l’American Hospital of Pristina, où j’ai effectué mes stages. Durant la semaine, j’étais principalement en stage, et le jeudi j’avais cours à l’université. Le cours que je suivais s’intitulait « Nursing Care for Surgery Patients », ce qui était très cohérent avec mon expérience en chirurgie.

De février à mars, j’ai été en stage au bloc opératoire et en service de chirurgie. J’ai pu assister à de nombreuses interventions, notamment en chirurgie esthétique, qui est assez présente dans le pays, mais aussi à des interventions plus classiques. J’ai également observé la prise en charge des patients avant, pendant et après l’opération.

De mai à juin, j’ai poursuivi ma mobilité aux urgences et en unité mobile. Cette partie était plus dynamique, avec des situations plus imprévisibles, notamment des accidents et des prises en charge pédiatriques. Cela m’a permis de développer mon sens de l’observation, mon autonomie et ma capacité à m’adapter rapidement à différents contextes de soins.

Qu’avez-vous appris ou découvert pendant cette mobilité ?

Cette mobilité m’a permis de découvrir un système de santé différent du système français. Ce qui m’a le plus marqué, c’est la place très importante de la relation humaine dans la prise en charge au Kosovo. En France, nous avons souvent plus de moyens techniques, plus de matériel et une organisation très structurée. Au Kosovo, j’ai trouvé que les médecins étaient très présents auprès des patients, avant, pendant et après les soins. En chirurgie, par exemple, le médecin ou le chirurgien venait régulièrement voir le patient, échangeait avec lui et avec sa famille, et participait parfois directement aux pansements avec les infirmiers.

J’ai aussi découvert une organisation différente dans les services. Les prescriptions étaient souvent écrites à la main dans le dossier patient, ce qui demande beaucoup d’attention de la part des soignants. Cela m’a appris à être encore plus vigilant, surtout avec la barrière de la langue. Certaines équipes parlaient très bien anglais, d’autres moins, donc j’ai dû apprendre à communiquer autrement, par les gestes, l’observation et la communication non verbale.

Sur le plan pédagogique, j’ai apprécié le fait de pouvoir relier les cours à l’université avec ce que je voyais en stage. Le cours sur les soins aux patients chirurgicaux m’a permis de mieux comprendre certaines prises en charge observées à l’hôpital.

En quoi cette mobilité sera-t-elle bénéfique pour la suite de votre parcours ?

Cette mobilité sera bénéfique pour la suite de mon parcours car elle m’a permis de gagner en autonomie, en maturité et en confiance. Vivre plusieurs mois dans un pays étranger oblige à s’adapter, que ce soit dans la vie quotidienne ou dans le cadre professionnel. J’ai appris à gérer seul mon organisation, mon logement, mon budget, mes déplacements et les imprévus.

Professionnellement, cette expérience m’a permis de développer une posture plus solide. J’ai compris qu’être infirmier, ce n’est pas seulement réaliser des soins techniques, c'est aussi savoir observer, communiquer, rassurer, prendre du recul et connaître ses limites. Dans certaines situations, lorsque la communication était difficile, j’ai appris à ne pas agir trop vite et à toujours vérifier les informations pour garantir la sécurité du patient.

Personnellement, cette mobilité m’a ouvert l’esprit. Elle m’a montré qu’il n’existe pas un seul bon système de santé, mais plusieurs manières de pratiquer, chacune avec ses forces et ses limites. Cela a confirmé mon intérêt pour une expérience professionnelle à l’étranger dans le futur, tout en me faisant comprendre qu’un départ à l’étranger doit être réfléchi et préparé.

Quelle a été votre découverte culturelle favorite ? Avez-vous une anecdote spécifique ?

Ma découverte culturelle favorite a été l’accueil des Kosovars. J’ai trouvé les gens très chaleureux, curieux et bienveillants. Beaucoup étaient contents de parler avec un étudiant français et me posaient des questions sur la France, sur notre manière de vivre et sur notre formation. Ces échanges m’ont permis de comparer nos cultures, nos habitudes et nos valeurs.

Une anecdote qui m’a marqué : un jour, je me suis perdu dans Pristina. Avec la barrière de la langue, cela aurait pu être compliqué, mais les personnes que j’ai rencontrées ont été très gentilles et m’ont aidé à retrouver mon chemin. Cela résume assez bien l’image que je garde du Kosovo un pays très bienveillant avec les étrangers.

J’ai aussi beaucoup apprécié la découverte de la nourriture locale, notamment le burek, les qebapa et surtout le trileçe, qui est devenu mon dessert préféré. Ce sont des petites choses du quotidien, mais elles font aussi partie de l’expérience et des souvenirs que je garde de cette mobilité.