Festival SAPIDAYS : 10 ans, chapeau!
Publié le 26 mai 2026
Tout y est. La grand scĂšne, lâodeur des frites, les bracelets fluos, les paillettes sur les visages, les hordes de fans, refrains chantĂ©s Ă lâunisson, la ferveur et cette chaleur tant attendue aprĂšs des jours et des jours de pluie. DĂšs 19h, la fĂȘte Ă©tait lancĂ©e et tous les voyants Ă©taient au vert pour cette dixiĂšme Ă©dition du festival SAPIDAYS !Â
AprĂšs Les Fatals Picards en 2023, Les Wampas en 2024, HK en 2025, la tĂȘte dâaffiche cette annĂ©e câĂ©tait Elmer Food Beat et sa prose drĂŽlement grivoise. Ă ses cĂŽtĂ©s, No One is Innocent donnait le la et un ton toujours plus rock Ă cet anniversaire. Le groupe Cartoon Machine a, quant Ă lui, dissĂ©minĂ© sa nostalgie dĂ©jantĂ©e avec ses gĂ©nĂ©riques de dessins animĂ©s explosifs. Pour introduire et clĂŽturer les festivitĂ©s, le Nord Ă©tait Ă lâhonneur avec la fanfare Les Marins du port EudâBray-Dunes et DJ HS.Â
âSuper ambiance, on adore !â, sourient CĂ©line et Charles. Piercing au visage, les bras recouverts de tatouages, ces festivaliers dunkerquois apprĂ©cient lâambiance familiale propre aux SAPIDAYS. âĂa reste un festival Ă taille humaineâ.Â

Et de lâhumain, il en a fallu pour penser, fĂ©dĂ©rer, agencer, soutenir ce festival, entiĂšrement organisĂ© par des salariĂ©s de La SapiniĂšre, notre institut mĂ©dico-Ă©ducatif (IME) accueillant des enfants et des adolescents atteints de troubles du spectre autistique, de dĂ©ficiences intellectuelles ou de troubles du comportement. Des champs Ă perte de vue, un jardin boisé⊠une trentaine de jeunes profite tout au long de lâannĂ©e de ce cadre de vie bucolique. Un foyer de vie, Le Chalet, accueille sur le mĂȘme site des adultes en situation de handicap nĂ©cessitant un soutien thĂ©rapeutique et Ă©ducatif. Tous reçoivent Ă domicile ce 22 mai 2026. Tous partagent la mĂȘme excitation depuis plusieurs jours : celle de la fĂȘte Ă venir.Â
Lâinclusion Ă lâhonneur
âDĂ©solĂ©e câest complet ! â Noella est aide-soignante au foyer de vie situĂ© Ă quelques dizaines de mĂštres seulement de la grand scĂšne. âDepuis 17 heures, ça nâarrĂȘte pas ! Les gens veulent des places et comme le secrĂ©tariat est fermĂ©, les appels sont basculĂ©s ici, au Chaletâ.

Avec Neil et Anita, deux rĂ©sidents dont elle sâoccupe, elle est descendue profiter de la fĂȘte. Tous affichent un sourire ravageur. âIls sâĂ©clatent et nous aussi, câest super de pouvoir danser avec eux, de les voir aussi heureux. Le seul problĂšme câest quâils sont infatigables et quand il va falloir partir⊠AĂŻe aĂŻe aĂŻeâŠ. Ăa ne va pas leur plaire !â
Au milieu de la foule, on remarque Ă peine leur diffĂ©rence. Neil et Anita sont des festivaliers comme tant dâautres. Non verbaux peut-ĂȘtre mais fĂȘtards, comme tous ceux venus fouler la pelouse de La SapiniĂšre ce soir. Ici, personne ne semble porter attention aux fauteuils roulants, ni aux dĂ©marches un peu plus hĂ©sitantes que dâautres. Partout, on âjumpeâ, on sourit, on chante, on crie, on applaudit. Ă peine remarque-t-on le tunnel sensoriel, installĂ© dans le couloir dâarrivĂ©e du public pour sensibiliser les visiteurs aux troubles du spectre autistique. Au bar, certains observent, Ă©tonnĂ©s, le tableau de langage assistĂ©. Comme certaines personnes hĂ©bergĂ©es Ă La SapiniĂšre, les festivaliers peuvent passer commande sans parler, Ă lâaide des pictogrammes qui y sont affichĂ©s.

