À l’établissement Henry Dunant de Tours, la fraîcheur se partage et crée du lien !
Publié le 21 juillet 2026
« Bonjour la fraîcheur ! » Chemisette à rayures bleues et blanches, short gris et regard pétillant, Daniel, 76 ans, pousse la porte de la salle du restaurant. Il sort tout juste de chez le coiffeur, arborant sa nouvelle coupe d’été. « Ça fait du bien avec cette chaleur ! » En cette fin de matinée de la mi-juillet, la température extérieure avoisine déjà les 30 °C. Mais à l’intérieur, on respire, grâce à la climatisation. Daniel est venu retrouver Martine, Hélène, Jocelyne et les autres, déjà installés dans le petit salon près de la fenêtre en attendant le déjeuner. Ici, en plus des résidents de notre établissement pour personnes âgées, les familles, voisins du quartier, étudiants et tous ceux qui cherchent un peu de fraîcheur sont les bienvenus. « Depuis quelques semaines, nous avons rejoint le réseau des Oasis Solidaires des Petits Frères des Pauvres, qui répertorie les lieux rafraîchis ouverts pendant les fortes chaleurs, explique David Racapé, le directeur du site Henry Dunant. Nos deux salles de restaurant sont ouvertes à tous, 24 heures sur 24. Ce qui nous motive, c’est l’idée de partager nos lieux de fraîcheur et de permettre à nos résidents de s’ouvrir vers l’extérieur. »
« Ils font tout pour nous chouchouter »
Afin que chacun s’y sente le mieux possible et ait envie d’y passer du temps, tout est prévu : eaux fraîches aromatisées, thé glacé, magazines d’actualité people ou de jardin, Scrabble, Triominos et jeux de société en tous genres... Aux murs, des peintures aux couleurs douces, réalisées par une ancienne résidente et représentant des paysages de bord de mer. Et même un grand écran de télévision, pour suivre le Tour de France et la Coupe du monde de football. « C’est vrai qu’ils font tout pour nous chouchouter », confirme Daniel. « Moi, d’habitude, j’aime bien aller m’asseoir dehors, dans le patio sous les arbres, renchérit Sylvie, arrivée à la résidence autonomie il y a quelques mois. Mais en ce moment il fait vraiment trop chaud. Alors je viens ici dès le matin, il fait bon, on voit du monde, c’est agréable ! » Hélène, sa voisine, a, elle aussi, adapté ses habitudes : « J’ai besoin de marcher pour être en bonne santé, alors je sors dehors faire un tour dès 7 heures, quand il fait encore frais. Ensuite je rejoins la salle du restaurant pour discuter avec les autres, jouer ou lire des magazines ».
Des eaux aromatisées à la fraise et au romarin
D’habitude, à cette époque de l’année, la résidence Henry Dunant propose à ses résidents des sorties au lac de Joué-lès-Tours ou dans les guinguettes des environs. Mais cette année, avec la canicule, pas question de prendre de risque. « Alors on s’adapte, on fait preuve de créativité pour proposer des choses différentes ! raconte avec enthousiasme Christophe Marceron, coordinateur vie sociale de l’établissement. L’autre jour, par exemple, nous sommes partis tôt le matin cueillir des fraises et le lendemain nous avons organisé un atelier de cuisine pour confectionner des sirops à la fraise et au romarin afin d’aromatiser les eaux fraîches qu’on propose aux résidents et à tous ceux qui nous rendent visite en ce moment. Ils apprécient beaucoup ce genre de petites attentions ».
