À l’est du Burundi, le camp de réfugiés de Busuma fait face à un défi humanitaire sans précédent. Depuis décembre 2025, le site a vu sa population exploser, dépassant le nombre de 66 000 réfugiés malgré des capacités initiales limitées. Dans ce contexte de surpopulation extrême, l’accès à l’eau est devenu une urgence absolue, notamment pour prévenir les épidémies. En soutien à la Croix-Rouge du Burundi, nous déployons des moyens d'urgence pour acheminer cette ressource vitale aux communautés fragiles qui ont fui les violences en République Démocratique du Congo (RDC). Issoumaïla Konaté, chef de notre délégation au Burundi, nous décrit l’âpreté du terrain et l’impact crucial de cette aide.

Bonjour Issoumaïla. Pouvez-vous nous décrire la situation actuelle sur le site de Busuma ?

Le Burundi accueille des vagues successives de réfugiés fuyant les conflits à l'est de la République Démocratique du Congo. Si une première vague a été enregistrée début 2025, c’est véritablement depuis décembre dernier que la situation a basculé avec une arrivée massive de plus de 66 000 personnes en quelques semaines.

Sur place, le quotidien est un combat. Les abris sont saturés, obligeant des familles à partager des espaces exigus ou à construire des logements de fortune. Les infrastructures de base (santé, latrines, points d'eau…) ne sont absolument pas calibrées pour une telle densité de population. Cela crée une promiscuité dangereuse et accentue les risques sanitaires.

Le site de Busuma est passé à une population de plus de 66 000 réfugiés en quelques semaines

En quoi l’accès à l’eau est-il devenu un enjeu prioritaire de cette crise ?

On dit souvent que l’eau c’est la vie, mais à Busuma, c’est aussi un rempart. Sans eau potable en quantité suffisante, les familles pourraient se tourner vers des sources non sécurisées, ce qui ouvre la porte à des maladies hydriques comme le choléra ou des diarrhées aiguës. L'hygiène devient impossible : on ne peut pas entretenir les latrines ni assurer ne serait-ce qu’un simple lavage des mains, pourtant essentiel pour limiter la propagation des maladies.

Aujourd'hui, à Busuma, la quantité d’eau par personne reste en deçà des standards humanitaires. Les points d’eau sûrs existants restent malheureusement insuffisants malgré les efforts consentis, ce qui se matérialise par de longues files d’attente. C’est pour cela que nous avons mis en place un système d’acheminement par camions-citernes. Au total, nous distribuons en moyenne 60 000 litres d’eau potable par jour à une population cible de 8 000 personnes.

Quel est le profil de ces personnes que vous soutenez ?

Ce sont majoritairement des femmes souvent chefs de foyer, des enfants et des personnes âgées. Ce sont des visages marqués par des trajets éprouvants. Pour atteindre Busuma, certains ont dû parcourir les derniers kilomètres à pied dans des conditions difficiles, car l’accès est complexe pour les véhicules. Ils arrivent souvent traumatisés, épuisés, avec pour seul bagage l'espoir de retrouver un peu de sécurité.

Y a-t-il une rencontre qui vous a particulièrement marqué ?

En février dernier, j'ai rencontré une mère de famille qui m'a confié que l'arrivée de nos camions-citernes avait changé son quotidien au camp. Avant cela, elle passait des heures à marcher et à attendre pour quelques litres d'eau, souvent insuffisants pour cuisiner ou laver ses enfants. Elle m'a dit qu'avoir accès à cette eau, sans la peur d’une rupture, lui avait redonné un minimum de dignité et un sentiment de sécurité. C'est dans ces moments-là qu'on réalise que deux ou trois litres d'eau supplémentaires par jour ne sont pas qu'un chiffre, c'est un soulagement immense pour les familles.

Nous distribuons en moyenne 60’000 litres d’eau potable par jour

Quel rôle jouent les volontaires de la Croix-Rouge du Burundi dans cette opération ?

Ils sont le cœur et l'âme de la réponse. Ce sont eux qui étaient là dès les premières heures pour accueillir les nouveaux arrivants, distribuer une assistance d’urgence et prodiguer les premiers secours. Parce qu'ils sont issus des communautés locales, ils ont un lien de confiance immédiat avec les réfugiés et rendent possible un soutien de proximité. Sans leur engagement, aucune aide ne parviendrait à destination. Afin d’appuyer leur travail, nous apportons un soutien dans la mobilisation des ressources, ainsi que dans la planification et l’appui technique.

Quelles sont les prochaines étapes de votre intervention ?

Cette assistance d'urgence financée par le Centre de crise et de soutien (CDCS) du ministère de l'Europe et des Affaires étrangères permet de mettre à disposition de l’eau potable à travers des camions-citernes pendant 8 semaines. Mais nous savons que ce n'est qu’une solution temporaire.

Avec le soutien de nos partenaires, nous espérons un appui pour la mise en œuvre d’activités supplémentaires permettant d’augmenter la quantité d’eau potable disponible par personne et de travailler également à l’amélioration de la situation sanitaire du site, avec la construction de latrines durables par exemple. Notre objectif est double : répondre à l'urgence immédiate pour sauver des vies, tout en travaillant sur des solutions plus durables, pour ces familles en situation précaire.