A Angers, nous accueillons les personnes atteintes d'Alzheimer pour soulager les proches aidants
Publié le 26 février 2026
Des éclats de rire, un air de Jacques Brel, des ballons de baudruche qui volent à travers la pièce. On pourrait se croire à une fête d'anniversaire. On est mercredi à la HRDA d'Angers, et ici, la maladie se fait oublier quelques heures.
Il est 14h30, le transport solidaire dépose les premières personnes accueillies devant la porte. On est allé les chercher chez elles. On les raccompagnera en fin de journée. Raymond franchit le seuil. Dix ans qu'il pousse cette porte. Véronique, une de nos bénévoles, lui prend doucement le bras. Son petit chien Little trottine derrière elle. « Ils sont toujours contents de le voir », sourit Marilou, responsable bénévole du dispositif.
Autour de la grande table, les chaises grincent, les manteaux se déposent. Les plaisanteries démarrent aussitôt. Raymond ne tarde pas à amuser la galerie. Daniel, bénévole depuis six ans, le taquine : « Vous allez nous faire le spectacle ? » Une autre voix renchérit : « Ah bah comme d’habitude ! » Les rires fusent. L’après-midi peut débuter.
Sept personnes sont accueillies aujourd'hui. On commence par quelques exercices de motricité. Des ballons jaunes et rouges traversent la pièce. Ça se lance, ça se rate, ça s’esclaffe. Deux aidantes sont présentes : elles se sont, elles aussi, prises au jeu.
« On fait des choses amusantes plutôt que de rester chez soi »
« Ici, on ne fait pas du soin », précise Marilou. « Les personnes vivent chez elles. Souvent, venir ici, c'est une première étape. » La Halte accueille des personnes atteintes de la maladie d'Alzheimer ou de troubles apparentés. Tous les mercredi et jeudi. Et bientôt le vendredi. Le programme change chaque semaine : art-thérapie, danse, massages, repas partagés…
Aujourd'hui, place à la musicothérapie. Les chaises sont disposées en cercle. Mélanie, au clavier, annonce le thème : l'amour. C'est bientôt la Saint-Valentin. Dès les premières notes, Maguy reconnaît la chanson : « Quand on n'a que l'amour ! » de Jacques Brel. Les voix se mêlent. Edith Piaf, Joe Dassin… On cherche, on hésite, on rit. Les têtes se dandinent. Quand résonne Nini peau d'chien, chanson de 1895, Maguy lève le bras et entonne le refrain avec une énergie contagieuse.
À un moment, Jean, 81 ans, murmure : « Au bout d'un certain temps, on oublie les paroles… » Mélanie lui répond en souriant : « Franchement, vous avez chanté toute la chanson ! » Et dans la pièce, on comprend que la mémoire travaille.
16 heures. La session de musicothérapie est terminée. Tout le monde rejoint la grande salle pour le bingo. Jean cherche les numéros sur son carton. Ancien professeur de dessin, il participe aux ateliers depuis septembre. « Je ne connaissais pas, mais c'est bien. On fait des choses amusantes, plutôt que de rester chez soi à regarder la télé. » Il vit seul. Ses deux filles passent régulièrement le voir. Mais ici, il retrouve un groupe. Des visages familiers. Une place.
« Parfois, on craque et après on s'en veut »
Dans un coin de la salle, Danièle observe son mari. Ils ont 83 ans tous les deux. Soixante ans de mariage fêtés l'an dernier. La maladie s'est installée il y a deux ans. Depuis quelques mois, elle progresse. « Il faut de la patience. Des fois on craque… et après on s'en veut », glisse-t-elle.
La plupart du temps, son mari vient seul ici. Danièle en profite pour faire ses courses, se promener, voir des amis. « Sinon c'est du quasiment 24h sur 24. Lui qui était très actif… Ça fait mal de le voir comme ça. » Mais quand il revient le soir, il est transformé. « Il revient tout le temps ravi de son après-midi ici. Il y a une bonne ambiance. Et comme on vient le chercher et on le ramène, je n'ai pas à me tracasser. Là, j'ai l'esprit libre. »
Véronique résume simplement : « C'est une bouffée d'oxygène pour les aidants. » Les bénévoles le savent : à domicile, les proches sont en première ligne. L'épuisement guette. La solitude aussi. « Un monsieur m'a dit qu'il avait perdu tous ses amis depuis le diagnostic de sa femme », raconte Marilou. Pour retisser du lien, certaines activités sont proposées aux aidants : galette des rois, sorties, repas en guinguette. Des moments simples. Partagés. En mars, un troisième jour ouvrira, notamment pour les personnes âgées isolées.
« Comment ne pas perdre la tête »
La journée touche à sa fin. Chocolats et papillotes circulent pour le goûter. On compare les messages trouvés à l'intérieur des friandises. On rit encore. Philippe, bénévole intervenant musical, s'installe derrière le clavier. Les premiers accords d'un air de bal musette s'élèvent. Quelqu’un reconnaît la mélodie. Puis une autre personne. Et bientôt toute la salle chante à l'unisson : « Comment ne pas perdre la tête. » Dans la pièce, les voix se mêlent. « Serrée par des bras audacieux ? » Mon amant de Saint-Jean continue de résonner. Personne ne regarde l'heure. Le temps d'un mercredi, nul n'est resté seul face à la maladie.