Entretien avec notre chef de délégation à Beyrouth

Alors que les hostilités se poursuivent au Moyen-Orient, la situation humanitaire se dégrade rapidement. Au Liban, les besoins augmentent, mettant sous forte pression les services de santé et d’urgence. En première ligne, la Croix-Rouge libanaise joue un rôle essentiel pour porter secours aux populations gravement impactées, avec le soutien de la Croix-Rouge française, engagée à ses côtés pour maintenir des services vitaux. Pour comprendre la réalité sur le terrain, Andrea Putelli, chef de notre délégation au Liban, nous livre son témoignage et nous plonge dans les coulisses d’une action humanitaire sous haute tension.

Bonjour Andréa, Comment décririez-vous la situation humanitaire aujourd’hui au Liban ?

La situation est très tendue. Depuis début mars, l’intensification des tensions a provoqué des bombardements dans plusieurs régions du pays. Cela a entraîné des déplacements massifs de population. On parle aujourd’hui de plus d’un million de personnes déplacées, soit près d’un Libanais sur cinq. À Beyrouth, où je me trouve, on voit des familles vivre dans leur voiture faute de logement. D’autres se regroupent chez des proches : des familles qui vivaient à cinq se retrouvent aujourd’hui à vingt ou trente sous un même toit.

Quels sont aujourd’hui les besoins les plus urgents ?

Le besoin le plus critique concerne la santé. Il y a eu des milliers de blessés, et dans certaines zones, notamment au sud du pays, de nombreux hôpitaux ne sont plus opérationnels en raison de l’escalade des hostilités. Dans ce contexte, les structures encore actives doivent absorber un afflux massif de patients, avec des ressources limitées, que ce soit en personnel, en équipements ou en médicaments. En parallèle, les besoins de base en nourriture, eau et abris sont immenses. Beaucoup de personnes ont tout perdu et vivent à l’heure où je vous parle dans des conditions extrêmement précaires.

Quel rôle joue la Croix-Rouge libanaise dans cette crise ?

La Croix-Rouge libanaise est un acteur clé, présent sur tout le territoire et mobilisé à grande échelle. Avant la crise elle couvrait déjà environ 80 % des services d’ambulance dans le pays et aujourd’hui elle intervient en première ligne pour secourir les blessés et assurer les transports médicaux d’urgence. Elle déploie aussi des cliniques mobiles dans les zones où les structures de santé ne sont plus accessibles. Par ailleurs, elle gère une grande partie des centres pour personnes déplacées à travers le pays, en distribuant de l’aide essentielle : nourriture, eau, kits d’hygiène, couvertures. Notez que la Croix-Rouge libanaise assure aussi un rôle clé dans les services de transfusion sanguine, couvrant 30 à 40 % des besoins du pays et permettant chaque année près de 50 000 transfusions. 

Comment soutenons-nous ces opérations ?

Nous travaillons aux côtés de la Croix-Rouge libanaise depuis de très nombreuses années. Notre soutien, financier d’une part, permet le maintien des services essentiels, notamment les services de secours d’urgence. Concrètement, cela se traduit par un appui direct au fonctionnement du service ambulancier, dont dépend une grande partie de la réponse d’urgence dans le pays. Cette aide financière permet également de couvrir les coûts  du carburant, de la maintenance des véhicules ou encore des pièces détachées, indispensables pour garantir la continuité des interventions. D’autre part, nous apportons un appui technique, notamment à travers le renforcement des capacités en premiers secours, absolument vitaux au vu de la situation actuelle. Notre contribution inclut aussi l’achat d’équipements médicaux et de fournitures de base pour les personnes déplacées.  Les activités de transfusion sanguine nécessitent également l’achat de matériel pour le prélèvement, l’analyse et le transport du sang.

Andrea Putelli : “Nous travaillons aux côtés de la Croix-Rouge libanaise depuis plus de dix ans”

Que représente une mobilisation humanitaire dans un contexte de conflit armé ?

Nous vivons une situation extrêmement difficile. Les équipes travaillent sous une tension permanente, avec des risques réels. Le 10 mars dernier, Youssef Assaf, un ambulancier de la Croix-Rouge libanaise a été tué lors d’une mission de sauvetage. Cela illustre une réalité tragique : celle d’équipes humanitaires qui agissent en première ligne, parfois au péril de leur propre vie. Malgré cela, les équipes continuent d’intervenir. Plus de 5 000 volontaires sont sur le terrain, aux côtés des populations, guidés dans leur action humanitaire par nos principes fondamentaux de neutralité, d’impartialité et d’indépendance. 

Avez-vous un exemple concret de l’impact de la crise sur les populations ?

Oui, et il est difficile d’en citer un seul. Beaucoup de personnes ont dû fuir leur domicile en laissant tout derrière elles. Certaines ont mis jusqu’à 18 heures pour rejoindre Beyrouth, pour un trajet qui prend habituellement deux heures. Même nos collègues libanais de la Croix-Rouge française sont directement touchés. Certains se sont déplacés avec leur famille et vivent aujourd’hui dans des conditions très difficiles, parfois à plus de dix ou quinze personnes dans un même logement. La vie devient encore plus chère et les ressources par ménage sont limitées, ce qui rend le quotidien des personnes extrêmement éprouvant.

“Les équipes travaillent sous une tension permanente”

Quel message souhaitez-vous adresser aux personnes qui veulent aider ?

Les Libanais font de leur mieux, mais les besoins sont énormes, et la situation continue d’évoluer. Ce qu’il faut retenir, c’est que chaque soutien compte. Même un appui modeste peut faire une réelle différence pour les personnes affectées. Soutenir l’action humanitaire, c’est permettre de maintenir des services vitaux et d’apporter une aide concrète à ceux qui en ont le plus besoin.

Crédits photo : Croix-Rouge libanaise

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