Le 22 mai, il a soufflé ses 10 bougies ! Le festival de rock SAPIDAYS a rassemblé ce week-end plus de 1700 festivaliers à Saint-Jans-Cappel (59) sur le site de notre Institut médico-éducatif (IME) La SapiniÚre, un établissement Croix-Rouge accueillant des jeunes atteints de troubles du spectre autistique. Une réussite pour cet événement engagé et inclusif, intégralement pensé et organisé par les salariés de La SapiniÚre.

Tout y est. La grand scĂšne, l’odeur des frites, les bracelets fluos, les paillettes sur les visages, les hordes de fans, refrains chantĂ©s Ă  l’unisson, la ferveur et cette chaleur tant attendue aprĂšs des jours et des jours de pluie. DĂšs 19h, la fĂȘte Ă©tait lancĂ©e et tous les voyants Ă©taient au vert pour cette dixiĂšme Ă©dition du festival SAPIDAYS  ! 

AprĂšs Les Fatals Picards en 2023, Les Wampas en 2024, HK en 2025, la tĂȘte d’affiche cette annĂ©e c’était Elmer Food Beat et sa prose drĂŽlement grivoise. À ses cĂŽtĂ©s, No One is Innocent donnait le la et un ton toujours plus rock Ă  cet anniversaire. Le groupe Cartoon Machine a, quant Ă  lui, dissĂ©minĂ© sa nostalgie dĂ©jantĂ©e avec ses gĂ©nĂ©riques de dessins animĂ©s explosifs. Pour introduire et clĂŽturer les festivitĂ©s, le Nord Ă©tait Ă  l’honneur avec la fanfare Les Marins du port Eud‘Bray-Dunes et DJ HS. 

“Super ambiance, on adore !”, sourient CĂ©line et Charles. Piercing au visage, les bras recouverts de tatouages, ces festivaliers dunkerquois apprĂ©cient l’ambiance familiale propre aux SAPIDAYS. “Ça reste un festival Ă  taille humaine”. 

Et de l’humain, il en a fallu pour penser, fĂ©dĂ©rer, agencer, soutenir ce festival, entiĂšrement organisĂ© par des salariĂ©s de La SapiniĂšre, notre institut mĂ©dico-Ă©ducatif (IME) accueillant des enfants et des adolescents atteints de troubles du spectre autistique, de dĂ©ficiences intellectuelles ou de troubles du comportement. Des champs Ă  perte de vue, un jardin boisé  une trentaine de jeunes profite tout au long de l’annĂ©e de ce cadre de vie bucolique. Un foyer de vie, Le Chalet, accueille sur le mĂȘme site des adultes en situation de handicap nĂ©cessitant un soutien thĂ©rapeutique et Ă©ducatif. Tous reçoivent Ă  domicile ce 22 mai 2026. Tous partagent la mĂȘme excitation depuis plusieurs jours : celle de la fĂȘte Ă  venir. 

L’inclusion à l’honneur

“DĂ©solĂ©e c’est complet ! ” Noella est aide-soignante au foyer de vie situĂ© Ă  quelques dizaines de mĂštres seulement de la grand scĂšne. “Depuis 17 heures, ça n’arrĂȘte pas ! Les gens veulent des places et comme le secrĂ©tariat est fermĂ©, les appels sont basculĂ©s ici, au Chalet”.

Avec Neil et Anita, deux rĂ©sidents dont elle s’occupe, elle est descendue profiter de la fĂȘte. Tous affichent un sourire ravageur. “Ils s’éclatent et nous aussi, c’est super de pouvoir danser avec eux, de les voir aussi heureux. Le seul problĂšme c’est qu’ils sont infatigables et quand il va falloir partir
 AĂŻe aĂŻe aĂŻe
. Ça ne va pas leur plaire !”

Au milieu de la foule, on remarque Ă  peine leur diffĂ©rence. Neil et Anita sont des festivaliers comme tant d’autres. Non verbaux peut-ĂȘtre mais fĂȘtards, comme tous ceux venus fouler la pelouse de La SapiniĂšre ce soir. Ici, personne ne semble porter attention aux fauteuils roulants, ni aux dĂ©marches un peu plus hĂ©sitantes que d’autres. Partout, on “jumpe”, on sourit, on chante, on crie, on applaudit. À peine remarque-t-on le tunnel sensoriel, installĂ© dans le couloir d’arrivĂ©e du public pour sensibiliser les visiteurs aux troubles du spectre autistique. Au bar, certains observent, Ă©tonnĂ©s, le tableau de langage assistĂ©. Comme certaines personnes hĂ©bergĂ©es Ă  La SapiniĂšre, les festivaliers peuvent passer commande sans parler, Ă  l’aide des pictogrammes qui y sont affichĂ©s.