Une association partenaire, âPetites Ă©toiles des montsâ tient un stand prĂšs de la caisse centrale. Lâoccasion de faire un peu de sensibilisation pour Nathalie Dehuyser, prĂ©sidente et mĂšre de Baptiste, scolarisĂ© Ă lâIME : âIl y a les curieux qui veulent en savoir plus sur lâautisme comme des personnes directement concernĂ©es qui cherchent des conseils, ou un simple partage dâexpĂ©rienceâ. GaĂ«lle et David sont de ceux-lĂ . Leur fils Aymeric, 18 ans, souffre lui aussi de troubles du spectre autistique. âNous on est surtout lĂ pour Elmer Food Beat. Mais voir que ce festival est inclusif, Ă©videmment, ça nous touche. Ce nâest tellement pas commun ! Et puis voir des jeunes qui ressemblent Ă notre fils participer au festival, ça nous fait chaud au coeur, on voit la vie autrement !â

Le supplĂ©ment dâĂąme de ce festival en effet, câest lâinclusion. âLes visiteurs viennent ici avant tout pour la musique, mais ils sont reçus par ceux qui vivent sur le site, et il se trouve quâils sont porteurs dâun handicap. Rendre visible ce handicap, câest dĂ©jĂ un pas vers plus dâintĂ©gration, soutient Alexis, salariĂ© de La SapiniĂšre et organisateur du festival. âCâest un plus, on soutient Ă 100 % !â, lance une festivaliĂšre en levant son verre.Â
âLe dĂ©clic, ça a Ă©tĂ© les Jeux olympiques et paralympiquesâ
Cette annĂ©e, les places se sont vendues une fois encore Ă guichet fermĂ© et 1 700 amateurs de rock ont rĂ©pondu prĂ©sent. Les personnes accompagnĂ©es Ă La SapiniĂšre font partie du public. Certaines ont mĂȘme intĂ©grĂ© lâĂ©quipe bĂ©nĂ©vole. Pour Alexandre, 20 ans, câest une premiĂšre. âJe suis bĂ©nĂ©vole au bar. Je suis motivĂ©. Jâaime bien la musique et donner du tempsâ. Juliette, elle aussi scolarisĂ©e Ă lâIME, tient la caisse centrale, et on peut dire quâelle a le sens des affaires. Entre deux ventes de tickets conso, la salariĂ©e qui lâencadre lâinterpelle :  "Juliette tu as quelque chose Ă vendre je crois. - Oui, des badges SAPIDAYS !â Et au visiteur de demander : âCâest combien ? -2 euros - Ok, je prends ! - Bon ben ça fera 3 euros alors ! âÂ

Les personnes accompagnĂ©es ont la possibilitĂ© dâĂȘtre bĂ©nĂ©voles depuis deux ans. âLe dĂ©clic, ça a Ă©tĂ© les Jeux olympiques et paralympiquesâ, prĂ©cise Alexis. âJâai accompagnĂ© 6 personnes au Grand stade Ă Lille. Ăa a Ă©tĂ© trĂšs formateur. Les jeunes accueillaient les visiteurs, badgeaient les tickets, mettaient les bracelets.â Nicolas est de ceux-lĂ . Il a passĂ© la soirĂ©e Ă scanner les entrĂ©es des festivaliers. Il est 23h30 quand son Ă©ducatrice vient le chercher pour aller se coucher. Le jeune homme accompagne sa rĂ©ponse dâun large sourire : âPlus tardâ.Â
De bouts de ficelles au festival
âCâest incroyable !â, sâenthousiasme Marie-AngĂšle Baffin. Lâancienne directrice de La SapiniĂšre - et aujourdâhui prĂ©sidente de la dĂ©lĂ©gation rĂ©gionale Croix-Rouge du Nord - a beau avoir participĂ© Ă toutes les Ă©ditions, depuis le bar oĂč elle continue Ă abreuver bĂ©nĂ©volement les visiteurs, elle reste Ă©merveillĂ©e par le travail accompli.Â
âIl faut dire que nous avons dĂ©marrĂ© tout petitâ, se rappelle Alexis. Le festival a ouvert ses portes avec 500 personnes rĂ©unies autour de lâharmonie du village de Saint-Jans-Cappel. Un bal folk sâest peu Ă peu greffĂ© au projet.  âĂ lâĂ©poque, on Ă©tait un peu sages et sans subventionsâ.Â

