L’Hôpital d’enfants de Margency (HEM), dans le Val d’Oise, n’est plus à présenter. Notre établissement de soins médicaux et de réadaptation est une référence en France et assez unique à bien des égards. Ici, alors que l’on traite des pathologies graves, complexes et de longue durée, la vitalité prédomine. Tout est fait pour égayer le quotidien et sortir du soin pur et dur. Et l’art est partout. Ce vendredi 5 juin débutait ainsi un événement inédit : la mise en place d’un Parcours des arts.

Dix immenses palissades de 2,50m x 2,50m ont été disséminées sur le site verdoyant de l’hôpital. Devant l’école, près du terrain multisports, le long du parcours sportif, dans les allées boisées et sous les fenêtres des chambres pour que même ceux qui ne peuvent sortir puissent en profiter pleinement. En trois jours, ces panneaux vont se métamorphoser en œuvres d’art multicolores et joyeuses sous le pinceau et les bombes de peinture de 8 artistes. 

Jace, Zenoy, Marko93, Mosko, Nerone, Psychose, Akhine et Dacruz, tous graffeurs de renommée internationale, ont accepté de bon cœur de participer à ce projet né dans les têtes de la directrice, Fatima Oudghiri et de Marc Libbra, curateur d’art : créer un “Parcours des arts” sur le site, pour les enfants malades d’abord, mais aussi leur famille et le personnel, dont la vie est aussi rythmée par les soins. 

L’art ancré dans les murs 

“L’art est inscrit dans le projet d’établissement, souligne le directeur adjoint de l’hôpital, Thierry Barthelemy, et on se bat pour le garder. Les activités culturelles, au même titre que les activités sportives, ont des impacts sur la qualité de vie de tous et contribuent à l’ouverture d’esprit. Beaucoup d’enfants sont hospitalisés pour de longues durées, certains depuis plus de dix ans, il est donc important de les extraire le plus possible de ce quotidien rythmé par la maladie et les soins. De même pour les parents qui vivent à leur chevet ou à la Maison des parents durant de longues périodes.” A l’HEM, les activités autres que médicales et paramédicales, ne sont pas une option. Les activités pédagogiques avec l’école, les activités éducatives, sportives et culturelles font partie intégrante du projet d’établissement et du parcours de soins. Des équipes d’éducateurs sont dédiées à l’accompagnement culturel et éducatif des enfants, weekends, jours fériés et week-ends compris. Ces activités ont des impacts objectivés sur leur guérison et permettent d’appréhender ces enfants hospitalisés comme des enfants et des citoyens, pas uniquement comme des malades.

De fait, l’art est omniprésent dans et hors les murs de l’établissement. Dans les chambres, les couloirs, les salles de repos où des mamans ont réalisé une fresque avec les petits. A travers les ateliers hebdomadaires proposés par Caroline Desnoëttes, artiste plasticienne, dont les travaux sont chaque année exposés dans des lieux prestigieux comme le Musée Rodin, le château de Versailles, le Musée de Chantilly ou plus récemment le Musée de la Renaissance à Ecouen, au nord de Paris. “Par ces activités, l’enfant sort de lui-même. C’est un temps magique, hors du soin”, note le docteur Isabelle Pharaon, médecin chef. Et puis, “l’art les soude les uns aux autres”, renchérit le docteur Claire Grimwood, médecin onco-hématologue. Pour Frédérique Le Pleux, cadre de santé en pédiatrie spécialisée, la création artistique, en plus d’être fédératrice, a pour vertus de “réduire l’anxiété, de susciter de nouvelles émotions, d’apporter une bouffée d’oxygène à ces enfants qui, dans ce service, souffrent de pathologies chroniques dont ils ne guériront jamais.” De l’art-thérapie donc, considéré comme un médiateur indissociable du soin. Nizar, 12 ans, hospitalisé à Margency depuis ses 6 ans, confirme : “Imaginer des choses me fait du bien. J’oublie l’hôpital”. “Et quand les enfants vont bien, nous aussi on va bien”, assure Isabelle. 

Vivre à l’hôpital entraîne une perte de repères et parfois un sentiment d’exclusion. Les saisons, les vacances, les relations avec l’extérieur… tout cela n’existe plus. Alors, “à nous d’être créatifs pour redonner de la temporalité, ramener de la normalité dans le quotidien” affirme Alexis Cavaillon Haeffner, directeur adjoint de la filière sanitaire et directeur territorial de la Croix-Rouge d'Île-de-France. L’hôpital de Margency s’en donne les moyens, faisant appel à de nombreuses associations pour monter toutes sortes de projets et d’activités comme le Parcours des arts qui a pu voir le jour grâce au soutien d’associations - en particulier de la Croix-Rouge évidemment et du Gefluc Paris Ile-de-France - et de dons en nature pour l’hôpital.

“J’espère captiver des petits cœurs”

Sous les arbres surgit soudain un jaguar. Marko93, qui travaille régulièrement avec un institut médico-éducatif et le Musée en herbe à Paris, aime “amener de bonnes énergies, de la couleur”. A travers sa collaboration à cet événement, il espère “captiver des petits cœurs, faire briller les yeux des gamins”. D’autres fauves vont en trois jours envahir le parc de l’hôpital. Ceux de Mosko, 72 ans, une vraie “légende” dans le milieu du graff. Lui a pour moteur “l’envie de faire du bien, d’apporter de la joie, de la légèreté aux familles, aux enfants, aux soignants… Moi, ça me nourrit”, dit-il, sans bouder son plaisir d’être là.

Un peu plus loin, à l’écart, Akhine, lui, a choisi de représenter un petit samouraï coiffé d’un foulard pour masquer l’absence de cheveux. “Les arts martiaux m’ont sauvé, confie-t-il, ils représentent pour moi la force intérieure, le courage, la vaillance”. Message qui, dans cet environnement hospitalier, prend tout son sens. A chacun sa façon de partager des émotions, de donner un peu de soi pour faire plaisir à tous ceux qui vivent ici des moments extrêmement douloureux et anxiogènes. Pour Zenoy, qui avait déjà participé à la réalisation d’une immense fresque devant l’école de l’hôpital en 2025, ce sera, entre autres, une signature taguée comme un “feu d’artifice avec des étoiles, une hirondelle, symbole de fidélité, de partage et d’amour”. 

De l’amour encore, symbolisé ici et là par les cœurs recousus ou en forme de puzzle de Jace, un fidèle de Margency. Il a en effet balisé tout l’hôpital avec ses fameux gouzous - personnages sans visage représentant ici des infirmières - avec toute la dérision qui irrigue son œuvre. 

Rester des enfants 

“Waouh ! C’est trop beau !”, “C’est stylé !” , “Là je vois un œil, une étoile de mer, des coeurs, des bulles…”, “C’est trop bien fait”... Moment d’émotions au summum quand débarque un groupe d’enfants après le goûter. Passant d’une toile à l'autre, ils sont tout excités et espiègles. Chacun d’eux veut poser devant les toiles pour la photo. Nizar toujours au premier plan, fier et heureux. Tout autant que les artistes, touchés, presque intimidés devant tant d’enthousiasme. “Ces enfants nous donnent chaque jour une leçon de vie et de courage”, murmure le directeur adjoint, les yeux brillants lui aussi.

Crédit photos : Leif Carlsson

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