Inondations : en barque ou en bottes, être au plus près de la population
Publié le 25 février 2026
“Ça bouge tous les jours”, prévient d’emblée Philippe Testa. Ce mardi 24 février, comme les jours précédents, nos actions dépendent de l'évolution de la météo. Bien qu’une accalmie semble se confirmer, trois départements sont toujours en vigilance rouge (Charente-Maritime, Loire-Atlantique et Maine-et-Loire). “Il est possible qu'il se remette à pleuvoir. On n'est jamais à l'abri d'un sur-phénomène, pondère le directeur adjoint de l’Urgence et des opérations. Mais si cela venait à se produire, nous sommes prêts à intervenir, notre matériel est déjà prépositionné”.
Pour l’heure, nos équipes locales s'adaptent aux besoins des habitants au jour le jour. Au début des intempéries, des Centres d’hébergement d’urgence (CHU) ainsi que des Centres d'accueil des impliqués (CAI) ont ouvert dans plusieurs villes. Les sinistrés s’y sont abrités, ont pu boire un café, manger un morceau, recharger leur téléphone, appeler leurs proches… Et discuter, tout simplement, avec les bénévoles. “C’est ça la différence entre la Croix-Rouge et les autres, témoigne Philippe Testa. On a une posture d’écoute, ce n'est pas juste de l'administratif. Le psychosocial, c'est une grosse partie du boulot”. Être accueilli avec un sourire, pouvoir confier ses inquiétudes ou retrouver simplement un peu d'humanité et de normalité en échangeant des banalités… Au-delà de trouver un abri en pleine catastrophe, franchir le pas de l’un de nos centres, c’est avant tout trouver du réconfort.
Samuel Saint Maxent, qui encadre les opérations à Saintes en Charente-Maritime, rappelle les nombreuses autres actions menées dans sa région : évacuation des personnes et des animaux, mise en sécurité des biens, écoute et soutien psychologique, maraudes, renforcement de la cellule téléphonique du CCAS local... Et enfin, depuis le week-end dernier, une collaboration aussi inédite qu’essentielle s'est nouée avec nos brigades nautiques de l'Hérault, du Bas-Rhin et de l'Île-de-France.
Faciliter un quotidien sous les eaux
Nos volontaires naviguent ainsi dans les rues inondées pour le plus grand soulagement des habitants cloîtrés chez eux. "C'était la première fois qu'on mettait en place ce dispositif nautique sur le territoire français, le tout accompagné d'infirmiers Croix-Rouge, témoigne Samuel Saint Maxent. On fait de la maraude nautique, de l'extraction de personnes coincées, du transport, on s’assure que tout le monde va bien et a de quoi manger." Les infirmiers et infirmières à bord évaluent quant à eux l'état de santé des personnes restées chez elles - souvent confinées au premier étage de leur maison - pour prévenir les ruptures de soin et assurer la bonne continuité de leurs traitements médicaux.
Garder le lien avec les personnes isolées, notamment sur la durée, est au cœur de notre action. “La mission va être longue, il est fort possible que dans trois semaines, on ait toujours des volontaires à pied d’oeuvre”, augure Philippe Testa. Une fois que le niveau d’eau aura baissé, les opérations “coup de main, coup de cœur” prendront le relais. Et puis, viendra le temps du nettoyage, quand les pluies diluviennes seront bel et bien terminées. "On attend les expertises des sapeurs-pompiers pour entamer le travail de nettoyage des domiciles", explique le bénévole. D’autres actions - encore hypothétiques - se dessinent aussi peu à peu, comme l'ouverture d'une boutique éphémère pour les personnes ayant tout perdu.
Un mot d’ordre : unité !
Ces crues d’une ampleur inédite ont mobilisé nos volontaires “un peu partout”, observe Philippe Testa. Des renforts venus du 34, du 67 ou encore du 95 ont gonflé les rangs des bénévoles déjà sur place, sans oublier les bénévoles spontanés, bien décidés à prêter main forte. “L'unité a battu son plein”, atteste le directeur adjoint. Un constat partagé par Samuel : "il y a un sentiment d'utilité qui se dégage. Servir à quelque chose, malgré la fatigue, est la chose la plus importante. Les bénévoles ont répondu à trois grands principes de manière très spontanée - celui d'unité, d'humanité et de volontariat."
Et ce n’est pas terminé : vendredi 27 février, des bénévoles arriveront en renfort à Saintes pour soulager les équipes locales. Car avec la montée des eaux, les lentes décrues et les fluctuations météorologiques, l’unité se jouera sur la durée.