Une association partenaire, “Petites Ă©toiles des monts”  tient un stand prĂšs de la caisse centrale. L’occasion de faire un peu de sensibilisation pour Nathalie Dehuyser, prĂ©sidente et mĂšre de Baptiste, scolarisĂ© Ă  l’IME : “Il y a les curieux qui veulent en savoir plus sur l’autisme comme des personnes directement concernĂ©es qui cherchent des conseils, ou un simple partage d’expĂ©rience”. GaĂ«lle et David sont de ceux-lĂ . Leur fils Aymeric, 18 ans, souffre lui aussi de troubles du spectre autistique. “Nous on est surtout lĂ  pour Elmer Food Beat. Mais voir que ce festival est inclusif, Ă©videmment, ça nous touche. Ce n’est tellement pas commun ! Et puis voir des jeunes qui ressemblent Ă  notre fils participer au festival, ça nous fait chaud au coeur, on voit la vie autrement  !”

Le supplĂ©ment d’ñme de ce festival en effet, c’est l’inclusion. “Les visiteurs viennent ici avant tout pour la musique, mais ils sont reçus par ceux qui vivent sur le site, et il se trouve qu’ils sont porteurs d’un handicap. Rendre visible ce handicap, c’est dĂ©jĂ  un pas vers plus d’intĂ©gration, soutient Alexis, salariĂ© de La SapiniĂšre et organisateur du festival. “C’est un plus, on soutient Ă  100 % !”, lance une festivaliĂšre en levant son verre. 

“Le dĂ©clic, ça a Ă©tĂ© les Jeux olympiques et paralympiques”

Cette annĂ©e, les places se sont vendues une fois encore Ă  guichet fermĂ© et 1 700 amateurs de rock ont rĂ©pondu prĂ©sent. Les personnes accompagnĂ©es Ă  La SapiniĂšre font partie du public. Certaines ont mĂȘme intĂ©grĂ© l’équipe bĂ©nĂ©vole. Pour Alexandre, 20 ans, c’est une premiĂšre. “Je suis bĂ©nĂ©vole au bar. Je suis motivĂ©. J’aime bien la musique et donner du temps”. Juliette, elle aussi scolarisĂ©e Ă  l’IME, tient la caisse centrale, et on peut dire qu’elle a le sens des affaires. Entre deux ventes de tickets conso, la salariĂ©e qui l’encadre l’interpelle :  "Juliette tu as quelque chose Ă  vendre je crois. - Oui, des badges SAPIDAYS !” Et au visiteur de demander :  “C’est combien ? -2 euros - Ok, je prends ! - Bon ben ça fera 3 euros alors ! ” 

Les personnes accompagnĂ©es ont la possibilitĂ© d’ĂȘtre bĂ©nĂ©voles depuis deux ans. “Le dĂ©clic, ça a Ă©tĂ© les Jeux olympiques et paralympiques”, prĂ©cise Alexis. “J’ai accompagnĂ© 6 personnes au Grand stade Ă  Lille. Ça a Ă©tĂ© trĂšs formateur. Les jeunes accueillaient les visiteurs, badgeaient les tickets, mettaient les bracelets.” Nicolas est de ceux-lĂ . Il a passĂ© la soirĂ©e Ă  scanner les entrĂ©es des festivaliers. Il est 23h30 quand son Ă©ducatrice vient le chercher pour aller se coucher. Le jeune homme accompagne sa rĂ©ponse d’un large sourire : “Plus tard”. 

De bouts de ficelles au festival

“C’est incroyable !”, s’enthousiasme Marie-AngĂšle Baffin. L’ancienne directrice de La SapiniĂšre - et aujourd’hui prĂ©sidente de la dĂ©lĂ©gation rĂ©gionale Croix-Rouge du Nord - a beau avoir participĂ© Ă  toutes les Ă©ditions, depuis le bar oĂč elle continue Ă  abreuver bĂ©nĂ©volement les visiteurs, elle reste Ă©merveillĂ©e par le travail accompli. 

“Il faut dire que nous avons dĂ©marrĂ© tout petit”, se rappelle Alexis. Le festival a ouvert ses portes avec 500 personnes rĂ©unies autour de l’harmonie du village de Saint-Jans-Cappel. Un bal folk s’est peu Ă  peu greffĂ© au projet.  “À l’époque, on Ă©tait un peu sages et sans subventions”. 

