En Haïti, la lutte contre le choléra se poursuit

Un enfant traité pour le choléra - Photo FICR
Publié le 08/11/2010

Depuis le 21 octobre, la Croix-Rouge française est aux côtés de la Croix-Rouge haïtienne en Artibonite pour faire face à l’épidémie de choléra. Un véritable travail de fond est fait auprès des populations qui ignorent tout de cette maladie.

A la désinfection des maisons des malades, s’ajoutent la sensibilisation des communautés et la distribution de kits hygiène, aquatabs et sels de réhydratation oraux.

« L’approche de proximité de la Croix-Rouge (haïtienne, française et espagnole) est une vraie plus-value. Nous sommes l’un des rares acteurs à avoir ce genre de démarche intégrant désinfection et sensibilisation communautaire. Ce qui est très important lorsque l’on sait que les gens ignorent tout du choléra et que souvent ils refusent d’aller se faire soigner en centre de santé, parce que c’est trop éloigné ou que le transport est trop cher », explique Sébastien, qui a coordonné durant deux semaines les activités de la Croix-Rouge française en Artibonite.

Aux côtés de la Croix-Rouge haïtienne, la Croix-Rouge française s’est déployée dans 6 communes du Bas Artibonite (Verretes, Desdunes, Petite Rivière, La Chapelle, Dessalines et St-Marc, la Croix-Rouge espagnole couvrant Grande Saline). Autour d’une stratégie basée sur trois éléments : la désinfection des maisons des malades et lieux publics comme les écoles, la sensibilisation des populations au cholera et aux pratiques d’hygiène spécifiques, les distributions ciblées de kits hygiènes, aquatabs (pour purifier l’eau) et sels de réhydratation oraux (SRO).

« Nous avons formé plus de 250 volontaires Croix-Rouge haïtienne à la diffusion des messages de promotion de l’hygiène spécifiques au choléra, ainsi qu’à la désinfection. Ces équipes mobiles se sont ensuite rendues dans les communes pour désinfecter les maisons des malades et sensibiliser les familles et les habitants des quartiers alentours. Le but étant à la fois d’informer sur ce qu’est le choléra et sur notre action, dédramatiser la situation et promouvoir les bonnes pratiques d’hygiène», explique Patrick, coordinateur eau et assainissement, fraîchement revenu d’Artibonite.

A ce jour, plus de 7 850 personnes ont été sensibilisées, quelque 650 maisons ont été désinfectées et on a distribué des kits hygiène à 800 familles, des aquatabs pour une semaine et sels de réhydratation oraux à plus de 900 familles.

Si la plupart des sensibilisations ont été faites dans les familles lors des désinfections et dans le voisinage, au porte-à-porte, il s’agit aussi de faire passer les messages dans les écoles. A Saint-Marc par exemple, les volontaires de la Croix-Rouge haïtienne sont intervenus dans 11 écoles pour informer près de 5000 élèves. Experte en eau, la Croix-Rouge française approvisionne également par camion citerne le centre de santé de Desdunes et le centre de traitement du choléra mis en place par MSF Belgique à Saint-Marc.

Une plateforme d’appel Croix-Rouge

La collaboration Croix-Rouge haïtienne / Croix-Rouge française ne s’arrête pas là puisque « nous avons aussi créé une plateforme d’appel téléphonique afin de collecter les informations des bureaux locaux de la CRH jusqu’aux superviseurs des équipes mobiles et des équipes à pied. Cette plateforme est aujourd’hui opérationnelle mais il faut encore en améliorer le suivi », constate André, qui a repris la coordination des activités à Saint-Marc.

15 personnes de la délégation de Port-au-Prince sont toujours en Artibonite pour lutter contre le cholera. D’autant qu’après le passage du cyclone Tomas, certaines communes comme Grande Saline ont été inondées et que le risque de propagation de l’épidémie est accru. « Vendredi, cette ville en bord de mer s’est retrouvée piégée par les eaux …OCHA (NDLA : bureau de coordination des affaires humanitaires de l’ONU) est venu sollicité notre aide. Ils veulent déplacer la population vers Saint Marc», raconte André, alors que les pluies diluviennes continuent de s’abattre sur la région et que la gestion des cadavres est toujours une question restée sans réponse…

La crise choléra risque de durer plusieurs mois, voire plusieurs années avec des pics réguliers. La Croix-Rouge française prévoit donc de rester aux côtés de la société nationale haïtienne dans la durée. Au fur et à mesure, l’équipe d’urgence dépêchée de Port-au-Prince va reprendre ses activités en capitale pour laisser la place à de nouvelles recrues qui ont pour mission de poursuivre l’action en Artibonite, région historique d’intervention de la Croix-Rouge française.

Laetitia Martin, Déléguée information Croix-Rouge française