Burundi : face à l'urgence et au manque d'eau, nous apportons des solutions durables
Publié le 17 septembre 2026
Dans ce contexte de surpopulation, les abris manquent, la promiscuité explose et l’un des défis les plus critiques reste l'accès à l'eau potable. Les infrastructures débordées favorisent la flambée de maladies hydriques comme le choléra et les diarrhées aiguës. Pour endiguer cette menace sanitaire, la Croix-Rouge du Burundi, soutenue par Croix-Rouge française, a déployé une réponse d'urgence pour que l'eau ne soit plus un combat quotidien. Une opération menée avec la participation du Centre de crise et de soutien du ministère de l’Europe et des Affaires étrangères (CDCS).
Accès à l’eau : marcher pour survivre
Il y a encore quelques mois, se procurer de l'eau relevait du parcours du combattant pour Françoise. À 75 ans, cette Congolaise autrefois cultivatrice et commerçante dans la plaine de la Ruzizi, n'aurait jamais pensé devoir fuir son pays sous les bombes. “Après 3 jours de marche épuisante dans la brousse, sans nourriture, on a trouvé refuge ici à Busuma”. Mais le répit fut de courte durée. "On se levait à 5 heures du matin pour aller chercher de l'eau à la rivière et on ne revenait qu'aux alentours de 8 heures, tous les jours", raconte-t-elle. Un seul aller-retour avec juste un bidon d’à peine 10 litres. "Ça me causait des douleurs aux jambes, à la poitrine, à la tête... Vu la distance, ces allers-retours, à mon âge, je les vivais comme une contrainte."
Pour d'autres, ce trajet quotidien était tout simplement impossible. Âgée de 40 ans et mère de 6 enfants, Espérance, une autre réfugiée, vit avec un handicap l'ayant privée de l'usage de ses jambes depuis ses 12 ans. "C'est ma fille qui allait puiser de l'eau du côté de la rivière. Ça lui prenait parfois 2 à 3 heures," explique-t-elle. Pendant ce temps, Espérance restait sous la tente qui lui sert aujourd’hui d’abri, à veiller seule sur ses 5 autres enfants en bas âge.
Ramener l’eau vers les communautés
Face à cette détresse, les équipes de la Croix-Rouge sont intervenues à partir du mois d’avril 2026. Dès les premières semaines, la Croix-Rouge du Burundi a mis en place un système d’approvisionnement du site via des camions-citernes. L'eau, acheminée depuis la ville voisine de Ruyigi, est transportée, chlorée, puis stockée dans des grands réservoirs souples directement accessibles sur le site de Busuma.

Vu la distance, ces allers-retours, à mon âge, je les vivais comme une contrainte
L'impact de cette première intervention sur le quotidien des réfugiés a été immédiat. Pour Françoise, aujourd'hui grand-mère, ce fut la fin d'un épuisement physique contraignant. "On a réduit la distance," témoigne-t-elle avec soulagement. "Mettre fin aux 2 ou 3 heures de marche pour avoir de l'eau tout près, vraiment, ça nous a soulagés."
Pour Espérance, en situation de handicap, l'installation de ces points d'eau a aussi beaucoup aidé son foyer. Sa fille de 19 ans n'a plus à s'éloigner pendant de longues heures, la laissant seule avec les petits. "Il y a un véhicule de la Croix-Rouge qui amène l'eau dans un réservoir installé dans le camp. C'est là qu'on peut puiser maintenant de l’eau," se réjouit-elle. Bien qu'il faille parfois se lever tôt et s'aligner pour attendre son tour, le trajet n'est plus un défi. La proximité de l'eau traitée permet également d'éviter de consommer l'eau insalubre de la rivière, responsable des violentes fièvres et diarrhées qui ont frappé tant de familles, comme Rosette, une autre réfugiée, ayant contracté de graves infections à son arrivée au camp.
Mettre en place une solution durable
Cependant, approvisionner 67 000 personnes uniquement par camion-citerne depuis le réseau urbain voisin de Ruyigi a fini par engendrer des coupures d'eau pour les populations de cette ville. Pour pérenniser l'accès à l'eau, nous avons sollicité notre partenaire, la Fondation Veolia.
Ensemble et avec la participation du Centre de crise et de soutien du ministère de l’Europe et des Affaires étrangères (CDCS), nous avons déployé sur le site une unité de traitement d'eau de pointe : l'Aquaforce 7500. Plutôt que de puiser dans les réserves de la ville, cette machine pompe directement l'eau de la rivière Sanzu voisine et la potabilise sur place. Pour distribuer jusqu’à 75 000 litres d'eau quotidiens de manière optimale, nous avons acheminé des équipements de pointe : 5 immenses réservoirs de 11 mètres cube chacun, 21 rampes de distribution, ainsi qu’un bladder de transport de 5 m3.
Aujourd'hui, l’ensemble de l’ouvrage et des équipements est géré par les volontaires burundais, à l’instar de Jean-Marie, chimiste de formation, qui supervise l'unité avec fierté.
"Nous avons été formés et recyclés pendant 2 semaines pour maîtriser cette nouvelle unité. Aujourd'hui, je suis totalement autonome avec mon équipe de 5 volontaires," explique-t-il. Pour cet expert de l'urgence humanitaire, cet équipement change la donne. "C'est un site vaste, et l'unité que nous avons pour le moment est très modernisée. Elle nous donne les moyens de produire en grande quantité."

L’ensemble de l’ouvrage et des équipements est opéré par la Croix-Rouge du Burundi
Au-delà de la prouesse technique, c'est le sens de son engagement qui l'anime au quotidien : "Quand on voit la vie difficile de ces réfugiés, réussir à leur apporter un soulagement en les approvisionnant en eau potable, c'est ce que j'aime."
Au-delà de l'eau, l'hygiène et l'assainissement
Si l'accès à l'eau potable est le premier pilier de la survie, il doit impérativement s'accompagner d'infrastructures d'assainissement adéquates pour endiguer les risques d'épidémies dans un environnement si densément peuplé. Sur le site de Busuma, le manque d'infrastructures sanitaires durables constituait une véritable urgence, les latrines temporaires se remplissant à un rythme alarmant. Pour répondre à ce besoin essentiel, nous avons entrepris la construction de 4 blocs de latrines et de douches durables.
En parallèle, l'eau propre ne suffit pas si elle est stockée dans de mauvaises conditions. Malgré les vastes campagnes de promotion de l'hygiène menées sur le camp, l'absence de produits de base freinait leur efficacité au quotidien. C'est pourquoi cette intervention globale a également permis l'achat et la distribution de 1 000 kits d'hygiène (WASH). Composés notamment de savon et de contenants sûrs pour le stockage de l'eau, ces kits redonnent aux familles les moyens concrets de mettre en pratique les gestes qui sauvent et de protéger leurs enfants des maladies à domicile.
L'eau, ce n'est pas seulement l'hydratation. À Busuma, c'est le temps rendu aux familles, la santé préservée pour les enfants, et un souffle d'espoir pour des milliers de vies fragilisées par la guerre.