CĂ©line, Ă©ducatrice spĂ©cialisĂ©e Ă La SapiniĂšre et bĂ©nĂ©vole des premiĂšres heures ajoute : âAvant on sâen sortait grĂące Ă lâaide des communes du coin qui nous prĂȘtaient du matĂ©riel, câĂ©tait super, mais un peu plus artisanal. On a grandi avec les annĂ©es. On est devenu plus autonomesâ. Si âla nounou des artistes et des bĂ©nĂ©volesâ comme on aime lâappeler ici, parle du projet comme de son dernier-nĂ©, ce nâest pas un hasard. Depuis 10 ans, CĂ©line mobilise les troupes et fĂ©dĂšre les volontaires dâun jour et de toujours. Son mari StĂ©phane pour nâen citer quâun. Imprimeur de formation, et bricoleur Ă ses heures, il a intĂ©gralement construit les chalets de bois abritant le bar et le stand restauration. âCette annĂ©e, je vais mâennuyer, il nây a plus rien Ă construire !â ajoute en riant celui qui vient rĂ©guliĂšrement Ă lâIME orchestrer un atelier musique.Â

FidĂšles au poste
Parmi les 65 bĂ©nĂ©voles prĂ©sents ce vendredi 22 mai, des familles de rĂ©sidents. Jasmine et Pamela sâoccupent depuis des annĂ©es du catering. La premiĂšre est la mĂšre de Julie, 42 ans, atteinte de trisomie 8 et rĂ©sidente depuis 30 ans. Mais les chiffres, Jasmine les prĂ©fĂšre dans les tableaux excel. Câest la trĂ©soriĂšre des SAPIDAYS. Elle est aussi bĂ©nĂ©vole Ă lâunitĂ© locale de la Croix-Rouge de Lille, membre du conseil dâadministration du centre social de la Madeleine, elle donne des cours de soutien scolaire tous les deux jours, âet je fais du sport 4 heures par semaine !â ponctue-t-elle lâindex levĂ©. âĂa permet de rester jeune ! Et puis je lâai toujours dit, tant que je prends du plaisir, je continue !â Difficile Ă croire mais les deux femmes ont respectivement 73 et 75 ans. En binĂŽme depuis des annĂ©es, elles prĂ©parent les sandwiches des festivaliers et les repas des artistes. Elles le savent bien, ce soir, elles ne se coucheront pas avant 5 heures du matin. Pamela a lâhabitude. Cette ancienne aide-soignante a travaillĂ© de nuit pendant 40 ans pour pouvoir sâoccuper de son fils Neil, 51 ans, aujourd'hui rĂ©sident au Chalet. Donner un coup de main aux SAPIDAYS, câest dâaprĂšs elle une maniĂšre de remercier les Ă©quipes qui depuis tant dâannĂ©es ont su prendre soin de son fils.

Ătre bĂ©nĂ©vole ici, câest presque une affaire de famille. Dans les rangs, des habitants du village, beaucoup de salariĂ©s de La SapiniĂšre trĂšs impliquĂ©s, mais aussi leurs frĂšres, leurs compagnes, les amis dâamis... Romain, Ă©ducateur spĂ©cialisĂ© Ă lâIME, a posĂ© une semaine de congĂ©s pour prĂ©parer lâĂ©vĂ©nement. Sa compagne, enceinte de leur premier enfant, est aussi de la partie. Pour lâanecdote, ils se sont rencontrĂ©s ici-mĂȘme, lors de la premiĂšre Ă©dition du festival. Georges et Christine sont les parents dâAlexis. Ils donnent un coup de main chaque annĂ©e. âJe suis fier de mon garçon ! Câest pas un petit truc cet Ă©vĂ©nement !â Cette fois-ci, le couple tiendra la caisse.Â

Alexis le sait, dans quelques jours dĂ©jĂ , il cĂ©dera son casque de rĂ©gisseur et dĂ©crochera de nouveau son tĂ©lĂ©phone Ă la recherche de nouvelles tĂȘtes dâaffiche pour lâĂ©dition 2027En attendant, la nuit est tombĂ©e, rythmĂ©e par les pogos et les riffs de guitare. Partout dans la foule, se dressent les cornes du diable, deux doigts tendus vers le ciel, les autres repliĂ©s. âQue la force soit avec vous !â scandent les Cartoon Machine Ă la fin de leur set, avant de dĂ©dicacer leur derniĂšre chanson âaux punks, Ă tous les rockeurs avec une Ăąme d'enfant et surtout Ă tous les enfants avec une Ăąme de rockeurâ. Une reprise version mĂ©tal dâun cĂ©lĂšbre dessin animĂ©. âIl en faut peu pour ĂȘtre heureux". Le titre nâaurait pas pu ĂȘtre mieux choisi.