Car, évidemment, l’hydratation est au cœur des préoccupations actuelles de l’équipe. En plus d’avoir proposé des conférences sur le sujet, Christophe Marceron monte régulièrement dans les logements pour voir si tout va bien, encourager les personnes âgées à boire et les inciter à descendre rejoindre les autres. « Moi, le problème, c’est que je ne sens pas quand j’ai soif, alors c’est important d’avoir des informations, confirme Martine. Comme je n’ai pas la climatisation chez moi, je profite de celle de la salle commune. C’est l’occasion de sociabiliser. L’autre jour, il y avait plusieurs étudiants qui révisaient leurs examens, ça nous fait voir un peu de jeunesse ! »
Un après-midi loto à la fraîche
L’après-midi, c’est dans la salle de restaurant de l’Ehpad, rafraîchie elle aussi, que les choses se passent, avec des activités différentes chaque jour. Concerts, ateliers, jeux variés… aujourd’hui, c’est un loto géant pour les résidents et leurs invités. Hélène, vaporisateur rose fluo dans son panier, s’est remaquillée et recoiffée pour l’occasion. Jordan, 25 ans, l’accueille en souriant. Cheveux courts et tee-shirt bleu marine, il est l’animateur du centre. Micro à la main, le jeune homme invite chacun à prendre place autour des tables et distribue à tous des cartes numérotées et des jetons multicolores en rappelant les règles du jeu. « La dernière fois, j’ai gagné une écharpe et un bon pour aller chez le coiffeur, raconte Sylvie. Cette fois-ci j’aimerais bien une crème pour les mains car elles sont toutes sèches en ce moment ». Pierre a la chance d’avoir la visite de sa fille, venue de région parisienne. « Je n’ai pas la climatisation chez moi, c’est très difficile en ce moment, raconte cette dernière. Alors, quand je viens deux fois par semaine voir mon père, ça fait du bien de passer du temps au frais avec lui. On participe aux activités, on regarde le Tour de France. Ça nous permet de partager de bons moments ensemble, dans de bonnes conditions. » Marie-Thérèse vient presque tous les jours rejoindre son compagnon Pascal, qui est à l’Ehpad. « On est ensemble depuis 26 ans, confie-t-elle, le regard ému et la main serrée sur celle de son amoureux. Avant, il préférait qu’on reste tranquilles dans sa chambre. Mais avec les températures, je trouve ça super de pouvoir se retrouver au frais, de faire des jeux avec les autres, de faire travailler sa tête et sa mémoire. C’est intéressant et joyeux ! »
« Numéro 86 ! » annonce Jordan d’une voix enjouée au micro. « 86, c’est la Vienne ! » fanfaronne Daniel, qui connaît tous les départements sur le bout des doigts. À sa gauche, Letti place un jeton rose sur la case. « Il ne me manque plus que le 21 pour avoir une ligne complète. » À la table d’à côté, Sophie, chemise colorée et maquillage impeccable, serre sa mère dans ses bras. « Je viens au moins une fois par semaine et j’adore la voir participer enfin aux activités ». « Au début, c’est vrai que j’ai eu du mal à m’y mettre, confirme Jeanne. C’est Pierrette qui m’a entraînée en venant me chercher dans ma chambre. Grâce à elle, je me suis fait d’autres amies et maintenant je suis contente d’être là. »
Un lieu ouvert à tous les âges et tous les milieux
« Finalement, cette période de forte chaleur qui paraît difficile au premier abord, c’est l’occasion de s’enrichir les uns les autres, poursuit David Racapé. La canicule, comme le Covid et les confinements, ça amène l’idée qu’il faut mettre les personnes âgées sous cloche pour les protéger. Avec ce raisonnement, on les isole encore plus alors qu’en réalité elles ont un immense besoin de lien social. » Pour faire venir du monde, le directeur n’a pas hésité à aller frapper à la porte de la mairie, du centre communal d’action sociale, des centres sociaux ou encore du Gérontopôle Centre-Val de Loire, structure qui rassemble les professionnels de la région engagés sur les questions du vieillissement. Il peut aussi compter sur les bénévoles du coin pour venir animer les journées, tenir compagnie aux personnes et veiller à leur hydratation. « C’est une opportunité pour montrer à tous que notre établissement est un lieu ouvert, quel que soit son âge et son milieu. Ici, avant d’être un lieu de fin de vie, c’est d’abord et surtout un lieu de vie ! »
Et à voir les visages souriants penchés sur les cartons de loto, les familles installées autour des tables et les résidents qui s’attardent encore un peu, la démonstration est faite. À Henry Dunant, la canicule, au lieu de refermer les portes, les a ouvertes en grand.