CĂ©line, Ă©ducatrice spĂ©cialisĂ©e Ă  La SapiniĂšre et bĂ©nĂ©vole des premiĂšres heures ajoute : “Avant on s’en sortait grĂące Ă  l’aide des communes du coin qui nous prĂȘtaient du matĂ©riel, c’était super, mais un peu plus artisanal. On a grandi avec les annĂ©es. On est devenu plus autonomes”. Si “la nounou des artistes et des bĂ©nĂ©voles” comme on aime l’appeler ici, parle du projet comme de son dernier-nĂ©, ce n’est pas un hasard. Depuis 10 ans, CĂ©line mobilise les troupes et fĂ©dĂšre les volontaires d’un jour et de toujours. Son mari StĂ©phane pour n’en citer qu’un. Imprimeur de formation, et bricoleur Ă  ses heures, il a intĂ©gralement construit les chalets de bois abritant le bar et le stand restauration. “Cette annĂ©e, je vais m’ennuyer, il n’y a plus rien Ă  construire !” ajoute en riant celui qui vient rĂ©guliĂšrement Ă  l’IME orchestrer un atelier musique. 

FidĂšles au poste

Parmi les 65 bĂ©nĂ©voles prĂ©sents ce vendredi 22 mai, des familles de rĂ©sidents. Jasmine et Pamela s’occupent depuis des annĂ©es du catering. La premiĂšre est la mĂšre de Julie, 42 ans, atteinte de trisomie 8 et rĂ©sidente depuis 30 ans. Mais les chiffres, Jasmine les prĂ©fĂšre dans les tableaux excel. C’est la trĂ©soriĂšre des SAPIDAYS. Elle est aussi bĂ©nĂ©vole Ă  l’unitĂ© locale de la Croix-Rouge de Lille, membre du conseil d’administration du centre social de la Madeleine, elle donne des cours de soutien scolaire tous les deux jours, “et je fais du sport 4 heures par semaine !” ponctue-t-elle l’index levĂ©. “Ça permet de rester jeune ! Et puis je l’ai toujours dit, tant que je prends du plaisir, je continue !” Difficile Ă  croire mais les deux femmes ont respectivement 73 et 75 ans. En binĂŽme depuis des annĂ©es, elles prĂ©parent les sandwiches des festivaliers et les repas des artistes. Elles le savent bien, ce soir, elles ne se coucheront pas avant 5 heures du matin. Pamela a l’habitude. Cette ancienne aide-soignante a travaillĂ© de nuit pendant 40 ans pour pouvoir s’occuper de son fils Neil, 51 ans, aujourd'hui rĂ©sident au Chalet. Donner un coup de main aux SAPIDAYS, c’est d’aprĂšs elle une maniĂšre de remercier les Ă©quipes qui depuis tant d’annĂ©es ont su prendre soin de son fils.

Être bĂ©nĂ©vole ici, c’est presque une affaire de famille. Dans les rangs, des habitants du village, beaucoup de salariĂ©s de La SapiniĂšre trĂšs impliquĂ©s, mais aussi leurs frĂšres, leurs compagnes, les amis d’amis... Romain, Ă©ducateur spĂ©cialisĂ© Ă  l’IME, a posĂ© une semaine de congĂ©s pour prĂ©parer l’évĂ©nement. Sa compagne, enceinte de leur premier enfant, est aussi de la partie. Pour l’anecdote, ils se sont rencontrĂ©s ici-mĂȘme, lors de la premiĂšre Ă©dition du festival. Georges et Christine sont les parents d’Alexis. Ils donnent un coup de main chaque annĂ©e. “Je suis fier de mon garçon ! C’est pas un petit truc cet Ă©vĂ©nement !” Cette fois-ci, le couple tiendra la caisse. 

Alexis le sait, dans quelques jours dĂ©jĂ , il cĂ©dera son casque de rĂ©gisseur et dĂ©crochera de nouveau son tĂ©lĂ©phone Ă  la recherche de nouvelles tĂȘtes d’affiche pour l’édition 2027En attendant, la nuit est tombĂ©e, rythmĂ©e par les pogos et les riffs de guitare. Partout dans la foule, se dressent les cornes du diable, deux doigts tendus vers le ciel, les autres repliĂ©s. “Que la force soit avec vous !” scandent les Cartoon Machine Ă  la fin de leur set, avant de dĂ©dicacer leur derniĂšre chanson “aux punks, Ă  tous les rockeurs avec une Ăąme d'enfant et surtout Ă  tous les enfants avec une Ăąme de rockeur”. Une reprise version mĂ©tal d’un cĂ©lĂšbre dessin animĂ©. “Il en faut peu pour ĂȘtre heureux". Le titre n’aurait pas pu ĂȘtre mieux choisi.

Article Anne-Laure Jean / Photos Pascal Bachelet